Régionales : la situation en PACA avec Virginie Martin

A quelques jours du premier tour des élections régionales, Virginie Martin répond à nos questions sur la situation en région PACA.

Revue Politique et Parlementaire – A  quelques jours du 1er tour en PACA, quel est l’état des lieux du rapport des forces en présence ?

Virginie Martin – A l’heure où sont écrites ces lignes, le RN est en position de favori au regard des derniers sondages Ifop. 

Plus globalement, la gauche est très faible, elle est créditée d’une quinzaine de points seulement. La droite menée par Renaud Muselier, candidat à sa réélection, a décidé de s’allier avec le LREM. 

La liste de gauche pourrait subir une grande pression à l’issue du premier tour afin qu’elle se retire dans une dynamique de Front républicain. 

Néanmoins, ce barrage pourrait ne pas être suffisant pour empêcher le RN de ravir cette grande et attractive région. 

RPP –  La région aura-t-elle valeur de test national ou des déterminants plus locaux seront-ils à prendre en compte dans la lecture des résultats ?

Virginie Martin – Je répondrais les deux. 

Les facteurs locaux sont très importants, la PACA et le RN entretiennent depuis fort longtemps des liens particuliers ; dès l’explosion du FN aux européennes de 1984, la PACA offre au parti lepéniste ses meilleurs scores. 1995 sera une année d’élections municipales qui verront Toulon, Orange, Marignane, tomber dans l’escarcelle du FN ; Marignane suivra en 1997. Ce duo FN – PACA se structure en grande partie autour de l’enjeu « immigration ». Même si cet enjeu est fait de représentations complexes, il reste l’item autour duquel s’agrègent bon nombre d’électeurs frontistes dans cette région. Au-delà de l’aspect « immigration » / « Islam », certains ont montré qu’il y avait un FN du nord et un FN du sud. Celui du Nord étant souvent structuré autour de questions sociales ; celui du sud étant un vote plutôt droitier qui se radicalise. 

D’autre part, il va s’agir là d’un test national : le RN est-il capable de casser le plafond de verre qu’il semble avoir au-dessus de sa tête ; et en cas d’élection sera- t-il capable de gouverner ?

Des questions dont les réponses apporteront un certain éclairage sur la présidentielle de 2022.  

RPP – La candidature de T. Mariani modifie-t-elle la sociologie électorale du RN ? 

Virginie Martin – Pour l’instant, nous pouvons dire deux choses : 

Tout d’abord, dans cette PACA qui a un vote RN souvent issu d’une droite radicalisée, d’une droite populaire, d’une droite qui estime que la vraie droite est parfois au RN, au regard de ces caractéristiques, le cursus de Mariani est très phase. 

En effet, ce candidat arrive tout droit de la maison UMP, et n’a rejoint le RN qu’en 2019 aux européennes. 

Il a même été ministre de Fillon. De quoi largement rassurer ceux et celles qui hésitent parfois à voter pour l’extrême droite. 

Cette candidature s’inscrit donc dans une logique toute notabiliaire et participe de la dédiabolisation du parti… 

Mais, ne nous y trompons pas, derrière le candidat, il reste le parti lepéniste qui peut continuer à séduire ceux et celles qui se sentent déclassés ; le taux de chômage peut atteindre des niveaux records dans certaines zones de cette région qui peut paraître si riche, mais qui cache aussi beaucoup de détresse économique, comme – avant leur réouverture – la fermeture pendant 30 ans des chantiers navals de La Ciotat. 

RPP – L’hypothèse du Front républicain est-elle encore envisageable et peut-elle opérer ? 

Virginie Martin – Le désistement de la gauche – si c’est elle qui arrive en 3ème positon – pour faire barrage au FN et favoriser LR – LREM peut aujourd’hui avoir des conséquences très incertaines, bien plus que par le passé.

Trois raisons à cela : les électeurs de gauche voudront-ils aller voter comme un seul homme pour Renaud Muselier, rien n’est moins sûr. Le risque d’abstention peut être élevé.

Parmi ces électeurs de gauche, certains ont pu voter en faveur de Macron pour barrer la route à Marine Le Pen.

Des études montrent aujourd’hui que nombreux sont ceux et celles qui ne feront plus ce barrage, à cause de certaines décisions de E. Macron qui chercherait ici ou là à plaire au RN. La liste LR-LREM peut donc jouer pour plusieurs raisons comme un repoussoir pour des lecteurs de gauche. 

Le Front républicain peut être aussi à double tranchant : une éventuelle victoire du RN, malgré cette stratégie, serait la marque d’une réussite encore plus grande ; seul contre tous, le RN pourrait faire la démonstration de sa capacité à dépasser les obstacles. 

Le Front républicain s’est usé au fil des ans. Et le FN en PACA a souvent fait la loi, ou une partie de la loi ; souvenons-nous des régionales de 1986… Jean-Claude Gaudin avait remporté la Région en faisant alliance avec le FN… une force d’appui en 1986 ; une force pour l’instant donnée en tête en 2021, soit près de 35 ans plus tard. 

Pr. Virginie Martin
Politiste, Kedge Business School