Chaque mois amène un nouveau candidat potentiel à la présidentielle. Entre ceux qui affirment clairement qu’ils seront en lice en 2027, quoi qu’il arrive, ceux qui se préparent et ceux qui n’excluent rien, la liste de ces présidentiables autoproclamés s’approche d’une trentaine de noms. Un tel enthousiasme s’explique-t-il par un ego surdimensionné, à un optimisme forcené ou à une règle de la vie politique ?
La liste des candidats potentiels recense quasiment tous les mandats politiques qu’il est possible d’exercer, du plus éminent au plus modeste. Au chapitre de ceux qui ont exercé un mandat exécutif national, on trouve un ancien président (Hollande), de nombreux anciens Premiers ministres (Philippe, Attal, Bayrou, Barnier, Villepin, Cazeneuve, Valls), des actuels ou anciens ministres aux portefeuilles divers, de l’Intérieur (Retailleau, Darmanin) à l’Enseignement supérieur (Mélenchon). D’autres dirigent un exécutif local, une région (Pécresse, Wauquiez, Bertrand, Delga) ou une mairie (Lisnard). Certains sont députés (Autain, Ruffin, Guedj, Faure, Vallaud). Quelques-uns ont déjà mené une campagne présidentielle (Le Pen, Zemmour), d’autres non (Tondelier). Certains ne se sont pas non plus frottés au scrutin uninominal, ayant été élus députés européens en tant que tête de liste (Bardella, Glucksman). Seulement une poignée d’entre eux peut aligner la plupart de ces titres sur son CV. On est bien en peine de leur trouver un point commun, si ce n’est d’avoir répondu « oui, peut-être, je me prépare ou je n’exclus rien », à la question de savoir s’ils pensaient en être en 2027.
Ce constat conduit à se poser la question suivante : un responsable politique peut-il répondre « non » quand un journaliste lui demande s’il envisage d’être candidat ? Visiblement, cette réponse est inenvisageable. A croire qu’en avouant ne pas viser la fonction suprême, ils craignent d’irrémédiablement perdre toute stature politique et par là même leur crédibilité.
Pourtant, la fonction de président de la République ne s’improvise pas : elle est lourde et difficile. Certes, Emmanuel Macron fait figure d’exception. Cependant, sa popularité en fin de mandat ne garantit pas que l’inexpérience soit une qualité. Cette responsabilité apparaît encore plus conséquente dans un contexte géopolitique durablement marqué par des guerres particulièrement importantes pour l’Europe, avec l’affrontement entre la Russie et l’Ukraine, le Hamas contre Israël, et celui qui oppose les Etats-Unis à l’Iran. La France risque d’en connaître le prix, alors que l’endettement du pays atteint des records inquiétants et que la violence s’accroît. Cela n’empêche pas les prétendants de se bousculer au portillon, sous le regard assez indifférent d’une majorité de Français.
Car l’opinion, tout comme nombre de ces candidats, le sait bien : beaucoup seront recalés avant de pouvoir se déclarer officiellement. Car pour mener une campagne, il faut des financements, une organisation, des parrainages et une vision. Cet empressement apparaît d’autant plus prématuré que, d’élection en élection, les sondeurs constatent que les électeurs se décident de plus en plus tard, à quelques semaines du premier tour, voire moins.
Pourquoi vouloir absolument appartenir au club des candidats envisagés ? C’est que la question posée aujourd’hui est celle d’être candidat, pas d’être élu. Concourir, participer, c’est le plus important selon la formule du baron de Coubertin. Mais la présidentielle n’est pas une compétition olympique. Plus les participants sont nombreux, plus le niveau de l’événement baisse, et plus le public s’en désintéresse.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste













