L’union nationale ?

Le président parti en guerre un peu tard contre l’ennemi invisible covid-19 voudrait que se fasse derrière lui l’union nationale. Réaction d’Alexis Poulin, fondateur du Monde Moderne.

En l’état, l’union paraît difficile voire compromise tant la gestion de cette crise a été calamiteuse. Les messages contradictoires du président entre « restez chez vous » après « allez au théâtre », ou la volonté de garder l’activité économique au plus haut malgré l’explosion des cas de contamination ont fait que les Français ont eu du mal à comprendre la gravité de la situation.

La rhétorique martiale permet simplement de dédouaner les défaillances du gouvernement et d’empêcher l’opposition et la critique de la gestion de la crise.

Nous ne sommes pas en guerre, mais au cœur d’une crise sanitaire de grande ampleur qui n’a pas été anticipée.

La démission de la ministre de la Santé et les mensonges répétés quant à l’état des stocks de matériels de protection n’ont fait que discréditer un peu plus l’action gouvernementale.

La cellule de conseil scientifique n’a été mise en place que le 10 mars, alors que l’épidémie était sur notre sol dès janvier et une série de mauvaises décisions ont conduit au confinement et à l’état d’urgence sanitaire.

Des semaines perdues, sans commander de masques, de gel, de tests.

Le refus de suivre les préconisations de l’OMS pour dépister massivement et de manière précoce.

Le temps perdu en phase 2 à ne pas préparer les populations.

La non réquisition des cliniques privées.

L’ostracisation volontaire du professeur Didier Raoult, qui annonçait un traitement existant et possible du virus grâce à la chloroquine. Si on peut comprendre les réserves scientifiques sur son étude, pourquoi ne pas avoir lancé un test en amont ?

Et puis, au cœur de la crise, demander l’unité et l’union exigerait de l’exemplarité de la part des dirigeants.

Or, ceux-ci continuent dans le mensonge, et persistent à infantiliser les populations dans leurs communications.

Olivier Véran martèle qu’il n’y a pas de tests massifs, sauf pour les cas graves, or une ministre se réjouit sur twitter d’avoir été testée avec seulement des symptômes bénins. (https://twitter.com/EmmWargon/status/1241755539174051842?s=20)

Le virus est devenu un révélateur de la lutte des classes : ceux qui passent le confinement en vacances dans les villégiatures d’été, ceux qui ont les tests, ceux qui ont les traitements expérimentaux et puis les autres. Ceux qui doivent aller travailler sans protection : grande distribution, soignants mal équipés, caristes, BTP, etc.

Impossible dans ces conditions de faire l’union. La dissonance entre les titres de la presse de cour, passée en mode propagande, et les réseaux sociaux où les Français demandent des comptes est plus que révélatrice. Elle montre un peu plus la déconnexion totale d’un exécutif enfermé dans ses certitudes et dénué d’autocritique.

L’heure des bilans viendra, quand les Français sortiront de cette crise. La solidarité est réelle et s’organise de manière horizontale, loin des aumônes médiatisées des généreux donateurs et de la première dame.

Mais si Emmanuel Macron rêvait de guerre, il risque fort de n’avoir qu’une déroute une fois l’ennemi vaincu.

En attendant, la vigilance s’impose pour éviter les dérives totalitaires que pourrait produire l’état d’urgence sanitaire.

Alexis Poulin
Fondateur du Monde Moderne