La récession impose l’arme budgétaire

L’épidémie en cours de déploiement est d’abord un défi sanitaire mais tout autant une séquence de désorganisations économiques. Explication de Jean-Yves Archer, économiste et membre de la Société d’Economie Politique.

S’il est possible que le coronavirus ne soit, à la fin des fins, moins tueur que la grippe saisonnière, il n’en demeure pas moins un vecteur de panique car il est inconnu et qu’aucun traitement fiable ne peut lui être opposé.

Les désorganisations économiques viennent d’abord de la sino-dépendance de notre Europe : il en va ainsi des médicaments, des pièces de rechange et de nombreux composants qui forgent les intrants de nos productions finales. Puis, la désorganisation vient des successions aléatoires de quatorzaines que le principe de précaution impose aux individus qui sont hélas atteints. Parallèlement, certaines lectures extensives du droit de retrait ne facilitent pas la tenue des plannings notamment dans les transports.

Au total, il y a une sorte de mitage de nos forces de production qui altère directement la croissance.

On connait le slogan « pendant les travaux, le magasin reste ouvert », avec le virus c’est bien la fermeture partielle d’entités qui nous guette.

Dès lors, on ne peut que remarquer la lucidité du constat récemment établi par l’OCDE qui aboutit à la notion de récession et d’un effondrement de la croissance du PIB. Autour de la moitié de la prévision initiale du Gouvernement qui se calait sur le chiffre de 1,3 %.

L’éminent Jacques de Larosière a eu une formule idoine : « nous sommes sortis de la crise de 2008 et de ces dettes avec encore plus de dette » et d’insister sur le caractère périlleux de cette évolution du capitalisme.

Effectivement, l’endettement de la France est à un niveau préoccupant et pourtant pour lutter, à bon escient, contre la récession qui vient, il faudra recourir à l’arme budgétaire. La politique monétaire est à bout de souffle et seule une relance budgétaire fera sens face à ce choc d’offre.

En effet, il est crucial d’établir la hiérarchie : c’est d’abord un choc massif affectant l’offre puis, dans un deuxième temps, l’expression d’un choc de la demande.

Le choc d’offre c’est le risque de faillites en cascade là où le choc de demande est avant tout l’expression d’une épargne de précaution.

Le Médiateur des Entreprises, Pierre Pelouzet, a d’ores et déjà insisté sur le risque massif de tensions de trésorerie qui vont se manifester dans moins d’un mois et demi dans le meilleur des cas. Autant dire qu’il y a urgence pour l’élaboration d’un plan de relance de 30 milliards d’euros. Cette jauge de 30 Mds correspondant à un tiers du déficit budgétaire voté via la loi de finances pour 2020.

Évidemment, elle n’est guère satisfaisante pour qui, à mon instar, se soucie de l’endettement global du pays mais nécessité fera loi.

Quand il y a le feu dans la forêt, on ne peut valablement s’arc-bouter sur la consommation de kérosène du Canadair.

Si rien n’est fait, des milliers d’entreprises iront au tapis et nous renouerons inéluctablement avec une tendance haussière du chômage national.

Pour celles et ceux qui estimeraient que l’arme de la politique monétaire demeure appropriée, l’exemple américain est instructif. La baisse du taux directeur de la FED (de moins 0,5 point) n’a entraîné qu’un rebond technique avant le retour, jeudi 5 mars, de la spirale baissière qui atteint Wall Street ( -3,62 %).

Va-t-on encore casser le thermomètre du prix de l’argent en baissant encore les taux ? Ce n’est plus réaliste pour les épargnants ni davantage pour la stabilité des bilans des banques.

Jean-Yves Archer
Economiste
Membre de la Société d’Economie Politique