Olivier Faure, Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon ont fini par craquer en demandant la démission du ministre de la Justice. Le socialiste l’accuse d’être dans le déni, le président du RN en appelle à son honneur, le candidat LFI à la présidentielle lui fait porter la responsabilité de « toute cette pagaille ».
L’assassinat de la collégienne de onze ans et les antécédents du coupable présumé, restés sans suite judiciaire, ont provoqué un choc profond, à la mesure de cette lourde question sans réponse : comment est-ce possible ? L’interrogation suscite un sentiment de colère, d’impuissance, et de peur largement partagés. Malgré quelques excès de langage, Gérald Darmanin a su réagir par des actes tout en exprimant son émotion. La dignité exemplaire des parents de Lyhanna s’est imposée au monde politique. Dans un premier temps, il s’est abstenu de verser dans les facilités de la polémique. La campagne présidentielle a semblé mise entre parenthèse.
Mais le statu quo ne pouvait pas durer. Olivier Faure lui-même le reconnaît : dans un premier temps, le Premier secrétaire avait d’abord jugé « ridicule » de verser dans « la demande rituelle de la démission », mais avec le temps, les arguments s’affûtent. Après tout, Gérald Darmanin a été ministre de l’Intérieur puis de la Justice, il peut donc être chargé de la responsabilité d’un dysfonctionnement global du système, en éludant tout dysfonctionnement individuel dans le cas précis de Lyhanna. Les résultats de l’enquête sur ce dossier ne seront connus que d’ici une quinzaine de jours.
Jordan Bardella, lui aussi, juge qu’il n’est plus temps d’attendre. Le président du RN s’appuie sur le « contexte » et la responsabilité globale du « chef de l’administration, le ministre de la Justice » pour juger que Gérald Darmanin aurait dû « par honneur » présenter sa démission. Oubliant que l’autorité judiciaire étant indépendante, le ministre n’en est pas le chef. Cette approche, fondée sur l’émotion suscitée par ce scandale, est contredite par Marine Le Pen. « Et il va être remplacé par qui ? » interroge celle dont on saura le 7 juillet si elle est candidate à la présidentielle.
Une interrogation sur la suite portée également par Jean-Luc Mélenchon. « Si c’est pour ne rien faire, gardons les mêmes », remarque le candidat à la présidentielle, estimant qu’il faut prendre le problème dans sa globalité : la relation à la justice et le fonctionnement de l’État. Marine Le Pen est plus explicite : « c’est à la tête de l’État qu’il faut changer les choses ».
La perspective de l’élection présidentielle sous-tend ces prises de position. En coulisses, d’autres acteurs politiques se réjouissent. S’ils ne croient pas à la démission de Gérald Darmanin, ils sont convaincus qu’il est désormais hors course : le Garde des Sceaux devra gérer dans la durée les conséquences des dysfonctionnements révélés par cette affaire.
Qu’ils demandent sa démission ou qu’ils anticipent son agenda de ministre, tous ses opposants ou rivaux supputent l’élimination de Gérald Darmanin. Certes, mais l’affaire Lyhanna n’est pas finie pour autant. Elle resurgira lors de la campagne présidentielle. Car la question posée par l’assassinat de cette collégienne est celle de la confiance des Français envers les institutions de l’État, leur rôle et leur organisation.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste











