Des crises de plus en plus fréquentes, comme celle de la dermatose nodulaire contagieuse, exacerbent la difficulté pour les citoyens de faire la part entre un certain dogmatisme des positions officielles et les vagues de désinformation et de méfiance vis-à-vis de la science.
Un rapport du Forum économique mondial alerte sur le fait que la désinformation est l’une des plus grandes menaces pour l’humanité. Une insuffisance de l’éducation des citoyens sur les niveaux de preuve et les méthodes scientifiques contribue à la difficulté à distinguer information et opinion. Pour éviter qu’un fossé d’incompréhension ne puisse plus être comblé, il faut à la fois pouvoir compter sur des référents crédibles, mais aussi qu’une politique publique soit développée par l’Etat. Ainsi, dans le domaine de la santé et du bien-être de l’Animal, en relation avec ceux de l’Homme, les citoyens doivent pouvoir compter sur des professionnels bien formés et indépendants, les vétérinaires. Ceux-ci s’appuient sur une formation et une recherche scientifiques pour adopter des positions fondées sur des preuves, sur le doute inhérent à la démarche scientifique et pour alerter contre les dérives. La science ne détient pas des vérités « révélées » ; la méthode scientifique formule une hypothèse, puis la teste par une expérimentation sans laquelle une théorie non vérifiable n’est pas considérée comme valide. D’un côté, une théorie, même vérifiée, n’est pas un dogme et ne demande qu’à évoluer, à condition toutefois qu’une nouvelle hypothèse, vérifiée par la même méthode, s’approche un peu plus de la « vérité ». Mais, à l’inverse, il convient de se méfier des idées qui ne sont pas testées par cette méthode, car si elles affirment des vérités qui prétendent « aller de soi », elles peuvent facilement basculer dans le fantasme et l’obscurantisme. Cette dérive se répand ensuite comme une traînée de poudre par le biais des médias, des réseaux sociaux, d’influenceurs, de groupes militants… qui obéissent souvent à des motivations idéologiques ou économiques, idéologiques.
Dans ses domaines de compétence, l’Académie Vétérinaire de France proscrit les dérives et se méfie des dogmes. elle agit en faveur de la formation et de la recherche scientifique vétérinaires qui garantissent des positions pondérées.
Mais, même cet engagement professionnels restera insuffisant sans la deuxième nécessité, une lutte institutionnelle contre la désinformation. Cette riposte doit devenir une priorité stratégique pour l‘Etat et ses politiques publiques, d’autant qu’il s’agit aussi d’une question de résilience démocratique et de sécurité nationale.
Ces politiques doivent inclure d’une part la responsabilisation des plateformes numériques, avec un système d’infovigilance et surtout, d’autre part, une éducation dès le plus jeune âge pour donner à tous les citoyens une formation à l’esprit critique et les outils pour décoder les informations, comprendre comment la désinformation se propage et son impact sur la société. Enfin, des travaux de recherche sur la désinformation doivent être menés pour en comprendre les ressorts économiques, politiques et technologiques et faire face au chaos informationnel.
Professeur Pierre SAÏ,
Docteur vétérinaire, Docteur es-sciences
Président de la commission « formation » et membre du Conseil d’Administration de l’Académie Vétérinaire de France (AVF)
Directeur général honoraire d’Oniris (Ecole Nationale Vétérinaire et de l’Alimentation Nantes-Atlantique)



















