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dans Politique

La chronique présidentielle de Frédéric Saint Clair : Arnaud Montebourg ou l’obsolescence du socialisme

Frédéric Saint ClairParFrédéric Saint Clair
9 septembre 2021
Arnaud Montebourg

Réindustrialiser la France, revaloriser le travail, augmenter les salaires, passer à une France sans pétrole, engager un retour à la Terre… Arnaud Montebourg s’est lancé, sous le signe de « la remontada », dans la campagne présidentielle. Il affiche une compatibilité du type « en même temps » avec la droite de Xavier Bertrand (à qui, écrit Carl Meeus dans le Figaro, il a tendu la main) et avec la France insoumise de Manon Aubry (qui a relevé un certain nombre de convergences au micro de France Info). Assisterait-on à un renouveau du socialisme ?

En introduction de l’interview qu’il accorde au JDD, Arnaud Montebourg cite une phrase qu’il attribue à Saint-Exupéry : « Donnez aux Français des cathédrales à construire, et ils s’aimeront »1. Comment ne pas s’interroger immédiatement sur la présence d’une possible étincelle civilisationnelle dans l’âme du socialiste ? Il n’en est rien. Les cathédrales de Montebourg sont assez éloignées de celles qui constituaient, selon Auguste Rodin « le génie même de la France » : Reims, Soissons, Chartres, etc. En toute logique socialiste productiviste, ces cathédrales ne pouvaient être que les temples de la production et de la consommation. Produire français. Consommer français.

Ce n’est pas si mal, diraient certains. Et ils n’auraient pas tort. Nous avons assurément besoin d’un retour à la nation. Le hic ? Arnaud Montebourg, tout comme la totalité des socialistes, est aveugle à un fait politique pourtant central : la question sociale, si elle conserve son importance, a été percutée en ce début de XXIe siècle par la question culturelle, civilisationnelle.

Ce choc géopolitique a déclassé tous les sujets politiques nationaux traditionnels.

Aujourd’hui, ce sont ces données géopolitiques, et même géo-civilisationnelles, qui dictent l’agenda des nations occidentales, qu’on le veuille ou non. Penser l’économique et le social ne peut se faire qu’en prenant en compte, d’abord, les problématiques régaliennes qui font la une de l’actualité semaine après semaine.

Alors, bien évidemment, nous pourrions faire abstraction de cet écueil, et ne discuter que les aspects économiques et sociaux du projet de l’ancien locataire de Bercy. Nous pourrions pointer du doigt la faiblesse d’une politique de réindustrialisation et de nationalisation qui ne tienne pas compte de la crise des débouchés contre laquelle elle ne manquera pas de venir se fracasser. Nous pourrions interroger une politique d’aménagement du territoire qui vise à réoccuper le « million de logement vacants » présents dans la diagonale du vide : une idée louable, bien qu’abstraite, car ne tenant aucun compte de la réalité des territoires et de la vie des gens. Mais nous ne ferions que faire semblant de croire qu’un tel projet (affiché sur le site du candidat Montebourg, en cinq points : la remontada industrielle, des salaires, de la planète, des territoires, et républicaine), pourrait fonctionner avec comme seul ancrage politique affiché : un référendum d’initiative populaire et une abolition de l’article 49.3 de la Constitution… Mais une telle abstraction aurait-elle un sens ? Ne vaut-il pas mieux regarder le réel bien en face ?

Le logiciel socialiste, à l’instar d’ailleurs du logiciel néolibéral, est resté bloqué au XXe siècle : la condition humaine y est perçue comme étant premièrement, et pour certains presque exclusivement, économique et sociale. Dans la doctrine socialiste, les problématiques liées à l’insécurité (physique comme culturelle), à l’immigration, au communautarisme, à la partition territoriale, au terrorisme, etc., sont d’importance moindre que le niveau du SMIC, les aides sociales ou l’impôt sur les sociétés et les ménages. Cet aveuglement a provoqué l’échec de Lionel Jospin en 2002. Vingt ans après, les socialistes n’ont toujours rien compris. Arnaud Montebourg n’a toujours rien compris. La vérité, cruelle, est peut-être que le socialisme est devenu obsolète !, car son logiciel ne peut pas être mis à jour. Il n’existe pas de version 2.0 qui permette de dépasser cette anthropologie économiciste qui le fonde et qui constitue son ADN. Sauf à se renier, en embrassant la mutation Terra Nova, qui a consisté à faire de la population immigrée le nouveau prolétariat, et de la lutte des races le palliatif de la lutte des classes, et ainsi à faire une croix sur Marx et les origines du socialisme. Arnaud Montebourg s’y refuse semble-t-il. Par ce refus, il s’honore, mais il signe aussi son impuissance à entrer dans le XXIe siècle.

Frédéric Saint Clair

  1. Nous n’en avons pas trouvé trace dans ses œuvres. Peut-être est-ce une adaptation de cet extrait de Pilote de guerre : « Quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. La victoire est fruit de l’amour. » (Œuvres complètes, Pléiade, t. II, p. 209). ↩
Frédéric Saint Clair

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