L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

C’est un conflit dont on avait presque fini par oublier l’existence. Il n’était de fait qu’un volcan assoupi qui ne demandait qu’à se réveiller.

Les ingrédients propres à chaque camp auront suffi à en réactiver la dynamique : une scène politique israélienne qui se prépare à une quatrième consultation électorale en tout juste deux ans ; une autorité palestinienne qui prise en otage par le Hamas se survit en repoussant sine die son propre processus électoral. Mais rien ne serait plus illusoire que de réduire ce qui se passe au-dessus d’Israël et de Gaza depuis plusieurs jours aux logiques endogènes propres à chaque partie.
 
Le mal vient de loin mais comme toujours dans les crises la montée aux extrêmes est le trophée des jusqu’aux-boutistes qui ainsi trouvent là une justification à posteriori à leurs intransigeances respectives. Il peut apparaitre vain et naïf de parler de paix au moment où le Hamas, avec le cynisme qu’on lui connaît, a suscité une réaction israélienne à laquelle il s’attendait pour mieux  légitimer sa politique de terre brûlée. En exposant les civils de Gaza à l’une de ses répliques quasi mécanique dont l’Etat hébreu n’a jamais dissimulé qu’elle était indissociable de sa propre sécurité, le Hamas a obtenu ce qu’il recherchait : faire la démonstration du contraste, aux yeux des opinions publiques arabes et plus largement occidentales, entre la souffrance palestinienne et la brutalité d’Israël… L’objectif est de ce point de vue atteint, et déjà les thuriféraires d’Israël ne manqueront pas d’insister, à tort ou à raison, sur la disproportionnalité de la riposte.
 
Quoiqu’il en soit, il faudra néanmoins se poser la question de la ligne dure portée aussi par l’actuel chef du gouvernement israélien : la pluie de roquettes dont son pays est victime traduit aussi les limites de sa politique. Elle justifiera, dans un premier temps, inévitablement un réflexe de cohésion propre à une population qui se sent à juste titre agressée et menacée dans son existence ; mais elle ne manquera pas, par la suite, d’interroger dans un pays qui constitue avant tout une démocratie et dont le souci de paix ne pourra certainement pas à terme reposer sur le seul usage de la force. Il faudra immanquablement, sauf à basculer dans une spirale insensée et dont personne ne saurait envisager l’issue, réouvrir la voie à la négociation, ne serait-ce que parce que les droits des Palestiniens à disposer d’un État  sont tout autant légitimes que ceux des Israéliens à disposer du leur en toute sécurité. Force est de constater que cette évidence d’équilibre, presque triviale, a quasiment disparu de tout agenda diplomatique à venir, ce qui en dit long aussi sur l’effondrement éthique des tierces parties à l’un des plus vieux conflits de la planète.
 
C’est bien aussi le quasi-silence des diplomaties occidentales (américaines, mais françaises et européennes) qui nourrit un statu quo mortifère, comme si ces dernières considéraient cette affaire soldée parce qu’héritée de temps apparemment disparus. C’est oublier que l’histoire est toujours plus forte que les illusions du présent.
 
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef de la Revue Politique et parlementaire
Professeur associé à l’Université Paris Sorbonne
Président de KOM