La ministre de la Culture sonne le tocsin et appelle les électeurs de la capitale à voter « utile » dès le premier tour en rappelant qu’elle est la seule à permettre l’alternance à Paris. Objectif : ne surtout pas dépendre des faiseurs de roi au second tour.
La semaine dernière, Edouard Philippe a longuement échangé avec Valérie Pécresse qui le voit régulièrement, tout comme elle voit souvent l’autre candidat potentiel de la droite pour 2027, Bruno Retailleau. Lors de cette rencontre, la présidente de la région Ile-de-France a mis en garde l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron. Si Pierre-Yves Bournazel, député Horizons, parti d’Edouard Philippe, et désormais candidat à la mairie de Paris, choisissait de se rallier au second tour au candidat socialiste Emmanuel Grégoire, rumeur qui circule beaucoup ces temps-ci, la gauche peut l’emporter, lui a-t-elle expliqué en substance. Dans ce cas, a-t-elle poursuivi, « tu seras celui qui aura faire perdre la droite à Paris et ça nuira à ta candidature à la présidentielle ».
Le maire du Havre le sait bien, mais face à ses visiteurs, il se montre parfaitement serein. Lors des législatives de 2017, il avait apporté son soutien au candidat LR Bournazel, lui permettant de l’emporter face à l’ancienne ministre de François Hollande, Myriam El Khomri. Cinq ans plus tard, Bournazel a adhéré à son parti Horizons. Edouard Philippe fait donc confiance à son poulain et n’accorde aucun crédit à cette rumeur. En petit comité, il rappelle aussi à ses interlocuteurs que le pacte scellé entre Emmanuel Grégoire, l’écologiste David Belliard et le communiste Ian Brossat, exclut tout accord de second tour avec la droite, donc avec Bournazel. Pour l’ancien Premier ministre, c’est donc avec la seule Rachida Dati qu’un accord de second tour serait possible…à condition qu’elle y consente… et surtout à condition qu’elle arrive en tête des candidats de droite face au socialiste…
A l’heure actuelle, le sondage Elabe pour BFMTV crédite la ministre de la Culture de 26% des voix au premier tour contre 33% à Emmanuel Grégoire et à égalité avec lui en cas de duel au second, soit un tassement par rapport aux sondages précédents. L’entrée en lice de Bournazel au centre et de Sarah Knafo, la candidate de Reconquête, à droite, change la donne pour Dati. C’est bien pour conjurer le risque d’un éparpillement des voix à droite que la candidate Investie par LR appelle inlassablement au « vote utile » dès le premier tour et qu’elle martèle qu’ est la seule à pouvoir permettre l’alternance dans la ville-capitale. « Toutes les voix qui ne se porteront pas sur Dati au premier tour risquent de la faire perdre », s’inquiète de son côté Valérie Pécresse qui entend s’engager à fond dans la campagne derrière Rachida Dati.
Le vote utile pour se garder à droite, mais aussi au centre. Plus haut sera le score obtenu par la ministre de la Culture, moins elle sera l’otage de son concurrent macrono-philippo-centriste Bournazel qui ne ménage pas ses attaques contre elle dans son livre « La bataille de Paris » et qui, sans rallier Grégoire, pourrait choisir de se maintenir au second tour…A condition de conserver la troisième place (à 16%) qu’il occupe aujourd’hui. Selon Bernard Sananès, président de l’institut Elabe, « Il y a une moindre mobilisation des électeurs du bloc central ». C’est ce qu’espère Rachida Dati qui aimerait ne pas dépendre des potentiels « faiseurs de roi » du second tour. A l’heure actuelle, le pari n’est pas gagné.
Carole Barjon,
Editorialiste politique










