Les réquisitions du Parquet contre Marine Le Pen restreignent davantage l’horizon présidentiel de la patronne du Rassemblement national. Les calculs de calendrier sont illusoires. Sur le fond, le dossier de Marine Le Pen n’a pas changé, elle est toujours accusée d’avoir organisé le détournement de fonds européens au profit de son mouvement politique.
La chef de file du RN a bien modifié sa stratégie de défense, elle ne parle plus d’une simple « erreur administrative » en pointant une mauvaise interprétation de juges « politiques », elle prétend globalement s’être trompée de bonne foi face à des règles confuses. Mais elle est avocate, professionnelle du Droit, tout comme son trésorier, Wallerand de Saint-Just, elle ne pouvait donc ignorer avoir franchir la ligne, estime le Parquet dont les réquisitions sont implacables. Il faudrait désormais beaucoup d’imagination au Tribunal pour les contredire lors du jugement attendu avant l’été.
Certes, l’exécution provisoire de l’inéligibilité de Marine Le Pen n’est plus réclamée. Mais à quoi bon, puisqu’elle a déjà dû démissionner des mandats concernés. Quant à sa candidature, elle est soumise à une série de conditionnels peu probables. Il faudrait soit que l’inéligibilité soit fortement réduite – alors que les réquisitions confirment les 5 ans requis en première instance -, soit que Marine Le Pen fasse appel et que la Cour de Cassation instruise le dossier dans un temps record pour que la patronne du RN puisse être candidate in extremis.
Qui mènerait la campagne durant ces longs mois d’incertitude ? Marine Le Pen, une candidate en sursis, suspendue à une décision de justice incertaine ? Un candidat lui aussi en suspens, en fonction du bon vouloir de sa patronne ? Les deux ensemble, alors que leur approche stratégique diverge ? Bardella prétendant absorber tout ce qui se situe à droite de l’échiquier politique, quitte à négliger une approche sociale, alors que Marine Le Pen est soucieuse de préserver l’électorat populaire quelle a patiemment amené vers elle en refusant cette classification.
En réalité, les jeux semblent faits depuis la condamnation de première instance. Quand Marine Le Pen a crié son indignation et accusé une justice partisane, elle n’a pas réussi à susciter l’élan mobilisateur espéré. Au contraire, ses électeurs lui préfèrent de plus en plus celui qu’elle a fait monter à ses côtés, Jordan Bardella. A quoi bon mettre en cause la Justice qui priverait les électeurs de leur candidate quand ses électeurs eux-mêmes tournent la page.
Ce n’est pas la Justice qui prive les électeurs qui privent Marine Le Pen de candidature. Ce sont ses électeurs. La condamnation en première instance n’a fait que mettre en lumière cette évolution : après trois échecs en 2012, 2017 et 2022, les électeurs du RN veulent écrire un nouveau chapitre.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique











