L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Maximiser les risques pour optimiser le profit : c’est en trader de la politique qu’agit encore une fois le Président de la République. Sa décision de ne pas procéder à un confinement immédiat contre le parti médical et à la grande surprise du parti médiatique obéit à une anticipation du marché volatile de l’opinion.

Le Chef de l’Etat y scrute sans doute une lassitude et des germes de nervosité quant à une perspective de nouvel enfermement. Le problème est de savoir si ce calcul se source au filtre des médias ou s’il se fonde sur une juste appréciation de l’humeur nationale dont la plasticité en temps de crise est toujours plus intense qu’en période de routine. C’est une constante que la bourse de l’info continue ne manque jamais de générer une fluctuation tendue des produits de l’actualité. D’un infléchissement de l’acceptabilité de la contrainte sanitaire, réelle mais encore relatif, faut-il en extraire les prémices d’un retournement de l’opinion ou une tendance de fond ? Le Président mise peut-être sur la seconde, ce que les sondages ne démontrent pas forcément à ce stade, mais au moins peut-il rassurer pour une part les milieux économiques qui estiment de leur côté que nous n’avons plus les moyens de financer un troisième confinement. Ce paramètre là dans tous les cas rejoint la crainte politique d’assister à un effondrement moral progressif de la société, forge potentielle de colères plus inquiétantes et plus déstabilisantes dans un pays qui en 2018 a frôlé le précipice d’une situation émeutière.
 
Le sismographe sociale n’est pas le seul à guider le président. L’horizon de 2022 aiguille à n’en pas douter son évaluation du contexte. Emmanuel Macron a fait une croix sur son bilan et sur l’idée du souffle réformiste qu’il entendait incarner. La transformation à laquelle il disait s’atteler n’aura pas eu lieu. Elle se sera heurtée à une double tempête, celle des Gilets jaunes et depuis un an celle d’une pandémie qui aura installé le sentiment d’un déclassement de la France sur un sujet, le sanitaire, où notre excellence ne faisait pas débat. Non que les femmes et les hommes qui œuvrent quotidiennement sur ce front là ne soient pas compétents – ils le sont et parmi les meilleurs au monde – mais ils combattent à découvert et lestés par une organisation enchevêtrée comme seules les bureaucraties tournant sur elles-mêmes en ont le secret.
 
Le Chef de l’état n’ignore sans doute nullement que son avenir à court terme est indexé sur la capacité du pays à sortir le moins mal d’une crise dans laquelle il est, pour le moins, très mal entré, ajoutant à la pénurie et aux dysfonctionnements l’indigence d’une communication publique tout à la fois contradictoire, injonctive, et jouant par trop souvent avec la réalité. Son intervention en début de semaine au sujet tant de la situation que de la stratégie vaccinale avait pour objectif de rassurer et de donner de la perspective, autrement dit de l’espoir pour atteindre à ce nouveau graal politico-sanitaire que constitue aujourd’hui l’immunité collective. Sur la vaccination, pierre angulaire annoncée pour enfin s’extirper de la menace covidienne, Emmanuel Macron prend acte du retard, mais annonce que d’ici l’été chaque français adulte aura accès aux vaccins. Il mise à nouveau dans un poker qui demeure incertain, tant les projections officielles ont jusqu’à maintenant été souvent démenties par les faits. Le calcul présidentiel est simple : la sortie de la chape virale lui sera profitable, aussi doit il scénariser toujours plus la tension qu’il entend mettre sur son gouvernement, son administration, pour qu’in fine on le crédite d’être l’homme qui a vaincu le ciel bas épidémique qui pèse depuis presque douze mois sur la société.
 
Que la dynamique du virus s’éteigne de manière endogène ou qu’elle le soit par l’effort sanitaire importe peu au demeurant : l’important est qu’elle s’efface, et qu’elle s’efface avant que l’échéance présidentielle n’en vienne à occuper les esprits. Le pari du président est que la sortie épidémique opérera comme une libération dissipant toutes les controverses dont l’action de ses gouvernements successifs a été l’objet. Évidemment cette entreprise audacieuse – éviter le reconfinement, booster l’accès à la vaccination – n’a de chance d’aboutir que si les chiffres de la circulation du virus ne s’accélèrent pas à nouveau et qu’à condition que l’objectif vaccinal soit tenu. Si l’un ou l’autre, les deux à fortiori, de ces facteurs en venaient à être démenti, Emmanuel Macron aura alors perdu sa course de vitesse contre la pandémie… et nous autres avec !
 
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef