Pour l’ancien président de la République, Jean-Luc Mélenchon s’est politiquement suicidé en refusant de condamner ses « alliés » de la Jeune Garde, impliquée dans la mort du jeune Quentin Deranque. Selon lui, ce positionnement de La France insoumise ouvre de nouvelles perspectives pour 2027.
Il est partout. BFMTV, La Tribune-Dimanche, RTL… Ces temps-ci, on entend beaucoup François Hollande. En apprenant le meurtre de Quentin Deranque sous les coups de l’ultra-gauche, et le soutien apporté par le chef de la France Insoumise au mouvement de la Jeune Garde, impliquée dans ce lynchage, l’ancien chef de l’Etat a bondi pour dresser l’acte de décès politique de Jean-Luc Mélenchon. Il prend « le pari » que ce dernier ne figurera pas au second tour de la présidentielle de 2027 puisqu’ « il a commis une double faute, morale et politique » et qu’« Il le paiera ». Et de trancher sur RTL : « Il ne peut plus représenter la gauche. C’est fini ».
Cette faute, il l’attendait, il l’espérait, afin que la gauche réformiste qu’il veut incarner puisse s’épanouir à son aise avant 2027. Il approuve, du reste, la décision du ministre de l’Intérieur de classer La France insoumise sous l’étiquette « Extrême-gauche » pour les résultats des élections. En réglant son compte à Mélenchon d’une part, et en préconisant, d’autre part, de ne passer aucun accord avec LFI au second tour des élections municipales, Hollande met en effet aussi dans l’embarras le premier secrétaire du PS Olivier Faure, élu dans sa circonscription de Seine-et-Marne grâce aux voix des Insoumis, qui n’exclut pas, lui, quelques « rares » alliances si nécessaire…
Certes, il est plus facile pour Hollande, élu sans peine député de Corrèze, ou pour Raphaël Glucksmann, député européen, de dénoncer des alliances locales avec LFI. Il n’empêche. L’ancien président ne s’est trompé ni sur l’importance de l’événement – c’est la première fois que l’ultra-gauche tue – ni sur le timing politique. Le « suicide politique » de Mélenchon qu’il a évoqué dans La Tribune-Dimanche vient en effet à point nommé.
Depuis le mois de janvier, la cote de popularité de François Hollande remonte. La situation internationale conduit les médias à solliciter davantage les responsables politiques expérimentés comme lui. Et sur la scène intérieure, l’étoile de Raphaël Glucksmann a pâli, depuis sa prestation calamiteuse à LCI en novembre dernier. La dynamique du fondateur de Place publique n’est plus ce qu’elle était…
Le fameux « trou de souris » par lequel il pourrait passer pour reprendre l’Elysée en 2027 s’élargirait-il ? En tout cas, Hollande fait tout ce qu’il faut pour. Toujours présent sur les bancs de l’Assemblée nationale et aux réunions du groupe socialiste, il participe aussi à la campagne municipale, surtout lorsque les candidats PS sont opposés aux mélenchonistes. Il était à Limoges il y a trois semaines pour soutenir le socialiste Thierry Miguel, concurrencé par une liste LFI-Ecolo ; à Brest, le week-end dernier pour apporter son soutien au maire sortant François Cuillandre ; à Paris pour aider Ariel Weil, candidat anti-LFI de Paris-Centre et à Bourgoin-Jallieu la semaine prochaine pour appuyer la candidature du socialiste Damien Perrard.
Bref, entre le « suicide politique » de Mélenchon et le sur-place de Glucksmann, Hollande retrouve de l’air. Et ce n’est pas un hasard s’il souhaite que le choix de celui ou celle qui portera les couleurs de la gauche réformiste se fasse le plus tard possible, fin 2026, ou même en janvier 2027 : la décantation, autrement dit le décrochage des concurrents au fur et à mesure des sondages, ça prend du temps !
Pari hasardeux ? Vieux routier de la politique, François Hollande le sait mieux que quiconque : pour le moment, le centre de gravité politique du pays est à droite. Et la gauche dans son ensemble ne réunit que 30 % des suffrages. Là où il y a une volonté, il y a un chemin, disait François Mitterrand. Sans doute. Mais la route promet d’être longue.
Carole Barjon
Editorialiste politique











