Les débats sur l’aide à mourir s’étirent depuis presque deux ans sans rapprocher les points de vue, au contraire. De plus, ces discussions encombrent le calendrier parlementaire et retardent des textes importants comme le projet de loi sur les fraudes sociales et fiscales. Mais personne n’ose se demander si cette loi constituait réellement la priorité dans le contexte économique actuel.
« On ne peut pas tout faire à la fois. Gouverner, c’est choisir » a dit Pierre Mendès France en sollicitant l’investiture des députés en juin 1953.
Quel responsable politique oserait aujourd’hui contredire PMF en prétendant que l’on peut tout faire à la fois ? Formellement, personne. Mais dans les discours, les propositions et la pratique, tout le monde.
La donne politique et économique a été totalement chamboulée par la dissolution de 2024. Notre dette s’accroît, le déficit également, le débat politique se clive et s’enlise mais à peine un Budget peu lisible est-il enfin adopté, que l’activité politique reprend comme si ces débats budgétaires n’avaient constitué qu’une parenthèse sans conséquences.
Ainsi, la loi sur l’aide à mourir revient-elle comme si elle était la priorité des priorités. Alors que le texte sur les soins palliatifs a trouvé un consensus, pourquoi s’obstiner maintenant à poursuivre un texte qui divise de plus en plus ? Comme s’il n’y avait aucune autre urgence en matière de santé, d’agriculture, de défense, d’industrie ou de justice.
« C’est une promesse de campagne du président Macron », justifient certains soutiens du texte. Une promesse datant donc de 2022. Tant de choses ont évolué depuis ! A commencer par le climat politique, de plus en plus éruptif et clivé et où tout compromis équivaut à une compromission dénoncée avec virulence. Une telle ambiance politique ne prête ni à l’écoute ni à la discussion constructive entre rivaux électoraux. Est-ce vraiment le meilleur moment pour poser un débat qui a toujours dépassé les clivages partisans car il dépend des positions morales, éthiques, voire religieuses, et souvent des expériences personnelles de chacun. Même les enquêtes d’opinion se contredisent au fur et à mesure que l’équilibre du texte évolue et se perd au gré des amendements. Mais personne, ni au gouvernement, ni parmi les parlementaires n’ose se demander si ce texte est vraiment prioritaire.
Après l’adoption du texte à l’Assemblée mercredi, le Sénat va s’en saisir une nouvelle fois. La navette va encombrer le travail parlementaire au détriment par exemple du projet de loi sur la fraude sociale et fiscale. Le tout sans aucune garantie, ni celle d’aboutir avant l’été comme promis, ni celle d’obtenir un texte équilibré accepté par les patients comme les personnels médicaux. Avec le risque de désabuser les deux camps en train de se former sur le sujet et les conséquences délétères générées par ce sentiment déceptif sur l’action politique elle-même.
En juin 1953, Pierre Mendès France avait le courage de hiérarchiser les priorités du pays et de s’interroger notamment sur le poids de la guerre en Indochine. Il n’obtint pas l’investiture cette année-là, à quelques voix près. Mais il devenait chef du gouvernement en 1954 avec une écrasante majorité. Ceux qui visent l’élection de 2027 devraient peut-être s’inspirer de ce précédent.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste












