La musique insidieuse et pernicieuse des petites phrases a travers l’Histoire…

Singulier art que celui de diriger et gouverner, bien ingrat quand on récolte les raisins de la colère sans avoir engrangé les lauriers de la gloire, sous le regard impavide des étoiles au fil du temps qui s’écoule inexorablement vers l’échéance des joutes électorales… Par Eric Cerf-Mayer

Sans doute, faut il aussi une bonne dose d’empathie et d’amour de ses semblables pour résister aux critiques ou à l’exposition implacable aux regards de ceux dont on a brigué les suffrages, reconnaître que nul n’est infaillible et que chacun en ce bas monde reste redevable de ses actes, quelle que soit la position où la providence l’aura placé…

Les peuples sous toutes les latitudes et dans tous les temps ont aussi besoin d’être aimés et encouragés pour faire montre de résilience et supporter les épreuves, bâtir des pyramides ou explorer l’univers, avancer et témoigner du trésor que constitue leur survie dans un monde hostile et merveilleux à la fois  où le printemps finit toujours par revenir après l’hiver.  
 
L’émoi que peuvent engendrer les petites phrases ne date pas de l’époque numérique et beaucoup ont perduré à travers les siècles sans la caisse de résonance des médias ou des réseaux sociaux du monde nouveau. 
 
Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent – cette phrase a permis à Caligula de parvenir jusque aux écoliers du 21e siècle et il y a fort à parier que bien peu parmi eux soient en mesure de situer cet empereur romain dans l’échelle du temps..
 
Souvent apocryphes et parfois mortelles – on se souviendra du « qu’on leur donne de la brioche » attribué à la dernière de nos Souveraines d’Ancien Regime, Marie-Antoinette la Reine Martyre, totalement forgé de toutes pièces et peu conforme à la sensibilité de cette femme qui puisait dans la lecture de Rousseau ou dans le mirage bucolique et artificiel du Hameau des sources d’inspiration pour élever le Dauphin de France – elles s s’avèrent toujours significatives d’un climat et d’une tonalité dans l’opinion publique, qu’il n’est pas inutile de prendre en considération si on veut rester connecté avec l’humeur du temps. Alliée aux pamphlets mortifères du mouvement révolutionnaire, cette petite phrase a contribué à conduire l’infortunée souveraine à qui on l’attribuait sur les marches glissantes d’un sang poisseux de l’échafaud  trônant sur notre actuelle place de la Concorde…
 
Alors, les Français sont-ils des veaux, les Gaulois sympathiques et brouillons du village d’Asterix, d’incorrigibles râleurs au béret basque vissé sur le crâne et à la baguette coincée sous le bras, dans une contrée ingouvernable tant elle compte de variétés de fromages ? Certes non !
Ils méritent en ce temps d’épreuve indicible un redoublement de respect et d’attention et la plus grande des transparences pour adhérer aux sacrifices et privations requis….
Le débat entre survie économique et survie tout court est trop grave pour laisser la place à la musique insidieuse et pernicieuse des petites phrases ou écarts de langage qui finissent par occulter et brouiller la parole publique.
Les procureurs de la République d’une part ne font que réclamer l’application de la loi et d’autre part il leur manque l’indépendance du pouvoir exécutif, et ils sont par ailleurs fort utiles dans le fonctionnement de la Justice…
De l’autre côté du Rhin, les Allemands surnomment affectueusement leur Chancelière « Mutti » après des lustres à la tête d’un pays qui, à la sombre époque du régime nazi, cantonnait le rôle des femmes aux 3 K – Enfants, Cuisine et Eglise – de surcroît une Eglise soumise à la même terreur que le reste du corps social… Rarement, voire même jamais Angela Merkel ne s est laissée aller au danger de la parole spontanée non maîtrisée  et c’est certainement en partie à ce trait de caractère qu’elle doit une popularité remarquable et intacte, en dépit des vicissitudes et drames de l’heure qui n’épargnent pas plus l’Allemagne que les autres pays du continent européen…
 
Au fil des siècles, les nations, les empires, les royaumes, les républiques se forgent un destin collectif et les dirigeants se succèdent dans le fracas des combats et des luttes. Tous sont mortels et finissent égaux emportés par l’écume du temps. Mais les peuples se souviennent et lèguent aux générations successives la mémoire des épreuves, et nul doute que celle de la Covid restera une des plus douloureuses des derniers siècles, après celle des deux guerres mondiales. Hélas, elle est loin d ‘être surmontée et elle requiert un minimum de Concorde, de respect mutuel et d’honnêteté si le monde ne veut pas sombrer dans la nuit et le chaos…
 
Eric Cerf-Mayer