L’urgence de la relance

Pour Arnaud Dupui-Castérès, CEO et fondateur de Vae Solis Communication, c’est maintenant qu’il faut préparer le redémarrage de l’activité. Et il doit avoir lieu rapidement. Bien sûr il faut le faire de manière calculée, progressive, ciblée et sécurisée au maximum. Mais l’exemple récent de l’Autriche et de la République Tchèque montre que planifier le redémarrage c’est possible.

Dans les jours et les semaines à venir l’urgence sociale, psychique et économique va remplacer les préoccupations sur l’urgence sanitaire. Ce sera le signe d’une accalmie dans les hôpitaux que l’on ne peut que souhaiter. Et ce n’est pas amorale d’y penser d’ores et déjà, bien au contraire. Autant le confinement est un pis-aller, une solution de dernier recours, autant la sortie de crise est une stratégie. Et nous en avons besoin.

Nous serons dans quelques jours à 10 millions de salariés du privé en chômage partiel.

Combien sont les indépendants, artisans et commerçants sans plus aucunes perspectives ? Qui compte les violences intra-familiales ? Comment mesurera-t-on les dommages psychiques dû à l’enfermement (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ? Quelles seront les conséquences de la peur panique irrationnelle de nombre de nos concitoyens, engendrée par un décompte quotidien morbide et, d’ailleurs, unique ? Les externalités négatives de cette crise seront colossales.

Mais hélas, nous sommes déjà dans le temps des injonctions contradictoires ; d’un côté, celles prioritaires d’éviter l’engorgement des urgences hospitalières et, de l’autre, celles relatives à l’emploi, au climat social et à l’équilibre de notre société. Devoir prendre des risques pour résoudre les dernières, sous la menace non voilée de plaintes pénales. C’est malheureusement la situation dans laquelle nous sommes et nous ne pouvons imaginer pire pour sortir de la crise.

C’est pour cela qu’il est irresponsable aujourd’hui de chercher des responsabilités sur ce qui n’a pas été fait en amont de cette crise ou pendant cette crise. La priorité du Gouvernement est de penser le retour à l’activité, la planifier pour la rendre possible et la programmer pour redonner l’espérance aux citoyens qui en ont chaque jour plus besoin.

Il faut remettre à plus tard l’analyse des raisons de notre échec à faire face à cette épidémie et qui a obligé les décideurs publics à imposer le confinement et donc l’arrêt quasi-total de notre économie comme celles de nos grands partenaires économiques. L’administration ? les media ? les scientifiques ? les responsables politiques ? Nous tous si prompts à la panique ?

Probablement y avons-nous tous notre part de responsabilité, avec des points communs qui nous unissent : l’absence d’appréhension large et globale, la peur comme premier moteur, l’absence d’expérience et la perte de mémoire collective.

Quoiqu’il en soit, il est stérile et très ignorant de croire que c’est une responsabilité seulement politique et de court terme.

Désormais l’urgence est de savoir comment reprendre le cours de la vie. Par zone ? oui pourquoi pas. Mais quels choix faire, les régions très peu touchées ou au contraire celles déjà très touchées où l’on peut penser que la barrière immunitaire est acquise ou du moins en passe de l’être.

Quelles sont les activités qui doivent reprendre en premier ? Evidement celles qui sont en mesure d’assurer une sécurité sanitaire à ceux qui travaillent. Sur les chantiers du BTP nous sommes en passe de trouver une solution. Il faut relancer le BTP et les chantiers, la plupart peuvent être sécurisés. Mais, il faut aussi rouvrir certaines activités marchandes. Pourquoi les librairies sont-elles fermées alors que les commerces de bouche sont ouverts ? Pourquoi les pressings ou les merceries sont-ils fermés, ainsi que les magasins de bricolage ? Ces commerces sont capables d’organiser le « trafic » dans leurs espaces comme le font les pharmacies ou même les bureaux de tabac, eux-mêmes considérés comme un commerce « essentiel » alors que le tabac tue 40 000 personnes par an en France.

Les activités tertiaires pourraient aussi reprendre leurs activités, en respectant certaines règles simples de distanciation. Beaucoup d’entreprises avaient préparées, avant l’annonce du confinement, un dispositif alternant des demi-équipes par semaine.

En claire toute activité qui ne nécessite pas un rassemblement de foule dans un espace confiné pourrait et devrait reprendre rapidement.

Le pendant serait de maintenir confinés les personnes âgées, les personnes malades du Covid-19 (pas chez elle au contact de personne saine) et les personnes fragilisées par une autre pathologie.

Ne pas le faire reviendrait à imposer les drames d’une récession violente à l’ensemble de la population pendant des mois et des années, à faire porter le fardeau de cette crise sur les forces de production du pays pendant des années et le poids de la dette publique sur nos enfants pendant des décennies. Ne parlons pas ici des dommages sanitaires que le confinement créé, avec la chute des visites médicales, les interventions chirurgicales suspendues, ou de ceux que la crise économique à venir va générer (comme toutes les grandes crises économiques).

Ne pas le faire implique de créer les conditions sociales d’une explosion dont personne ne peut dire qu’elle en sera l’ampleur et encore moins sur la vie politique et démocratique de la France comme d’autres pays d’Europe. Ne perdons pas de vue que la crise de 2008-2009 a engendré les succès des extrémistes en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en France, le vote du Brexit et l’élection de Donald Trump. Et prenons conscience qu’une récession en France de 6 à 7 % du PIB dont la part publique est de 57 % signifie une récession d’environ 15 % du secteur privé. Une hécatombe.

Nous percevons la bonne volonté du Gouvernement de prendre toutes les mesures efficaces qui pourrait amortir les effets de la crise, mais il faut aussi penser à ne pas alimenter le feu qui se propage. Comme très souvent dans les crises du 21ème siècle, le fait générateur de la crise est moins important que la gestion de la crise. Ici, nous y sommes très vraisemblablement. Personne n’est responsable de l’émergence d’un virus qui se propage aussi vite et aussi virulemment, comme personne n’était responsable de la canicule en 2003.

En revanche la gestion de la crise est de la responsabilité directe des dirigeants politiques.

C’est à eux de ne pas mettre les Français dans un état de panique paralysant, c’est à eux de nous montrer la sortie de « l’effet tunnel » de toute crise de cette nature, effet renforcé par les dizaines et centaines « d’alertes » que nous recevons chaque jour sur nos smartphones et télévision (ce qui la distingue réellement des précédentes crises pandémiques). C’est à eux de mettre en perspective et de rassurer l’opinion publique. C’est à eux de donner la place qui est la sienne à cette crise dans l’immense liste des crises et des causes de mortalité dont la plupart passent inaperçues. C’est maintenant qu’il faut présenter une stratégie de sortie pour ne pas s’enfoncer dans une crise bien plus grande à laquelle personne ne résistera. Surtout les clercs qui n’auront pas joué leur rôle.

Arnaud Dupui-Castérès
CEO et fondateur de Vae Solis Communication