L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Emmanuel Macron est intervenu donc en fin de Sommet européen, au moment où en France l’épidémie semble, hélas, à nouveau hors de contrôle.

Étrange intervention à vrai dire que celle d’un Président qui n’entend pas se laisser bousculer par les critiques dont sa stratégie est l’objet . « Droit dans ses bottes », le chef de l’Etat a tenu à réitérer le bien-fondé de son choix de ne pas avoir reconfiner en janvier. Tout se passe comme si depuis quelques jours la communication de l’exécutif visait à nouveau à se justifier de sa politique bien plus que de nous donner des éléments de sortie de crise, autres que ceux d’une stratégie subie de défense.

Un an après, ce retour à la case départ tant sur le plan de l’action que sur celui de l’expression, reproduit une scène aussi pénible que trouble. À vrai dire, sans doute le Président cherche t-il, non sans raison, un moyen terme entre deux nécessités, le maintien d’une vie économique qui ne puisse gripper définitivement un moteur économique qui hoquette d’une part et la protection sanitaire d’autre part. Cette « porte étroite » pour autant, au stade actuel de l’évolution épidémique, donne l’impression de se refermer sur le choc de la réalité. On ne peut éviter de se poser la question si le professeur Jean-François Delfraissy n’avait pas finalement raison lorsqu’il préconisait fin janvier un reconfinement à titre préventif pour casser la chaîne de propagation du variant anglais. On ne peut non plus ne pas s’interroger sur les effets multiples d’un « stop and go » dont on mesure qu’il met progressivement la société à genoux sur un plan économique, social, moral.

Il n’y a sans doute pas de voie optimale, et l’opinion dans sa grande sagesse a intériorisé, comme en témoigne son calme malgré les contraintes considérables qu’elle subit, la difficulté de la tâche. D’où la nécessité de choisir ses mots, d’adapter ses prises de parole, de soigner ses déclarations. Celle d’Emmanuel Macron, surgissant dans la nuit du doute et de la fatigue collective, était-elle appropriée et opportune alors que le pays tangente dramatiquement vers une explosion des taux d’incidence, une surcharge de la pression hospitalière, la litanie funèbre des décès approchant du seuil tragique des 100 000 morts et que la campagne vaccinale demeure incertaine ? Poser la question, c’est y répondre, d’autant plus que quelques heures auparavant la Chancelière allemande Angela Merkel s’adressant à son peuple, suite à une décision de durcissement des conditions sanitaires lors des fêtes pascales, a privilégié, elle, de son côté, sur un ton sobre et solennel la voie de l’humilité des excuses et de la reconnaissance pleine et entière de sa responsabilité dans des mesures retirées depuis. Une leçon de modestie et de vérité qui manque cruellement dans l’expression du pouvoir dans une République si peu frugale en simplicité…

Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef