Libération du territoire et reconstruction – 1871-1878 – suite

A l’occasion des 150 ans de la proclamation de la République, la Revue Politique et Parlementaire a publié en septembre dernier « un cahier républicain ». Durant toute cette semaine, nous diffusons les contributions du « deuxième cahier républicain » rédigé par l’Observatoire de la vie politique et parlementaire pour les 150 ans des Assemblées de Bordeaux et de Versailles. Aujourd’hui la première partie de « La République reconstruit Paris » par Patrick Restellini.

Paris mutilé

Le Paris mutilé n’est pas celui uniquement des bâtiments officiels bombardés ou incendiés au cours des dernières journées de mai 1871 que l’Histoire a retenus. C’est aussi celui des quartiers ciblés par l’artillerie prussienne en janvier 1871 ; celui des quartiers ou lotissements bombardés par les Versaillais du sud et de l’ouest parisien en avril et mai ; également la longue énumération des infrastructures (particulièrement les ponts au nord et à l’est de la première ceinture de Paris) détruites au cours des combats d’encerclement et qui constituaient un handicap supplémentaire pour assurer le ravitaillement comme pour l’acheminement des matériaux nécessaires aux reconstructions de première nécessité après les bombardements de janvier.           

Les militaires portent généralement leur instinct à la « place nette » sans trop s’embarrasser de considérations humaines et même culturelles. Le Gouvernement de Versailles a conduit une opération militaire pour reconquérir Paris ; le voilà maintenant confronté à une tâche complexe que ni l’art militaire ni l’art de gouverner civilement ont codifiée. Les impératifs sont une circulation sécurisée et libre, un relogement des sinistrés, un approvisionnement régulier et suffisant, une administration municipale en état de marche ; enfin, lorsque le désastre monumental et architectural est de grande ampleur – comme il le fut – un plan urgent et financier d’évaluation des travaux de restauration à entreprendre, voire des décisions drastiques d’abandon ou de remise à plus tard des sauvegardes nécessaires.  

Au lendemain de la « semaine sanglante », le Gouvernement d’Adolphe Thiers se trouve ainsi face à ces enjeux qui s’ajoutent à ceux du rétablissement d’une paix civile dans la capitale, à la libération du territoire, conditionnée par le paiement de la rançon imposée par l’Empire allemand, au retour de la confiance le plus rapidement possible pour mener l’action publique dans un contexte politique encore incertain pour l’avenir.       

La rive gauche de la Seine sous les obus des canons prussiens – janvier 1871

Le bombardement de Paris par l’artillerie prussienne du 5 au 26 janvier 1871 compte rarement dans le bilan des destructions de la ville ; moins spectaculaire que les incendies et destructions massives par les communards quatre mois plus tard, il représente quand même une avalanche de 12 000 obus provenant essentiellement des batteries de Meudon et Chatillon, au sud des forts d’Issy, Vanves et Montrouge.

L’ellipse d’impact couvre :

– d’ouest en est les quartiers d’Auteuil et Muette au quai de la Râpée

– du sud au nord, de Port-Royal au Pont-Notre-Dame, avec une forte concentration sur les zones du Jardin des Plantes et le Panthéon, le Luxembourg et de l’Odéon à La Monnaie.

Au nombre minimum de maisons atteintes (1 158) et de bâtiments publics (103), il faut ajouter les voies et carrefours défoncés.

– Le XIVème arrondissement est bombardé sans relâche durant les vingt-et-un jours ; on compte 258 maisons atteintes Chaussée-du-Maine, rue de Vanves, avenue d’Orléans et les quartiers de la Santé, Plaisance et Montparnasse.

– Du 6 au 16 janvier, 650 obus tombent rue de Vaugirard, boulevard de Grenelle, rue Lecourbe, les quartiers de Grenelle, Saint-Lambert, Javel et Necker ; 389 immeubles sont atteints dans le XVème arrondissement.

– Du 8 au 14 janvier, 160 immeubles touchés dans le VIème, boulevard Montparnasse, rue d’Assas, les quartiers Notre-Dame-des-Champs, Odéon, La Monnaie et Saint-Germain-des-Prés

– Du 8 au 18 janvier le Vème arrondissement est particulièrement visé : 177 maisons atteintes rues Saint-Jacques, Mouffetard, Feuillantines, Ulm et les quartiers Saint-Victor, Sorbonne, Val-de-Grâce et Jardin des Plantes

-Du 9 au 16 janvier, 133 immeubles atteints dans le XIIIème arrondissement, boulevard de la Gare, rues Pascal et de Lourcine.

– Le septième arrondissement, moins ciblé, reçoit 125 obus à partir de la nuit du 13 au 14 janvier n’atteignant que 13 immeubles dans les quartiers des Invalides, Ecole Militaire, Saint-Thomas- d’Aquin et Gros-Caillou.

– Trois cent cinquante projectiles tombent dans le XVIème arrondissement, principalement à Auteuil et La Muette : 28 maisons touchées

– Dans le quatrième arrondissement, un seul immeuble fut atteint mais un obus est arrivé à proximité de Notre-Dame (Pont Notre-Dame) et un autre sur l’Île-Saint-Louis.

– Pour être complet, signalons les tirs des batteries du Bourget qui ont atteint le XVIIIème arrondissement ne touchant qu’un seul immeuble mais endommageant l’usine à gaz de La Villette.

Mais 1 600 obus sont aussi tombés – dans le périmètre de l’ellipse –  sur des édifices publics et monuments :
– seize hôpitaux dont Cochin, les Invalides, Necker, La Pitié, la Salpêtrière, le Val-de-Grâce, Saint-Anne ; six ambulances,

– six églises dont Saint-Germain-des-Prés, Saint-Sulpice ; cinq couvents

– neuf casernes et quatre prisons

– les lycées Louis-Le-Grand, Henri IV, Saint-Louis et le collège Rollin

– l’Ecole de droit (Faculté du Panthéon), Polytechnique, les Mines, l’Ecole Normale Supérieure, l’École égyptienne, le Collège de France, la Sorbonne, l’Ecole de médecine ;

– les abattoirs de Grenelle, la Boulangerie des Hospices, la Boulangerie centrale rue Scipion, la Halle aux vins, le Grenier aux fourrages, la Halle aux cuirs, l’usine Cail, l’usine de Javel,  l’usine à gaz de Grenelle et celle de La Villette

– L’Institut des Aveugles, celui des Sourds-Muets, Saint Nicolas de Vaugirard

– le Panthéon, la Manufacture des Gobelins, l’Hôtel de Cluny, l’aile est du Palais du Luxembourg (ancien musée du Luxembourg), le 64 boulevard Saint-Michel (ancien cloître des Chartreux), l’Observatoire, la bibliothèque Sainte-Geneviève

– Le ministère de l’Agriculture et du commerce, le Champ-de-Mars, les marchés de Grenelle, les dépôts de la Compagnie des omnibus des rue d’Ulm de la Procession et de la place Vauban, le dépôt de la Compagnie des Petites Voitures, le théâtre de l’Odéon, la gare d’Orléans (Austerlitz) et les ateliers du chemin de fer,  la gare de l’Ouest, celle du chemin de fer de Sceaux (Luxembourg), la caserne de pompiers de la place Volet

– 700 obus sur le cimetière Montparnasse ; 80 sur le Jardin des Plantes ; 75 sur le Val-de-Grâce ; 80 sur le Luxembourg

Le bombardement a causé la mort de 111 personnes et blessé 270 autres, un chiffre qui aurait pu devenir plus important si les autorités de la Ville n’avaient pas pris immédiatement des mesures de rapatriement « avec billets de logement » de certains habitants de la rive gauche de la Seine vers le centre et la rive droite : « Il a été décidé que les réfugiés… du 14ème arrondissement seraient logés dans le 1er et le 2e…ceux du 13e dans le 12e ; ceux du 16e dans le 8è… »
De nombreuses voies nouvelles ou élargies depuis 1850 sont criblées d’obus ou dépavées ; les travaux de voirie et d’aménagement sont de nouveau à envisager dans les secteurs Arago, Gobelins, Saint-Marcel, Port-Royal, Saint-Michel, Rennes, Les Ecoles, Monge, Claude Bernard

Le château de Saint-Cloud, l’ombre des Napoléon, rayé de la carte ! 

Si la ville fut pillée, sa reconstruction fut entreprise assez rapidement« Saint-Cloud n’est plus qu’un champ de ruines, les tracés des rues ont disparu, seules une vingtaine de maisons subsistent »1.

Le 13 octobre 1870, le château, quartier général de l’état-major prussien  connut un acharnement fatal : les Prussiens, d’abord, faisant exploser la « Lanterne d’Aristote » ( dans le parc du château) qui servait de point de mire pour les batteries française du Mont-Valérien ; l’artillerie de la Défense nationale ensuite avec plusieurs obus qui enflamment initialement les combles et eurent raison, au final, de l’ensemble du château ; dans la nuit du 13 au 14 octobre 1870, l’incendie anéantit tout l’édifice, d’où fut décrétée la déclaration de guerre, un peu moins de trois mois auparavant ( 17 juillet 1870) contre la Prusse.

Saint-Cloud c’est aussi le souvenir du 18 Brumaire dans la galerie de l’Orangerie du château (détruite en 1861 sur ordre de Napoléon III !)

« Paris a cinq arrondissements sous les obus » versaillais  – avril et mai  1871

Les destructions (canonnades et incendies) qui  allaient défigurer Paris au cours de la « semaine sanglante» du 21 au 28 mai 1871ont été précédées d’une intense préparation d’artillerie couvrant un arc, au sud-ouest de Paris, allant des forts de Vanves, Chatillon, Issy, la redoute de Montretout et le Mont-Valérien jusqu’à Courbevoie et le Pont de Neuilly. La bataille des forts fut loin d’être un « long fleuve tranquille » pour Thiers et les Versaillais. Les obus et la mitraille des deux camps ont porté de considérables dommages aux villages proches de ces forts, aux abords des remparts et au-delà des remblais à l’intérieur de Paris.

Plus au nord, les batteries du château de Bécon ont visé Montmartre dont le cimetière est bombardé et les obus se sont dispersés jusqu’à la place Saint-Pierre.

Versailles a mis les cinq arrondissements de ceinture de la moitié ouest (14e, 15e, 16e, 17e et 18e) de Paris sous le feu de ses batteries.

– Fin avril et début mai, Auteuil (qui abrite de nombreux hôtels particuliers de l’aristocratie et grande bourgeoisie parisienne ou étrangère) subit un bombardement intense ; « ce malheureux ]sic[ arrondissement était pris de front, de flanc, en enfilade par près de cent bouches à feu » d’après le récit de P.O Lissagaray.   Thiers se donnait vingt jours pour préparer l’entrée dans Paris ; après la neutralisation des forts de Vanves et d’Issy, il porta l’effort principal sur le Point-du-Jour et le bois de Boulogne en installant « à Montretout, en huit jours, une batterie comme on en a rarement employé à la guerre » ; puis le pilonnage des remblais et fortifications devait rendre la ligne de défense des Fédérés au Point-du-Jour impossible à tenir.
Les destructions furent importantes dans ce XVIème sud dont Haussmann, par ailleurs, avait depuis 1850 entrepris des aménagements et percées significatifs.

Les bombardements n’épargnent pas Passy et  les quartiers de La Muette, rénovés également sous Haussmann

– Le Pont de Neuilly, autre point stratégique se trouve dans l’axe de la barrière de l’Etoile ; la dernière semaine d’avril, l’artillerie versaillaise bombarde l’avenue de la Grande-Armée entraînant des dégâts collatéraux sur les avenues avoisinantes dont certaines fraichement aménagées par Haussmann ; de l’Etoile « jusqu’au rempart du côté des rues de Presbourg, des rues Rude, des rues Pergolèse, etc. Ce ne sont que des trous béants, balcons arrachés, tuyaux de conduite coupés en cinq ou six endroits, devantures au fer tordu et recroquevillé », raconte Edmond de Goncourt, le 25 avril dans son journal.

– Les batteries du Mont Valérien et de Courbevoie portent jusqu’au Palais de l’Industrie (Grand Palais) et prennent en enfilade l’avenue des Champs-Elysées ; l’Arc de Triomphe n’échappe pas aux projectiles qui brisent en fragments quelques pierres.

– Autre secteur aux percées haussmanniennes (Péreire-Wagram) : « Dans le rectangle compris entre l’avenue de la Grande Armée, celle des ternes, les remparts et l’avenue Wagram, il n’y a pas de maison intacte », note P.O Lissagaray.

La cartoucherie de l’avenue Rapp

Le 17 mai, en fin d’après-midi à l’angle de l’avenue Rapp et de l’avenue Labourdennais et à proximité de trois cités ouvrières, le dépôt et l’atelier de la cartoucherie de l’avenue Rapp sautent ; l’explosion du trésor de guerre des Fédérés que constituait l’amoncellement de milliers de cartouches, barils de poudre, explosifs provoque l’anéantissement du quartier de Grenelle ;

Haussmann avait aussi réaménagé ce secteur.

Il s’est révélé que les Versaillais n’étaient pour rien dans cette explosion ; les  obus ne parvenaient pas jusque-là et une opération « spéciale »  de commando des agents du parti de l’Ordre, imaginée par la Commune a été rapidement écartée. Alors ? Complot au sein de l’organisation sur fond de rivalités internes ou tout simplement mauvaise manipulation dans les sous-sols du dépôt ?

Les destructions symboliques : la maison de Thiers et la colonne Vendôme

Place Saint-Georges le 11 mai 1871 : « Arrêté du Comité de salut public 21 floréal (publié au J.O. de la Commune du 11 mai) : « Le Comité de salut public, vu l’affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la République française, considérant que cette affiche imprimée à Versailles, a été apposée à Paris par les ordres dudit sieur Thiers, que dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour, des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles (…)

 Article 1er : Les biens et immeubles des propriétés de Thiers (…)
Art 2 La maison du sieur Thiers, située place Saint-Georges sera rasée …
Art 3 Les citoyens Fontaine, délégué aux domaines et Andrieu délégué aux services publics sont chargés chacun en ce qui le concerne de l’exécution immédiate du présent arrêté. Les Membres du Comité de Salut Public : Antoine Arnaud, Eudes, F.Gambon, G.Ranvier…

Le peintre Courbet avait eu l’idée, après le 4 septembre, de faire déboulonner la Colonne Vendôme, d’en conserver les bronzes et de transférer ces derniers aux Invalides ; sa pétition du 14 septembre 1870 n’évoque pas une démolition mais bien un déboulonnage ! L’avènement de la Commune allait changer le cours de l’Histoire de cette colonne impériale ; le 12 avril Félix Pyat propose d’abattre et (non plus de déboulonner !) le monument. La « cérémonie », initialement prévue pour le 5 mai, est déprogrammée en raison des opérations militaires, mais le 16 mai les insurgés mettent à exécution leur décret du 12 avril.

Une guerre dans la guerre…les ruines témoignent – 22 au 28 mai 1871

Cent cinquante ans après la reprise de Paris par l’armée de Versailles, ce sont toujours les pertes humaines et la terrible répression du 22 au 28 mai 1871 qui nous rappellent que la capitale connut d’autres insurrections sanglantes. Sous Paris les troupes étrangères d’occupation surveillaient l’évolution de la guerre civile, prêtes à intervenir si besoin ; les sorties de Paris étaient par ailleurs « verrouillées au nord et à l’est par les troupes allemandes qui depuis le 25 mai refoulent vers l’intérieur de la ville presque tous les fuyards »2.

La transformation de Paris a effacé les traces matérielles et blessures de ces journées de mai, si bien que flâner, aujourd’hui, dans le jardin des Tuileries, devant l’Hôtel-de-Ville, l’actuel musée d’Orsay, la place Dauphine et le quai des Orfèvres ou les quartiers de l’Arsenal, de la Madeleine ou du Palais Royal n’évoque plus rien. Faudrait-il s’excuser presque de parler de ces destructions et incendies lorsque d’autres villes de France, d’autres capitales et grandes villes d’Europe et du Monde connurent depuis 1914 bien pire !

Mais l’Histoire ne se fractionne pas en choisissant ce qui est bon à retenir et ce qui  ne l’est pas : ainsi, on ne peut échapper à l’évocation de ces ruines qui hantèrent longtemps la mémoire des Parisiens, même après l’exposition universelle de 1878 ; une vision apocalyptique parfois et sorte de « seconde peine » infligée aux regards des passifs, curieux, voyeurs, promeneurs, provinciaux et étrangers accourus comme s’il s’agissait d’un spectacle.

La guerre urbaine n’est pas nouvelle à Paris…en mai 1871 ! Les contemporains de 1830 et 1848 peuvent témoigner. Cependant, les opérations militaires  doivent s’adapter à des systèmes de défense (900 barricades élevées en quelques heures3) et obligent à des contournements pour mieux isoler ces obstacles et éviter des enlèvements frontaux plus risqués : « Il est préconisé de prendre le temps nécessaire pour envelopper puis détruire les barricades et toutes les résistances et de couper les insurgés de leurs arrières afin de les isoler »4.

Ainsi les contournements créeront des dégâts immobiliers plus importants et les incendies volontaires des insurgés pour retarder l’avancée des Versaillais  provoqueront des îlots de retardement et des  périmètres inaccessibles, laissant de nombreux bâtiments publics aux proies des flammes mais « les destructions ont été rarement un frein à la progression des unités ».5

les Fédérés préfèrent « l’affrontement statique sur les barricades dans la rue tout en négligeant le bâti. En revanche l’armée utilise les constructions pour progresser, déborder et détruire méthodiquement les positions des insurgés6.

Suivons donc ce trajet d’Ouest en Est

Plutôt que lister les ruines, notre démarche consiste à suivre une logique de guerre urbaine et exposer la progression des assaillants et les décisions des défenseurs. Les insurgés sont des combattants même si l’organisation militaire laisse apparaître des failles de commandement ou de stratégie ; c’est donc dans l’usage des techniques de défense qu’il faut  aussi considérer les destructions et incendies. Le feu à des bâtiments publics ou des monuments ou aux maisons bordant les barricades ne l’est que de manière progressive, c’est-à-dire au fur et à mesure de l’avancée des versaillais. Certes, certains appels à « incinérer la ville » sont proclamés et des individus s’étant procuré des cachets officiels – ce qui est relativement facile dans l‘anarchie de ces journées de mai – se transforment en exécuteurs d’ordre avec de fausses attestations. La carte des incendies suit une logique de résistance…ce qui ne retire rien au funeste constat que des bâtiments officiels ont aussi disparu pour ce qu’ils représentaient aux yeux des insurgés, le pouvoir d’hier et celui du moment, celui du Gouvernement de Thiers.

Quatre mois après les bombardements prussiens, certains quartiers de la rive gauche vont subir de nouvelles destructions et incendies : d’Auteuil et Muette au quai de la Râpée, les quartiers de Port-Royal du Jardin des Plantes du Panthéon, du Luxembourg, de l’Odéon de La Monnaie.

L’avancée des troupes versaillaises du 21 au 28 mai 1871 – carte Robert Tombs – The War Against Paris 1871, Cambridge, CUP, 1981

Le 21 mai 1871, les Versaillais, en début d’après-midi entrent dans Paris par le Point-du-Jour et la porte de Sèvres ; la porte d’Auteuil, la porte de Versailles ; à trois heures du matin, le 22 mai, ils sont maîtres du Trocadéro (et de la poudrière creusée sous la colline de Chaillot) ; à sept heures, de l’Arc-de-Triomphe et de l’Ecole-Militaire. Derrière eux (les Ternes, l’Avenue de la Grande Armée, La Muette, Passy, Auteuil), des quartiers et avenues que les batteries de Courbevoie, durant six semaines, ont pilonnés.

Au soir du 22 mai, les Versaillais ont investi un tiers de Paris, en une seule journée ; la ligne de front va de la porte de Vanves à la porte d’Asnières en passant par Montparnasse, l’Hôtel de Matignon, le Palais Bourbon, le bas des Champs-Élysées, Saint-Lazare.

Le Palais Bourbon, l’Ecole militaire, des statues de la place de la Concorde, le toit du ministère des affaires étrangères sont atteints par des obus versaillais ; l’un d’eux tombe sur le toit du ministère des finances – à l’époque, rue de Rivoli à l’emplacement actuel de l’hôtel Continental (devenu le « Westin Paris-Vendôme ») entre les rues Cambon et Castiglione – et le feu gagne rapidement les combles. 

Si Montmartre est pris dans la matinée du 23, les Fédérés établissent une véritable barrière de feu, de la Madeleine à la rive gauche de la Seine pour protéger leurs barricades, particulièrement celles de la rue Royale et d’un certain Napoléon Gaillard (barricade dite du « château Gaillard ») ; les maisons qui bordent les rues Royale, Saint-Florentin et du Faubourg Saint-Honoré sont incendiées ; aussi, les hôtels particuliers du quartier Castiglione-rue d’Alger ; le début d’incendie du ministère des finances, la veille, qui avait pu être maîtrisé avec le concours d’insurgés est réactivé par d’autres insurgés incendiaires au point de rendre ce bâtiment officiel et névralgique en ruine ; rive gauche, les barricades empêchent d’investir le quartier des ministères ; les Fédérés font sauter l’Ecole d’Etat-major (Hôtel de Noirmoutiers), rue de Babylone.
Des ordres « d’incinérer Paris »7 sont prêts (Les Tuileries – Bergeret ; le Louvre – Bénot ; le Palais Royal – le comité de salut public ;  le Palais de la Légion d’Honneur – Hôtel de Siam – Eudes) ; à huit heures du soir, Bergeret abandonne la résistance devant les Tuileries et ordonne l’incendie du Palais.

Le 23 mai au soir, la nouvelle ligne de front part de la porte d’Orléans jusqu’à la porte de Clignancourt en passant par la place d’Enfer, le cimetière Montparnasse, la rue de Grenelle, l’extrémité ouest de la terrasse des Tuileries, la Trinité, Notre-Dame de Lorette.

Dans la nuit du 23 au 24 mai et durant la journée du 24, le centre de Paris brûle : après Les Tuileries, la bibliothèque du Louvre part  en cendres (100 000 livres), le Palais Royal jusqu’à la galerie de Valois et les appartements du duc d’Orléans, le Palais de la Légion d’Honneur – Hôtel de Siam,  ; la folie incendiaire devient hors de contrôle et des initiatives individuelles (avec souvent de faux « ordres » mais estampillés par de vrais tampons !) conduisent à l’embrasement de la caserne d’Orsay (ancien quartier Bonaparte), le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes (trois bâtiments contigus devenus la gare d’Orsay – aujourd’hui le musée d’Orsay) ainsi que l’Hôtel de Praslin qui abrite rue de Lille la Caisse des dépôts et des consignations, une partie des rues du Bac, de Lille et de Verneuil, et des hôtels particuliers entre les rues de Bourgogne et le square Sainte-Clotilde ; les Archives de la Cour des comptes sont consumées.

Au troisième jour de la bataille, la « politique de la pierre brûlée » s’amplifie et provoque une longue saignée de flammes et de ruines au cœur de Paris. « Pindy ordonne vers 10 heures, d’incendier l’Hôtel de Ville. Peu de temps après, sur l’injonction de Ferré, la Préfecture de Police] appelée autrefois « la Rousse », sise rue de Jérusalem et aujourd’hui correspondant au 38 quai des Orfèvres [et une partie du Palais de Justice] et de la Conciergerie [flambent à leur tour. Le théâtre de la Porte Saint-Martin et le Théâtre lyrique] aujourd’hui théâtre de la Ville [sont en flammes] ».8.

Vingt mille volumes de la bibliothèque des avocats au Palais de Justice partent en fumée ; plus de cent mille autres de la bibliothèque de l’Hôtel-de-Ville – tout comme les Archives municipales et départementales – sont perdus à jamais.

« En mettant le feu à l’Hôtel-de-Ville, les fédérés ont incendié toutes les maisons environnantes. Tout le quadrilatère formé par la rue de Rivoli, l’avenue Victoria] et l’Assistance publique [d’une part, la place de la mairie du 4ème ardt et le boulevard Sébastopol de l’autre, est devenu la proie des flammes » ; également en cendres, tout le pâté de maisons entre la rue de Rivoli et la mairie du 1er arrondissement ; Le feu gagne aussi l’église Saint-Eustache, mais vite maîtrisé  mais « incontestablement, la rue Turbigo est une des rues qui ont le plus souffert. Toutes les maisons comprises entre le boulevard Sébastopol et la Pointe Saint-Eustache ont été atteintes par les balles et les obus » 

La poudrière du jardin du Luxembourg saute et la déflagration provoque des dégâts considérables entre Saint-Michel et Notre-Dame-des-Champs ; sont en flamme également des maisons bordant les barricades dans les quartiers du Panthéon, Vavin, Port-Royal, du carrefour de la Croix Rouge (aujourd’hui place Michel Debré), Babylone, d’Enfer ; les obus des canons versaillais tombent aussi sur l’Observatoire et le Palais du Luxembourg ; rue d’Enfer, le feu est mis à l’établissement des Filles du Bon Pasteur (aujourd’hui 71 et 73 rue Denfert-Rochereau) ;
Au soir du 24 mai, le front suit l’axe allant de l’actuelle Porte d’Arcueil, Val-de-Grâce, Monge, Maubert, quai aux Fleurs, la pointe ouest de l’Ile-Saint-Louis, la caserne Lobeau derrière l’Hôtel de Ville en flamme, les Halles, Strasbourg-Saint-Denis, les gares de l’Est et du Nord jusqu’à la Porte d’Aubervilliers.

– le 25 mai, sur ordre de Brugier, la manufacture des Gobelins est en feu (à l’exception des tableaux destinés à servir de modèle, « toutes les tapisseries, tous les métiers du grand atelier ont été consumés »). Les insurgés mettent le feu au Grenier de réserve dit Grenier d’abondance, rue Crillon et boulevard Bourdon (sur l’emplacement, aujourd’hui de part et d’autre de la rue Mornay) ; également la direction de l’Artillerie, celle des poudres et salpêtres.

Rive droite, les combats autour des barricades entre l’Arsenal et les quartiers de Crimée (les greniers d’Abondance de la rue de Crimée et du quai de Loire) et du canal de l’Ourcq, au nord de Paris entraînent des destructions par canonnade et incendies de nombreuses habitations autour des barricades ; le temple protestant du faubourg Saint-Antoine est ravagé par les flammes et les quartiers du Temple et de la Bourse.

Le 25 mai au soir une ligne brisée, contournant les incendies, rejoint Ivry (aujourd’hui le pont national rive gauche) à l’est de la Porte de la Villette en passant par les gares  d’Orléans (aujourd’hui Austerlitz) et de Lyon, Sully-Morland, la rue de Turenne, la place du Château-d’Eau (aujourd’hui place de la République), gare de l’Est, le quartier Curial-Riquet, la voie ferrée de l’Est, passage du canal de l’Ourcq à Paris.

– 26 mai 1871 : les Versaillais s’apprêtent à occuper les quatre cinquième de la capitale ; au sud-est de Paris, l’Eglise de Bercy et la mairie du XIIème arrondissement (actuellement place Lachambaudie) sont incendiées ; plus au nord, boulevard Mazas (aujourd’hui boulevard Diderot), de la place de la Bastille à la place du Château d’Eau, boulevard Beaumarchais ce ne sont que traces fumantes des combats autour des barricades ; l’un des derniers grands incendies est déclenché aux docks de La Villette où sont entreposées des quantités importantes de matières inflammables (huiles, explosifs…) ; incendies de maisons du début du boulevard du Prince Eugène (aujourd’hui le boulevard Voltaire), et du théâtre dit « des délassements comiques »

Le 26 mai au soir le front versaillais s’établit de la Porte de Vincennes au passage du canal de l’Ourcq à Paris : place du Trône (aujourd’hui place de la Nation), place de la Bastille, boulevard Beaumarchais, place du château d’eau, place de la Rotonde de la Villette (aujourd’hui ; place Stalingrad),

– Le 27 mai, les Fédérés reculent jusqu’à une ligne allant de la place du Château d’Eau à la porte des Lilas non sans avoir provoqué destructions et incendies d’habitations et abandonnent le quadrilatère porte de Vincennes, place du Trône, Popincourt, porte de Bagnolet ; Charonne et le cimetière du Père Lachaise dans lequel on se bat durant la nuit.

– Le 28 mai 1871, les derniers fédérés repliés sur Belleville, Ménilmontant, la rue Haxo, La Roquette, le boulevard Voltaire, Saint-Ambroise, Le Petit Charonne cèdent le terrain.

A quatre heures de l’après-midi les derniers combats ont lieu à Belleville : aux barricades du XIème arrondissement de la rue Saint-Maur (entre les rues de La Folie-Méricourt et du Faubourg du Temple) et des 14-17 rue de La Fontaine au Roi ; celles du XXème ardt, du carrefour des 40-42 de la rue Ramponneau et de la rue de Tourtille.

La dernière barricade présumée ? Prosper-Olivier Lissagaray la situe rue Ramponneau…Louise Michel rue de La Fontaine au Roi9. Adrien Lejeune qui arrêté sur la barricade de la rue de La Fontaine au Roi sera le dernier survivant de la Commune, mort en URSS, à Novossibirsk en 1942

Les bâtiments qui ont failli brûler

L’incendie des Tuileries dans la nuit du 23 au 24 mai 1871 s’étendit au Louvre « par les combles à la partie de la Grande Galerie comprise entre les pavillons de Flore et de La Trémoïlle ». Le conservateur des objets d’art, Barbet-de-Jouy, un attaché à la conservation, Héron de Villefosse et des gardiens réussirent à éteindre l’incendie. (Le Palais du Louvre – Jacques Hillairet – Editions de Minuit -1990 p. 97 et 98).

Les Archives installées à l’Hôtel de Soubise ont été sauvées, le 24 mai 1871, d’un incendie programmé par Louis-Guillaume Debock, ouvrier typographe à L’Imprimerie nationale sise à l’Hôtel de Rohan devenu directeur de l’établissement et qui rédigea un faux ordre « émané du Comité de salut public l’autorisant à repousser toute tentative d’incendie ». (Comment les Archives nationales ont été sauvées en mai 1871 – Georges Bourgin – Bibliothèque de l’Ecole des Chartes 1938 – tome 99 p. 425 à 427)

Le 24 mai des barils de pétrole sont amenés dans Notre-Dame ; le feu y est mis mais six internes en pharmacie de l’Hôtel Dieu, un pompier et quelques personnes « se rendent rapidement maîtres des flammes qui s’élevaient de plusieurs brasiers ». (Notre-Dame de Paris sauvée de l’incendie par les internes en pharmacie de l’Hôtel Dieu – Prf Jean Cheymol – L’Hôpital et l’aide sociale à Paris – janvier, février 1965 – p.69 à 86 et repris par Pierre Julien Revue d’Histoire de la Pharmacie n° 185 Persée).

Le Palais du Luxembourg, le 23 mai, « fut sur le point d’être incendié. Déjà des touries de pétrole avaient été amenées dans la cour » ; le soir les fédérés reviennent chercher leurs bonbonnes. Le lendemain, 24 mai, la menace revint ; l’ambulance fut évacuée et le personnel. « Un des fédérés hospitalisés s’offrit pour aller à l’Hôtel-de-Ville faire révoquer l’ordre »  de mettre le feu au Palais. Entre temps les fédérés mirent le feu à la poudrière ; l’explosion et les canonnades entre la rue Soufflot et le Luxembourg provoquèrent de nombreux dégâts au palais, l’orangerie et l’immeuble du 64 bd Saint-Michel. (Le Palais du Luxembourg – Gustave Hirschfeld – 1931asier qui l’environne et ravage le Palais de Justice et la Préfecture de Police » ; la bibliothèque de l’Arsenal).

La Sainte-Chapelle, « ne va échapper que par miracle au br, «  menacée par l’incendie du Grenier d’Abondance et graciée par le vent » ; l’Hôtel de Cluny, le musée céramique de Sèvres…***** ; également les entrepôts de Bercy, sauvés in extremis par l’arrivée d’un bataillon versaillais. (Nouvelle Histoire de Paris – Stéphane Riols – de Trochu à Thiers- la fin du Paris des barricades – p. 492 et 493).

L’Hôtel des Postes (Hôtel d’Armenonville) reçoit certes des obus mais n’est pas incendié ; le directeur général des Postes,  Albert Theisz, nommé par le Comité central puis par la Commune, s’oppose aux gardes nationaux qui voulaient mettre le feu avant de fuir devant l’avancée des Versaillais

Epargnés également, l’Institut de France, l’Hôtel de la Monnaie, l’Arc de Triomphe, l’Obélisque de la Concorde, le musée de la Marine, les Invalides, le Panthéon , l’Observatoire de Paris, la Banque de France, l’Imprimerie nationale, et bien d’autres monuments qui jouxtaient des zones de combat à risque où les canonnades des uns et les incendies criminels des autres pouvaient à tout moment rendre à l’état de ruine.

Les destructions périphériques

Ponts, viaducs, gares, voies ferroviaires autour de Paris

Les infrastructures de circulation sont toujours, lors de conflits armés, au cœur des manœuvres de retardement et de blocus (puisque la guerre est la destruction organisée, le devoir de ceux qui la font est de savoir détruire, de détruire à propos, autant que cela est nécessaire, et pas au-delà. Les chemins de fer fournissent une démonstration saisissante de ce triste axiome10) ; les ponts enjambant les fleuves et en 1870/1871 les ponts et voies ferroviaires, les gares ont été des cibles stratégiques aux mains des artilleurs et de l’arme du Génie.

Devant la menace d’encerclement de Paris, en septembre 1870, « le génie français avait fait détruire un grand nombre de ponts ferroviaires et routiers y compris plusieurs ponts sur le fossé des fortifications à Paris, sites qui n’étaient pas menacés dans l’immédiat »11, tout en conservant, à cet instant de la guerre, le viaduc du Pecq et le pont d’Asnières ainsi que le pont de Saint-Denis, épargné ; entre Paris et Rouen, vingt-huit ponts ont été brûlés ou dynamités…

Après la Commune, des rapports de compagnies des chemins de fer permirent de faire le bilan des destructions depuis l’encerclement (19 septembre 1870) jusqu’aux canonnades d’avril et mai 1871 particulièrement dans le sud-ouest parisien.

– les Prussiens, par exemple, avaient neutralisé la section de Clamart à Meudon sur la ligne Versailles-Rive gauche pour y installer des batteries ; sur une autre section (Bourg-la-Reine à Sceaux), les rails avaient été retirés pour servir de blindage aux batteries prussiennes ; entre Nanterre et Rueil, l’état de la voie ne permettait plus de rejoindre Saint-Germain ; le viaduc du Pecq, épargné du dynamitage avait été transformé en voie routière par les Prussiens ; le pont routier à péage d’Argenteuil détruit et la gare incendiée comme celle de Saint-Cloud.

– en février 1871, « il fallait réparer les brèches des voies ferrées, procéder au ravitaillement de la capitale, rétablir un service de voyageurs au moins embryonnaire, enfin obtenir de l’administration allemande la restitution de l’exploitation des réseaux. Les brèches des fortifications étaient assez vite réparées ; d’autre part, l’armée allemande avait réparé provisoirement certains ponts de grande banlieue.»12.

Mais, fin février 1871, les sections ferroviaires (citées précédemment) neutralisées par les Prussiens n’étaient pas remises en état ; de même le pont de Villeneuve-Saint-Georges, enjambant la Seine, le viaduc de Nogent-sur-Marne ; les ponts d’Argenteuil, Chatou, Croissy et Bezons, ceux de Pontoise et d’Auvers-sur-Oise.

– les combats et bombardements d’avril et mai entre Fédérés et Versaillais amplifièrent les destructions dans le secteur de Bezons et Asnières où les communards tentèrent de faire exploser le pont et l’endommagèrent fortement. Si la ligne de la petite ceinture dans le Paris « embastillé » depuis le 18 mars continuait de fonctionner tout comme la ligne d’Auteuil, il n’en était plus de même à partir de la fin avril ; les gares subissent de forts dommages ou sont détruites à Clamart, Clichy-Levallois, Batignolles, Ouest-Ceinture, Grenelle ; la gare d’Auteuil et le viaduc « gravement atteints » tandis que celui du Point-du-Jour et la gare attenante moins endommagés ; enfin les incendies et canonnades, durant la semaine du 22 au 28 mai, atteignent les gares de Montparnasse, d’Orléans, de l’Est et particulièrement de Lyon.

 De Strasbourg à Paris, destruction des ouvrages sur le réseau ferroviaire de l’Est 13

Le nombre total des ouvrages détruits pendant toute la durée de la guerre pour des causes diverses, complètement ou partiellement, s’élève à cinquante-neuf, savoir :

– Neuf ponts sur la Marne, à Chalifert, à Iles-lès-Villenoy, à Trilport, à Vitry-le-Français, à Châlons (Mourmelon), à Villiers et à Provenchères (ligne de Saint-Dizier à Chaumont), à Nogentsur-Marne ; quatre sur la Seine, à Saint-Germain près de Montereau, à Bernières, à Saint-Julien et à Fouchères ; un sur l’Aube, à dix kilomètres de Clairvaux ; trois sur la Moselle, à Fontcnoy-sur-Moselle, à Longevilleles-Metz, à Langley (près de Charmes) ; cinq sur la Meuse, à Mohon et au Petit-Bois (près de Charleville), à Revin, à Donchery (près de Sedan), et à Verdun ; un sur la Saône, à Savoyeux (près de Gray) ; un sur l’Ognon, à Lure ; un sur le Rhin Tortu, aux abords de Strasbourg ; six sur les rivières de la plaine d’Alsace, le Wergraben, l’Andlau, le Giesen, l’Altcnbach, la Fecht et l’Ill ; quatre sur la Chiers, ligne de Charleville à Thionville et à Longwy.

– Quatre grands viaducs : Bertraménil et Xertigny (près d’Epinal), Dannemarie (près de Belfort), Thonne-les-Prés (Chauvency).

– Cinq souterrains Armentières, Nanteuil, Rilly-la-Montagne (près de Reims), Saint-Loup (près de Provins), Montmédy. Deux ponts à la traversée des fortifications de Paris et de Strasbourg.

– Treize ouvrages divers.

Dans ce chiffre nous ne comprenons pas le grand pont sur le Rhin à Kehl, qui avait été construit à frais communs par la compagnie de l’Est et le grand-duché de Bade.

– Gare de Strasbourg, détruite aux trois quarts par le bombardement ;  celle Schlestadt, détruite par le génie militaire pour la défense de la place ; gare de Mourmelon, brûlée par accident par des soldats allemands qui avaient fait trop de feu ; Peltre, brûlée par les Allemands ; Ilettange ; Chauvency

Compagnies de chemin de fer : évaluation des dégâts pour Paris et l’ensemble des départements occupés

 « Deux compagnies, celles du Midi et des Deux-Sèvres, éloignées du théâtre de la guerre, n’ont point subi de dégâts matériels…La perte matérielle pèse sur cinq compagnies, Est, Ouest, Orléans, Nord, Lyon-Méditerranée, sur la compagnie de l’Est surtout ».14.

Un rapport à l’Assemblée nationale, en mars 1871, avait évalué le montant des dégâts à 56 millions de francs, « auxquels, il fallait ajouter 1 million pour les faits d’incendie et de bombardement à la charge de la Commune ». Néanmoins, les rapports aux actionnaires réunis en assemblées générales indiquent que pour ces compagnies, le coût de la remise en état des lignes et matériels roulants s’élève à environ 53 millions : « Compagnie de l’Est, approximativement. 15,000,000 fr. du Nord. 2,000,000 de l’Ouest. 12,000,000 d’Orléans. 1,500,000 de Paris-Lyon-Méditerranée. 2,420,000»15.

Autres destructions ferroviaires au cours de la guerre16

Destruction des ouvrages sur le réseau de l’OuestLe chemin de fer de l’Ouest a eu à souffrir considérablement d’abord de la guerre étrangère, et de la guerre civile ensuite. Dans la guerre étrangère, Français et Allemands se sont, en quelque sorte, acharnés sur quelques-unes des lignes du réseau de l’Ouest aux abords de Paris, de Rouen et du Mans, et des ouvrages de la plus grande importance ont été détruits de fond en comble. Nous citerons notamment :

– Six ponts sur la Seine, à Argenteuil, Châtou et Croissy, détruits par les Français ; Besons, Orival près d’Elboeuf, par les Allemands ;
– Trois viaducs, à Ectot, Belleville et Mirville sur la ligne de Rouen au Havre, détruits par les Allemands
– Douze viaducs d’importance diverse sur la ligne de Versailles au Mans, détruits par les belligérants
– Deux souterrains, ceux de Rolleboise et de Martainville.
 – Plusieurs gares ont été incendiées, « et leurs ruines sont venues s’ajouter à celles des ouvrages d’art »

Destruction des ouvrages sur le réseau d’OrléansNous extrayons du rapport présenté aux actionnaires le 2 août 1871 les renseignements ci-après :

– Neuf ouvrages de premier ordre ont été atteints, trois par la mine française, six par la mine allemande : le viaduc de Beaugency et le pont de Montlouis, sur la ligne d’Orléans à Tours ; le pont de Cinq-Mars, sur la ligne de Tours à Nantes, Le pont de l’Yère, sur la ligne du Centre ; le pont de Saint-Côme et celui de l’Huisne sur la ligne de Tours au Mans ; Les ponts de Chàteaudun, de Cloyes et de Vendôme, sur la ligne de Brétigny à Tours.

– Dans cette énumération figurent trois grands ponts sur la Loire : ceux de Montlouis de Saint-Côme et de Cinq-Mars, Heureusement la destruction de ces grands ouvrages n’était pas complète, et les ingénieurs de la compagnie d’Orléans purent rétablir rapidement la circulation.

– Le 3 février 1871, le service était repris de Paris à Vierzon ; le 20, de Tours à Poitiers et à Angers ; le 23 février 1871, le service était repris d’Orléans à Tours ; le 16 mars, de Tours et de Vendôme au Mans.

Destruction des ouvrages sur le réseau du Nord. C’est encore au dernier rapport aux actionnaires que nous empruntons les renseignements ci-après

– Quarante-cinq ouvrages d’art ont été plus ou moins démolis ou endommagés les plus importants sont : trois ponts sur l’Oise, à Pontoise, à Epluches et à La Yersine ; un pont sur l’Aisne, à Soissons ; trois viaducs, Origny, Gland et de l’Oise, près d’Hirson ; un pont sur le canal, à Saint-Denis près de Paris ; un souterrain à Vierzy ; deux ponts sur la Somme, à Daours et à à Aubigny ; un viaduc à Saint-Benin, près du Cateau. »

Destruction des ouvrages sur le réseau de Parls-Lyon-Médlterranée.  II y a eu quinze ouvrages d’art détruits sur le réseau

 – Les onze ouvrages détruits par les Français : le pont des fortifications de Paris, en septembre 1870 ;  celui de Laroche sur l’Yonne, le 26 janvier 1871 ; le pont de Crécy sur l’Armançon, le 26 novembre 1870 ; celui de Buffon sur l’Armançon détruit une première fois par les Français en décembre 1870, rétabli par les Allemands, détruit une seconde fois par les Allemands, le 3 février 1871 ; le pont sur le canal de Bourgogne, à Dijon, pendant la première occupation des Allemands ; celui de Nuits-sous-Ravières, le 14 novembre 1870 ; les quatre ponts sur le Doubs, entre Clerval et Besançon, les 6, 9 et 10 novembre 1870 ; le pont sur la Seine près de Juvisy, le 15 septembre 1870. Cette destruction avait pour objet d’interdire le passage de la Seine aux Allemands au moment de l’investissement de Paris.- Les Allemands démolirent quatre ouvrages : le pont de Montbéliard sur l’Allan, le 21 novembre 1870. (« cette destruction prouve l’intérêt que les Français avaient à conserver les ponts sur le Doubs. ») ; les ponts de Gray-sur-la-Saône, le 28 octobre 1870 ; de l’Abbaye d’Arcq sur l’Ognon, le 19 décembre 1870 ; du Bez près de Souppes, en novembre 1870.

Les reconstructions définitives prirent du temps mais l’urgence permit, à la fin de l’année 1871 de ne plus avoir sur le réseau ferroviaire que deux points noirs : le pont d’Argenteuil et celui de Villeneuve-Saint-Georges ; le premier fut rouvert à la circulation des trains le 31 mars 1872, le second, le 5 février 1872. Des constructions provisoires (passerelle en bois à Argenteuil) et des liaisons de proximité assuraient néanmoins le service aux voyageurs et au trafic marchandise jusqu’aux édifications définitives comme au pont d’Asnières ou au pont d’Argenteuil rouvert le 23 juillet 1872.

Certains ajournements furent décidés comme celui de la reconstruction du pont de Chatou ou de gares (Clamart, Asnières, Auteuil, Porte-Maillot, la gare de Saint-Cloud rebâtie en 1893).


Patrick Restellini
Professeur d’Histoire honoraire

Ancien conseiller auprès de l’IA du Val-de-Marne

Annexes

Plan de Paris bombardé en janvier 1871 (Gallica)

 

 

Maisons et monuments incendiés et barricades des Fédérés à Paris 22 au 28 mai 1871 (Gallica)

 

 

 

 

  1. Musée des Avelines – exposition « 1870-1871 Saint-Cloud l’année terrible »
  2. L’écrasement de la Commune – La commune de Paris – William Serman – Fayard 2012
  3. La guerre contre Paris en 1871 Robert Tombs – Aubier – 1997 p. 253
  4. L’armée à la reconquête de Paris pendant la semaine sanglante en 1871 – Michaël Bourlet – cours d’Histoire militaire – Ecole militaire de Saint-Cyr et Ecole militaire Interarmes – octobre 2016
  5. Ibid
  6. Ibid
  7. Souvenirs d’un insurgé – Paul Martine
  8. L’écrasement de la Commune – La commune de Paris – William Serman – Fayard 2012
  9. Histoire de la Commune de 1871 – Prosper-Olivier Lissagaray – librairie Dentu – 1896  et La Commune Histoire et souvenirs – Louise Michel
  10. Travaux, défense, destruction et reconstruction des chemins de fer dans « Chemins de fer, la guerre de 1870-1871 – Frédéric Jacquemin – leçons faites à l’Ecole des Ponts-et-Chaussées – 1872 – BNF
  11. Ibid
  12. Ibid
  13. Ibid
  14. Les chemins de fer pendant la guerre » – C Lavollée – Revue des Deux Mondes –tome 95 – 1871
  15. Travaux, défense, destruction et reconstruction des chemins de fer dans « Chemins de fer, la guerre de 1870-1871 – Frédéric Jacquemin – leçons faites à l’Ecole des Ponts-et-Chaussées – 1872 – BNF
  16. Ibid