Une lente (et irréversible ?) dégradation de la fonction présidentielle (Partie 2)

Depuis quelques décennies, chacun s’accorde pour dire que la fonction présidentielle n’est plus exercée avec la hauteur voulue. Ce qu’avait impulsé le général de Gaulle, qui avait aussi une certaine idée de ladite fonction, a pour l’essentiel disparu. Ses successeurs ont, petit à petit, chacun à sa façon, avec plus ou moins de zèle, dégradé celle-ci. Essentiellement en n’étant pas à la hauteur. Trop d’implication partisane, trop d’activisme. Pas de grand dessein. Pas de charisme. Une légitimité parfois contestable. Des « affaires ». Médiatisation à tous crins. Bref, pour reprendre une image d’athlétisme empruntée au saut en hauteur, tout est une question de barre !

– Une barre remise à une hauteur raisonnable par Jacques Chirac

C’est le 17 mai 1995 que Jacques Chirac est élu président de la République. A la troisième tentative. « C’est vous qui serez élu » lui avait confié Mitterrand fin 1994. Certains observateurs estiment que c’est le retour d’un gaulliste à l’Elysée. Il faut nuancer car Chirac est plus exactement un pompidolien. En effet, c’est G. Pompidou qui l’a fait nommer secrétaire d’Etat sous de Gaulle puis l’a nommé ministre lorsqu’il était à l’Elysée. C’est « mon bulldozer » aimait à dire Pompidou de son poulain. A noter que J. Chirac fut le seul politique autorisé par la famille à venir s’incliner sur la dépouille du président défunt à leur appartement du quai de Béthune.

Dès le début de son mandat, J. Chirac se montre assez interventionniste. A. Juppé confiera n’avoir quasiment choisi aucun de ses ministres ! Les grandes décisions du début de septennat, c’est Chirac : fin du service militaire (une erreur selon nous !), fin des essais nucléaires dans le Pacifique, réforme des retraites (inachevée), réforme de la Constitution, libéralisation de l’économie.

A nos yeux, le moment symbolique le plus fort de la première présidence Chirac se déroule le 16 juillet 1995.

Jacques Chirac s’exprime au Square des martyrs du Vel d’Hiv, à Paris : pour la première fois, un président reconnaît la responsabilité de la France dans les déportations de juifs. Il se démarque de tous ses prédécesseurs, notamment de F. Mitterrand qui s’y était toujours officiellement refusé (ah ce passé trouble…). Réécoutons Chirac : « La France, patrie des lumières et des droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable (…). Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français ». C’est énorme et c’est une déflagration dans toute l’Europe. Ainsi une juste repentance est faite et il n’y a plus à y revenir. 

En 1997, l’ancien maire de Paris va procéder à une dissolution inattendue. En effet, alors qu’aucune crise particulière n’affecte le Parlement ou le pays (la crise sur les retraites a cessé avec le retrait du projet), J. Chirac décide de dissoudre l’Assemblée dans laquelle il a pourtant une majorité (où cohabitent balladuriens et chiraquiens). Que se passe-t-il ? Contre toute attente, le peuple décide de la troisième cohabitation de la Ve république. « Une cohabitation inversée » comme le soulignera VGE. Une majorité de gauche s’impose au locataire de l’Elysée qui se voit obligé de nommer son leader, Lionel Jospin, à Matignon pour une durée de cinq ans. C’est une des plus grosses déflagrations qu’ait connu la Vè. Dans un premier temps, J. Chirac va se bunkeriser à l’Elysée. La solitude va être sa compagne. Mme Chirac, que nous avons rencontrée un jour au musée éponyme de Sarran, nous confiera : « mon mari est très seul ». Beaucoup de témoins de l’époque en attestent et s’inquiètent même. C. Pasqua, ex-fidèle, estimera que « Chirac est dépressif ». Par son geste malheureux, il s’oblige à une présidence au rabais. Comme jamais Mitterrand n’en avait connu lors des précédentes cohabitations (1986 et 1993). Que lui reste-t-il en effet ? Le « domaine réservé » et c’est tout. La politique intérieure c’est Jospin, sa « dream team » gouvernementale et sa « majorité plurielle ». Si la présidence est secondarisée, le Premier ministre est devenu l’élément clef de la gouvernance française. En effet depuis 1958, on n’a jamais vu un premier ministre aussi puissant (« 1997-2002 : une cohabitation surprise »,  ladocumentationfrancaise.fr, 1er novembre 2002 ; Marie-Eve Malouines, Deux hommes pour un fauteuil: Chronique de la cohabitation (1997-2001), Fayard, 2001 ; La cohabitation, Pouvoirs N°91, 1999). Mais finalement, telle une règle d’or de la Vé lors d’une cohabitation, le président Chirac est réélu en 2002 aux dépens de Lionel Jospin, qui a gâché entre 2000 et 2002 tout le capital qu’il avait pu constituer. Il confiera avoir échoué sur les questions de sécurité. Sa « majorité plurielle » est devenue « plus rien » (minée notamment par les écologistes). Comme E. Balladur en 1995, L. Jospin est éliminé dès le premier tour. Tel un mauvais joueur (pourtant il fut basketteur !), il annonce son retrait de la vie politique. 

Rappelons que c’est lors de cette présidentielle 2002 que, pour la première fois depuis 1958, le leader de l’extrême droite, JM Le Pen, est qualifié pour le second tour. Avec 80% des voix et un rôle de porte-drapeau du front républicain, J. Chirac est réélu. Qui n’a pas vu de (très) près J. Chirac en campagne, ne peut rien savoir de sa proximité et de sa spontanéité avec les gens. Et aussi de sa connaissance aiguë du terrain. C’est surtout cela que les français retiennent et qui fait de lui, de suite après de Gaulle, le président préféré des français. 

Pas une fois durant ce premier mandat, il n’aura de mot blessant à l’égard de ses concitoyens. Un journaliste de nos amis nous a narré cet échange au salon de l’Agriculture où Chirac était en son royaume. Un individu lui assène : « connard ». Le président de lui répondre : « enchanté, moi c’est Chirac ». Durant son faux septennat (réduit à un bi-ennat de par la cohabitation) Chirac n’a pas pu véritablement réformer sauf au début. 

Durant son second mandat, ce dernier va surtout se concentrer sur la scène européenne et internationale. Il acquiert le statut d’une sorte de « grand sage » et désamorce un certain nombre de crises.

Il laisse son premier ministre (JP Raffarin puis D. de Villepin) gérer les affaires intérieures. C’est durant ce second mandat que J. Chirac va rencontrer un problème de santé. L’Elysée a tenu à justifier le délai d’une bonne dizaine d’heures sur l’annonce de son hospitalisation, indiquant que les médecins militaires du Val-de-Grâce avaient préféré s’assurer du « caractère non évolutif » de son état de santé avant de le rendre public. Ainsi M. Chirac a été admis le vendredi 2 septembre 2005 dans cet hôpital militaire parisien, après avoir ressenti en début de soirée des difficultés de vision et des maux de tête. Ce sera une sorte d’AVC.

A son arrivée à l’Elysée en 1995, J. Chirac, contrairement à son prédécesseur François Mitterrand qui avait promis de publier des bulletins de santé réguliers (falsifiés rappelons-le), s’était engagé à « donner toute information significative sur son état de santé », a rappelé son entourage. Ce qui fut fait. Tous les observateurs ont noté que durant son hospitalisation de quelques jours, le président suivait les affaires. Il a convoqué à plusieurs reprises le secrétaire général de l’Elysée, Frédéric Salat-Baroux (son futur gendre), pour suivre les dossiers en cours.

Lors des émeutes de l’automne 2005, c’est J. Chirac qui, bien que convalescent, décréta l’état d’urgence et suivit de près les choses.

Il faut noter que comme ça n’était jamais arrivé, le second mandat de J. Chirac fut quelque peu perturbé par le comportement d’un ministre, N. Sarkozy. Celui-ci, déçu (voire plus) de ne pas avoir été choisi pour Matignon en 2002 et surtout obsédé par la future présidentielle, joua trop résolument le rôle de trublion. Il entra ainsi en conflit avec JP Raffarin mais encore plus avec D.de Villepin (affaire Clearstream). Il contesta même parfois les choix présidentiels. « Je décide et il exécute » déclara Jacques Chirac en 2004, lors de la traditionnelle allocution télévisée du 14 juillet, à l’encontre de N. Sarkozy alors ministre du Budget. Quatre mois après, ce dernier démissionne du gouvernement. Si l’on veut comprendre les rapports Chirac/Sarkozy, il faut prendre en compte une donnée essentielle : la trahison de 1995 (quand ce dernier opta pour Balladur). Jamais Chirac ne pardonnera à celui dont il avait fait son poulain. C’est aussi pour cela qu’il ne le nomma jamais à Matignon (en 2004 il lui préfère de Villepin). Et s’il redevient ministre en 2005, c’est sous la pression de Bernadette !!

Un ancien conseiller corrézien de Chirac nous l’a confirmé. Lorsque l’ancien président déclare en juin 2011 à Sarran aux côtés du futur président : « Je peux dire que je voterai François Hollande ! (…) J’aime beaucoup Alain Juppé, mais comme il ne sera pas candidat, je voterai pour toi », il visait à perturber la campagne de Sarkozy. Et vu la côte de popularité de Chirac en Corrèze comme en France en général, l’effet attendu fut réalisé !

Alors le style de la présidence Chirac, c’est celle d’une certaine tenue, une certaine hauteur (il mesure 1,90m comme VGE !). On assista à une médiatisation assez maîtrisée de sa vie, notamment privée (Claude Chirac, devenue sa conseillère, y veilla). Bernadette, son épouse, n’était jamais loin aussi ! On a dit que le président fut un grand séducteur !  Dans un livre de confidences, Bernadette écrit à propos de son mari : « Bel homme, et puis très enjôleur, très gai, avec les filles ça galopait » (Conversation, entretien avec P. de Carolis, Plon, 2001). Jamais ce genre de choses n’avaient été dites ! Journalistes, comédiennes, militantes… Jacques Chirac n’affichait pas publiquement ses conquêtes, qu’il recevait souvent dans une garçonnière parisienne, a rapporté en 2017 son collaborateur de toujours Daniel Le Conte (in A. Ardoin, « Président, la nuit vient de tomber », Cherche Midi, 2017). Cela lui valut le surnom ironique de « Cinq minutes douche comprise » dans les dîners parisiens et les rédactions ! Nous préférons cela à un passé collaborationniste ou à une vie parallèle. 

« Je suis le dernier des grands présidents, après moi il n’y aura plus que des financiers et des comptables ». Nous empruntons volontiers cette citation à F. Mitterrand pour l’attribuer à J. Chirac.

Notons que ce dernier fut le premier président à tutoyer facilement. En effet, hormis son épouse Bernadette, Chirac tutoie la plupart de ses interlocuteurs. Y compris certain(e)s ministres et partenaires étrangers.  Mais jamais en Conseil des Ministres où l’on commence enfin à se « dérider » un peu !

Signalons qu’à sa mort le 26 septembre 2019, c’est la France dans son ensemble qui est touchée. Même Valéry Giscard d’Estaing exprime son « émotion » et adresse ses condoléances à sa famille. Un deuil national est déclaré le 30 septembre 2019 et une minute de silence est observée dans les administrations et les écoles ce jour-là à 15 heures. Un hommage « corrézien » a lieu le 5 octobre à Tulle. Fait inédit, décidé par E. Macron, après la disparition d’un président de la République, le vestibule d’honneur du palais de l’Élysée est ouvert le même soir à 21 heures sur décision du président Macron. Dans cet espace, un recueil de condoléances est mis à disposition du public. Des centaines de personnes défileront jusqu’à 2 heures du matin.

– Échec à son premier essai pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est élu le 16 mai 2007. Le paradoxe, c’est qu’il va succéder à celui qui fut un de ses pères politiques et qu’il a allègrement trahi. Même si leurs relations furent fort tumultueuses, N. Sarkozy concéda dans son autobiographie ce « lien étrange et complexe » qui l’unit avec « toute la famille Chirac » (il est le témoin de mariage de Claude Chirac et resta toujours très proche de Bernadette) et confesse : « je ne serais pas devenu ce que je suis sans eux ». (Passions, Editions de l’Observatoire, 2019).

Avec son mètre soixante-huit, N. Sarkozy est le plus petit des présidents de la Vé. Il est de notoriété publique qu’il fait un complexe de sa petite taille. « Il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir, on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec », écrit B. Obama dans ses Mémoires (Une terre promise, Fayard, 2020).

A peine un an après son élection, N. Sarkozy va devoir affronter la crise économique mondiale de 2008.

Les prêts hypothécaires américains ont été, à l’été 2007, l’élément déclencheur de la crise financière qui a entraîné la crise économique de 2008-2010… Ce qui pousse certains économistes à placer l’origine de la crise dans l’endettement des agents économiques américains. La crise financière a ainsi coûté approximativement 1.541 milliards d’euros à la France en termes de produit intérieur brut (PIB) perdu, du quatrième trimestre 2008 au deuxième trimestre 2018, calcule un expert. « C’est beaucoup, vu que le PIB annuel de la France était de 2.288 milliards d’euros en 2017 ». N. Sarkozy s’est beaucoup investi et a joué un rôle majeur. Comme il le dit : «Nous étions face à une crise de la dérégulation excessive, où tout le monde a pu faire n’importe quoi ». (L’express.fr, 29/08/2018). Face aux faillites bancaires qui menacent et aux conséquences désastreuses sur l’économie, le président tente tout d’abord de rétablir la confiance lors d’un discours à Toulon pour « vaincre la peur ». Il propose notamment une réglementation des marchés financiers, une véritable gouvernance européenne et une hausse des impôts. Surtout il intime l’ordre aux banques de soutenir leurs clients et leurs épargnants. Et il leur donne des moyens pour le faire. Et d’asséner en guise de théorème quasi colbertiste : « L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini ».  De toute évidence, en mobilisant les forces économiques et notamment Bercy, il a évité à la France les graves conséquences d’une crise. Il faut lui rendre cet hommage.

À la tête de la présidence tournante de l’Union européenne, il veut également mettre en place une réponse coordonnée. Il s’oppose à A. Merkel et JC Trichet (président de la BCE). A propos de ce dernier il rappelle « Il pensait que c’était la crise de la dette des États ; moi, je pensais que c’était la crise des finances ». Sarkozy se bat. « Pour lui, ça coûtait trop cher d’intervenir. “Mais c’est toi qui coûtes cher !”, me suis-je tué à lui dire. « Je n’appartiens à aucune école économique. Ce que pensaient Ricardo, Friedman ou Keynes n’avait strictement aucune importance et n’était strictement d’aucune utilité ». 

Comme chacun sait, N.Sarkozy a fait basculer la fonction présidentielle dans l’ « hyperprésidentialisme ». Il a promis de réformer. Avec lui, fini le temps des « rois fainéants », c’est-à-dire ses prédécesseurs directs (il nommera d’ailleurs Mitterrand et Chirac). Il s’occupe de tout comme jamais aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait. Le domaine réservé, la politique intérieure, rien ne lui échappe. Juin 2007 : le président Sarkozy invite les parlementaires de la majorité à l’Élysée pour lire un véritable discours de politique générale. Il assumera en estimant avoir « été élu pour faire quelque chose sur tout ». Contre toute attente, il a choisi un gouvernement d’ « ouverture » :  « Si j’ai été chercher des personnalités si différentes, c’est parce que je ne supportais plus cette idée que la France, à la base, soit diverse, et que la France au sommet ne porte pas cette diversité. » Quant au premier ministre, F. Fillon, il sait dorénavant que sa marge de manœuvre est réduite : « Ce n’est pas au premier ministre qu’il faut en vouloir de telle ou telle ambition déçue. C’est à moi, parce que les choix, je les assume. » Et quand celui-ci prend un peu de liberté, il est publiquement recadré comme jamais : « Le Premier ministre est un collaborateur. Le patron, c’est moi ». A-t-il choisi ce premier ministre en raison de sa personnalité réservée, voire sans relief ? Son antithèse en quelque sorte ?!

Le président descend dans l’arène et « au charbon » comme l’on dit en langage rugbystique. Ainsi il se prend en commisération des familles de victimes de crimes en les recevant à l’Elysée. Désolé mais ça n’est pas le rôle du président. Il y a un ministre de la Justice pour ça. En faisant cela, et d’autres gestes « du quotidien », il perd de la hauteur, il dénature la fonction. Le président partout, sur tout, ce n’est pas l’essence, ni la nature des institutions. A plusieurs reprises N. Sarkozy a regretté ne pas avoir le temps de faire toutes les réformes promises, notamment à cause du quinquennat. Deux choses. D’abord il n’avait pas à tant promettre (cela étant, sans promesse les électeurs moutonniers ne se mobilisent pas). Ensuite, ce quinquennat N. Sarkozy s’est prononcé pour en 2000 ! Elle était tellement moderne et allait régénérer la Vé, cette révision… On voit le résultat avec un président qui est presque aussi vite en campagne que son homologue américain ! Un président qui a rompu avec la hauteur et le long terme. 

Lorsque l’on est trop au four et au moulin, on finit par ne plus connaître le goût du pain ! D’après nous c’est très nettement avec le quinquennat de N. Sarkozy que la fonction présidentielle a été beaucoup dépréciée. La geste et le verbe élyséens doivent être rares.  La rareté du fait donne du prix à la chose, selon La Fontaine. 

Indéniablement N. Sarkozy a beaucoup réformé, tous azimuts même. Il a même souvent cassé les codes dans bien des domaines. Premier exemple dans ses relations. N.Sarkozy est un président très tutoyeur. D’Angela Merkel à J.Chirac lors de la passation ! Il tutoie jusqu’à la familiarité parfois. Même ses ministres en Conseil des Ministres. Ce dernier confine d’ailleurs parfois à la cacophonie. On y parle, on y plaisante, on y joue du portable… Quelques rappels à l’ordre auront lieu.

Autre domaine où N.Sarkozy va casser les codes,  celui de la vie personnelle et même privée. Il n’existe pas un seul autre président qui ait autant médiatisé sa vie avec ses épouses Cécilia puis Carla Bruni. En limite de l’indécence… Arrêtons-nous y quelques instants car les épisodes sont on ne peut plus révélateurs de la présidence Sarkozy. 

Cécilia fut « Première dame » du 16 mai au 15 octobre 2007, date à laquelle elle divorce du président Nicolas Sarkozy, avec lequel elle était mariée depuis 1996. Rappelons-nous. On a assisté au divorce quasiment en direct. Les gazettes les plus célèbres ont fait leur une avec cela. Une première dame distante lors de la cérémonie d’investiture. Le mal-être d’un président, en pleine séparation, exposé devant les écrans. Jamais on n’avait vu cela. Imagine-t-on une seule seconde de Gaulle… Plus tard, Cécilia Attias dira : « Ce qui nous est arrivé est une chose banale […] Il se trouve que mon mari était président de la République. Mais ce n’était pas du courage, c’était ce qu’il fallait faire pour être en accord avec moi-même. » Rien n’est banal quand on est au sommet de l’Etat et quand on est « première dame » (statut totalement fictif au passage).

Le bref séjour de Cécilia Sarkozy à l’Élysée est notamment marqué par sa contribution à la libération des infirmières bulgares détenues en Libye. Et là encore ce fut un grand moment de mélange des genres et de pratiques indignes. L’affaire des infirmières bulgares est une longue procédure diplomatico-judiciaire qui eut lieu en Libye entre 1999 et 2007 et dans laquelle les inculpées, (cinq infirmières bulgares et un médecin anesthésiste d’origine palestinienne naturalisé bulgare) furent accusés de plusieurs crimes par le gouvernement autocratique lybien et condamnés à mort. Sur pression internationale et avec quelques tractations commerciales plus ou moins officieuses, le pouvoir libyen commua les peines en prison à vie avec possibilités d’extraditions.

En juillet 2017, sur les bases diplomatiques incertaines d’une mission « humanitaire » soutenue par l’UE, Cécilia Sarkozy s’est rendue à Tripoli avec Claude Guéant (alors secrétaire général de l’Elysée) pour plaider la cause des infirmières (parmi lesquelles aucune française…) auprès de Khadafi. On ne sait toujours pas actuellement quelle a été la nature de la médiation obtenue in fine du Qatar (le Président français parle seulement « d’un geste humanitaire très généreux »), ni où et par qui elle a été négociée (à Paris ou Tripoli ou dans une des ambassades françaises). Toutefois, on relève que l’émir du Qatar était l’invité spécial et en grandes pompes du président de la République lors des cérémonies militaires de la fête nationale le 14 juillet 2007.

Au-delà des tractations (on parle de nombreux contrats d’armes, d’une centrale électrique, de prospection gazière), on peut se demander ce que  la « première dame » faisait là et quel fut son rôle ? Ses gesticulations devant l’infréquentable et psychotique (il fut un patient régulier de l’Hôpital Psychiatrique de Genève) leader libyen sont totalement inopportunes et déshonorent la France et sa diplomatie. 

Résultat ? Kadhafi a exigé de faire une visite officielle dans notre pays quelque temps plus tard. Revenons donc sur l’un des épisodes les plus contestés de la diplomatie Sarkozy : la venue à Paris du dictateur libyen, pour une visite de cinq jours, en décembre 2007. On parle d’une « visite économique ». Des avions Rafale, des hélicoptères Tigre, des bateaux et même des réacteurs nucléaires : lors de sa visite à Paris en décembre 2007, le dictateur libyen avait affiché son intention d’acheter français. L’Elysée s’était targuée d’avoir obtenu des contrats représentant une dizaine de milliards d’euros. Les avions et les hélicoptères ne seront finalement jamais livrés, mais ce sont bien des Rafale et des Tigre français qui participeront, moins de trois ans et demi plus tard, aux frappes contre le régime libyen, une campagne qui aboutira à la chute du « Guide », puis à sa mort, en octobre 2011.

A Paris, ce « fou dangereux » décide de tout. D’abord sur le perron de l’Elysée, en présence de N. Sarkozy, tout sourire, il lève un poing rageur quasi révolutionnaire ! Ensuite il plante sa tente (200 m2) dans les jardins de l’hôtel de Marigny, résidence des chefs d’Etats étrangers en visite en France. Kadhafi n’y dormira pas mais y recevra ses invités « conformément à la tradition du désert, qu’il respecte à la lettre ». Sous cette tente, et de source policière, les nuits furent souvent agitées…

La visite tourne au fiasco diplomatique.

Rama Yade, secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, le 10 décembre 2007, dénonce publiquement la visite officielle du colonel Kadhafi en France.  Elle déclare qu’il doit « comprendre que notre pays n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort ».  Pourtant N.Sarkozy estime que « la France doit parler avec tout le monde en tenant fermement le discours des valeurs qui sont les siennes ». Le problème c’est que Kadhafi n’avait pas les mêmes valeurs que les nôtres… Le message a manifestement du mal à passer : selon un sondage Paris Match-Ifop, 61% des Français « n’approuvent pas » la visite officielle en France de cet individu. Au Pavillon Gabriel, le 12 décembre, le « guide » ose venir débattre de « la situation des femmes dans le monde ». Nonobstant sa réputation de « violeur obsédé sexuel » (Annick Cojean), il ose dire : « Je voudrais sauver la femme européenne qui se débat ». Le 13 décembre le lendemain, Kadhafi visite le Louvre. Enfin le 14 décembre, dernier jour de son voyage, il se rend  (en grande pompe sous la neige) à Versailles puis à Rambouillet. Grand admirateur de Louis XIV, il demande de s’asseoir sur le trône de ce dernier et de s’allonger sur son lit ! Heureusement JJ. Aillagon, président du domaine de Versailles, refusa.

Voilà comment un piteux épisode diplomatique caractérise la diplomatie sarkozienne débutante. Un certain nombre d’observateurs connectent ce fâcheux rapprochement franco-libyen avec une des affaires judiciaires qui vise N.Sarkozy. Il s’agit de l’ « affaire du financement libyen » de sa campagne présidentielle de 2007, soulevée par le journal en ligne Mediapart au printemps 2012, laissant supposer l’existence d’un versement d’environ 50 millions d’euros pour ladite campagne de la part du régime libyen de Kadhafi. Précisons que l’ancien président est quatre fois mis en examen dans l’affaire des financements libyens : corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illicite de campagne électorale et association de malfaiteurs. Les appels déposés contre ces mises en examens ont échoué. A noter que depuis la révision de 2007 permettant de poursuivre pénalement un président qui n’est plus en fonction, N. Sarkozy est celui qui est visé par le plus d’affaires. Ses condamnations judiciaires ont incontestablement et irrémédiablement fait envoler ses espoirs de retour aux affaires en 2022.

Si N. Sarkozy divorce donc en 2007, il retrouve assez vite une vie privée. Ce à quoi il a droit. Ce qui est plus contrariant pour la fonction présidentielle, c’est que cette nouvelle vie est d’emblée médiatisée par le chef de l’Etat lui-même. Ainsi en janvier 2008, N.Sarkozy décide d’étaler son bonheur et son couple au grand jour : « Avec Carla, c’est du sérieux » clame-t-il sur une chaîne d’information nationale !  L’élue du président est Carla Bruni, mannequin et chanteuse bien connue. Cette phrase, aux parfums d’adolescence, fait très vite la une des journaux et contribue à une baisse de sa cote de popularité dans les sondages. Pourtant quelques années après, l’ancien président ne mesure pas cela et déclare à Paris Match : « J’étais obsédé par Mme de Maintenon. Ma formule n’avait rien d’un acte immature. Au contraire, je voulais justement la protéger. D’ailleurs, nous nous sommes mariés un mois plus tard à l’Élysée. » Désolé mais on touche le fond… En revanche, il est tout à fait certain que Carla Bruni-Sarkozy s’est révélée par la suite une first lady tout à fait à la hauteur et représentant bien la France à l’étranger.  La première d’une ère moderne parfaitement assumée et médiatisée.

Nous sommes intimement persuadés qu’une pratique outrancière de sa présidence a contribué à la chute de Nicolas Sarkozy. Elle est une des causes de son échec en 2012. Pourtant perdre face à F. Hollande, héritier principal de l’affaire DSK à New-York, il fallait le faire, si l’on ose dire.

– François Hollande ou la barre infranchissable

Désigné candidat du PS à l’élection présidentielle de 2012 à l’issue d’une primaire à gauche (complètement ouverte après l’affaire DSK), il est élu chef de l’État le 15 mai 2012 face au président sortant, Nicolas Sarkozy, avec 51,6% des suffrages exprimés au second tour.

Les indices le concernant ne sont pas très favorables. Ainsi c’est la première fois depuis 1958 que le locataire de l’Elysée n’a absolument aucune expérience gouvernementale. Seul fait d’armes : du 23 mars 1983 au 7 décembre 1984, il est le directeur de cabinet des deux porte-parole successifs du troisième gouvernement de Pierre Mauroy : Max Gallo et Roland Dumas. Il se référera aussi parfois au fait qu’en tant que premier secrétaire du PS (de 1997 à 2008), il participait durant la troisième cohabitation aux petits-déjeuners hebdomadaires mis en place par L. Jospin. Ce n’est en aucun cas une activité exécutive ! En revanche, il a été longtemps élu local (notamment en Corrèze) et à ce titre connaît le terrain et le pays.

Durant la campagne, F. Hollande avait revendiqué « une présidence normale ». A peine élu, il veut trancher avec son prédécesseur et souhaite être un « président normal ».

L’épreuve du pouvoir, toujours implacable, fut telle qu’il regrettera une fois parti de l’Elysée. « Par rapport à la concentration des pouvoirs, au rôle qui est attendu du président de la République (…) il y a besoin d’une présidence qui se définisse comme « normale ». Mais (…) je ne le dirais plus d’ailleurs de la même façon. Aujourd’hui, je dirais humaine », a expliqué celui qui se rêvait proche du peuple avant de quitter l’Elysée sur des records d’impopularité….

Quand est-ce que cette nouvelle génération de présidents se mettra en tête que le président de la Vè n’est ni un citoyen ordinaire, ni normal ? Quel autre citoyen est l’élu du suffrage universel et a la responsabilité de 66 millions de personnes ? Quel autre a le droit de dissoudre l’Assemblée Nationale ou de recourir à l’article 16 ? Quel autre peut déclencher le « feu nucléaire » ? Sus à la normalité présidentielle !

A président inexpérimenté, Premier ministre inexpérimenté ?! En confiant Matignon à JM Ayrault en ce printemps 2012, F. Hollande commet la première erreur de son mandat. Ce n’est pas faire injure à celui qui fut un bon maire de Nantes que de remarquer qu’il n’a pas lui non plus d’expérience exécutive. En tant que président du groupe socialiste à l’Assemblée (1997-2012, record à ce poste), il fut bien sûr parfois consulté par L. Jospin durant la troisième cohabitation. Mais là encore, cela ne prédispose en rien à assumer Matignon. 

Il est évident que la pratique présidentielle de F. Hollande va d’emblée être moins « agitée ». La pression va redescendre. Une certaine distance avec les choses et les gens va se remettre en place. Il a comme une allure mitterrandienne parfois ! D’abord il ne tutoie pas ses ministres dans l’exercice des fonctions. Ainsi le Conseil des Ministres retrouve un certain ordre. Plus de portables (posés dans une corbeille à cet effet) et plus de familiarité. 

Il y en avait besoin ! Mais très vite, des « couacs » vont se faire jour. Ainsi le défilé du 14 juillet 2012 se déroule sous un déluge de pluie. Le nouveau président, imperturbable en costume, monte dans le véhicule militaire et arpente les Champs-Elysées. Il finira totalement trempé mais debout ! La logique appelait a minima un parapluie. Quelques jours plus tard, il se rend en Angleterre : « Je viens à Londres avec un temps tout britannique, que nous connaissons en France depuis mon élection ». Ce mauvais temps qui sera une des marques de son mandat d’ailleurs ! On passera sur les gaffes protocolaires (en Allemagne ou face à la reine d’Angleterre). 

Plus gênants furent les dysfonctionnements dans le déroulé de la politique mise en place ou les décisions prises. On peut penser ainsi à l’ « affaire Leonarda », dont la gestion et la solution trouvée à l’Elysée, qui ne convenait à personne et qui n’était pas vraiment réalisable, a été longuement critiquée. Rappelons-en quelques éléments. L’affaire Leonarda Dibrani est une affaire politique au fort retentissement médiatique qui s’est développée en France à la suite de l’expulsion vers le Kosovo, le 9 octobre 2013, d’une famille immigrée rom dont une fille mineure, Leonarda Dibrani, a été interpellée lors d’une sortie scolaire. A quelques mois des scrutins municipaux et européens, l’affaire a pris les dimensions d’une crise politique après une communication maladroite du président de la République française qui annonçait autoriser la jeune fille à poursuivre ses études en France, sans sa famille. Sans ambages, la collégienne (souvent absente et mauvaise élève) décline publiquement alors cette invitation, précisant qu’elle souhaite rester avec sa famille et que ses frères et sœurs aillent aussi à l’école en France. Elle fait part de son intention de rentrer plus tard en France, avec sa famille. Le Financial Times titre « L’autorité de François Hollande est atteinte par sa décision sur Leonarda ». Et par l’insolence d’une gamine de 15 ans…  Dans un sondage BVA pour Le Parisien Magazine de fin octobre 2013, on apprend qu’il est considéré comme le président le moins courageux de la Ve République. 

Au titre des impairs (et c’est un euphémisme) hollandais on peut citer encore la pause fiscale annoncée par JM Ayrault et contredite par le président lui-même juste après.  

Également, on doit parler de cette gestion des RH made in Hollande. Son credo : donner raison un peu à tout le monde quand ça l’arrange. Ainsi l’exemple du site de Florange, l’un des premiers couacs emblématiques de l’ère Hollande, quand d’un côté, il laisse entendre à A. Montebourg qu’il était favorable à la nationalisation partielle de Florange, tout en assurant à JM Ayrault qu’il n’en était pas question. Selon le même sondage BVA, il s’avère que « Les Français se plaignent de son incapacité à trancher »… Principale caractéristique, selon nous, du président voire du personnage Hollande.

On peut éminemment reprocher à N. Sarkozy son tempérament excessif et sa pratique parfois irraisonnée de la fonction présidentielle. Mais au moins il avait des convictions. Il savait trancher.

Avec F. Hollande, si le calme est revenu, c’est le règne de l’impréparation et de l’indécision. Essentiellement en raison d’une absence quasi-totale de conviction sur le fond. Le sujet emblématique reste probablement la PMA. Initialement, elle était prévue dans la loi sur le mariage pour tous. La promesse ne figurait pas formellement dans les 60 engagements du candidat mais il s’y était engagé auprès des associations homosexuelles. Faute de conviction forte au sommet de l’Etat, le mariage pour tous est devenu le catalyseur d’un certain nombre d’opposants à François Hollande (cathos tradi, défenseurs de la famille en tous genres, droite traditionaliste, extrême droite). Les milliers de personnes dans les rues et l’opposition virulente de l’UMP ont transformé la PMA en un dossier brûlant. Ledit projet de loi fut maintes fois repoussé, puis annoncé sans puis avec l’article sur la PMA… Une annonce du président fut faite pour mars 2013 puis pour la rentrée, puis la fin de l’année. Avant qu’en fait, il soit, face à l’opposition virulente de la Manif pour tous, et parce que l’exécutif (le président en tête) jugeait que les sujets sociétaux avaient déjà pris trop de place, retiré tout bonnement du projet de loi famille au printemps 2014… Au total, ça aura été 18 mois de cafouillage et de cacophonie… Le mariage entre personnes de même sexe en France, également qualifié de mariage homosexuel ou « mariage pour tous » fut consacré par la loi depuis le 17 mai 2013 (sans la PMA). Gestion hollandaise du dossier…

Il est d’autres exemples des atermoiements hollandais.

Malgré la promesse présidentielle de ne pas s’y aventurer, A. Montebourg, à l’époque ministre du Redressement productif, ne s’en cache pas, il aimerait que la France se lance dans l’exploitation du gaz de schiste « propre ». Elle serait confiée à une compagnie nationale, comme il l’explique le 9 juillet 2013 lors d’une audition à l’Assemblée nationale. La réponse présidentielle ne tarde pas. Dans son intervention télévisée du 14 juillet, F. Hollande rappelle que « tant que je suis président, il n’y aura pas d’exploration du gaz de schiste en France ». Pas de quoi calmer la verve de Montebourg, devenu le troisième homme de la primaire socialiste de 2011. Moins de six mois plus tard, il récidive, espérant parvenir à convaincre le président. Agacé (et avec l’assentiment du président) Valls le débarque le 25 août en présentant la démission de son gouvernement. Et c’est E. Macron qui remplace A. Montebourg (les deux hommes ne s’apprécient pas).

 « Il ne doit pas y avoir de tabou sur l’assurance-chômage (…) Il y a eu une réforme, elle est insuffisante, on ne pourra pas en rester là », assure le ministre de l’Economie Emmanuel Macron (valeur montante en Hollandie) dans une interview au JDD. Des propos qui font l’effet d’une bombe. D’aucuns parlent d’un énième couac, tandis que la gauche de la gauche, estomaquée, crie à la remise en cause d’un acquis social. Pourtant, l’interview a été relue et validée par l’Elysée. Et pour cause, l’épisode relèverait d’une stratégie savamment orchestrée par le couple exécutif, où les rôles seraient bien définis. À Valls et Macron le soin d’envoyer des gages de sérieux à Bruxelles pendant que le chef de l’Etat rassure sa famille politique et s’adresse aux Français. Drôle de répartition des rôles !…

A noter que l’ancien président François Hollande a remporté le grand prix 2017 de l’humour politique pour l’ensemble de ses traits et de ses boutades (« hollanderies »). A l’occasion de la remise du prix, l’ex-chef de l’Etat a souligné qu’il lui avait été souvent reproché « d’utiliser beaucoup l’humour ». Il s’est très bien justifié : « J’y ai toujours répondu de la façon suivante : dans les moments les plus graves, dans les circonstances les plus douloureuses, il faut avoir une forme de maîtrise de soi, de contrôle, de sérénité, et l’humour en fait partie. L’humour fait partie de ce qui nous permet d’être à hauteur d’homme ou de femme, c’est-à-dire d’être capable de résister et de combattre l’adversité. Les fanatiques n’ont pas d’humour. » Et il finit sur… une boutade : « J’ai bien compris que c’était l’ensemble de mon œuvre qui était saluée, je parle de ce domaine-là. Mais je vais vous faire ici une révélation : mon œuvre n’est pas achevée, du moins sur ce plan-là. ». Il croit encore en lui-même visiblement. Il reste pourtant le président le moins populaire de toute la Ve République avec  moins de 20% d’opinions favorables (https://fr.statista.com/, 20/9/20).

Il faut dire quelques mots de la vie privée affichée par F.Hollande. Celle-ci ne l’a assurément pas servi. Il arrive au pouvoir avec pour compagne la journaliste Valérie Trierweiler. Etant donné qu’ils ne sont pas mariés (ni pacsés d’ailleurs), leur situation matrimoniale inédite sous la Vè amène les médias américains à la surnommer « first girlfriend » à l’occasion du premier voyage présidentiel de mai 2012 aux États-Unis. Affirmant son indépendance, elle poursuit sa chronique littéraire hebdomadaire dans Paris Match. Ce qui n’est pas sans poser problème à la rédaction parfois. 

Pas plus qu’il ne tient vraiment les rênes de l’Etat, F. Hollande ne sait pas agir, (se) tenir (avec) sa compagne. Ainsi lors des législatives de 2012, alors qu’il a officiellement soutenu son ex Ségolène Royal en Charente-Maritime, on découvre les encouragements adressés sur son compte Twitter par Valérie Trierweiler à Olivier Falorni, candidat socialiste dissident contre…Mme Royal. Cet épisode fâcheux (« Trierweilergate ») pose la question de sa place de journaliste dans le paysage politique français, et celle de la frontière entre vie privée et sphère publique. Thomas Hollande estimera un mois plus tard que ce tweet avait détruit l’ « image normale » que son père avait construite. « Détruit » peut-être pas, mais entamé (et la fonction avec) c’est certain. Par la suite, la compagne du chef de l’Etat va « rentrer dans le rang » si l’on peut dire. Début septembre 2013, un compte Twitter officiel est créé, avec la présentation : « compte officiel du bureau de la Première dame de France ». 

Les apparences sont souvent trompeuses, dit-on ! F. Hollande est aussi une sorte de séducteur. Il a été de 1978 à 2007 le compagnon de Ségolène Royal avec qui il a quatre enfants. On lui a prêté quelques aventures extra-conjugales. Le 10 janvier 2014, après l’annonce dans Closer de la liaison cachée de François Hollande avec l’actrice Julie Gayet (photo du président en scooter !), Valérie Trierweiler est admise dans un hôpital parisien, pour « un gros coup de blues ». Le 18 janvier 2014, après une semaine d’hospitalisation, elle part se reposer à la résidence présidentielle de La Lanterne. C’est le président de la République lui-même qui va clarifier sa situation. Sa désormais ex-compagne ne sera plus la première dame de France. Suite et fin du premier vaudeville élyséen. Tiens, F. Hollande a tranché ?!!

Ainsi le samedi 25 janvier, le chef de l’Etat a déclaré : « Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler ». C’est désormais avec J.Gayet qu’il partage sa vie. Patrice Duhamel et Jacques Santamaria relèvent que « pour la première fois depuis 1958, la femme qui partage la vie d’un président de la République n’a rien voulu changer à sa vie professionnelle » (L’Élysée : histoire, secrets, mystères, EDI8, 2017). Pour la première fois aussi sous la Vè, la « first girlfriend » n’aura aucun bureau à l’Elysée et réfutera d’ailleurs le statut de première dame. A posteriori, Julie Gayet estimera d’ailleurs que « la fonction de Première dame est sexiste. C’est un job qui oblige à arrêter son métier. Et en plus on ne touche pas de salaire » (Pauline Delassus, « Julie Gayet, confidences à Hollywood », Paris Match, semaine du 8 au 14 mars 2018).

 

Se plaçant résolument dans les pas de Jacques Chirac, le président François Hollande a reconnu à son tour en 2012 que le crime commis à l’encontre des juifs lors de la rafle du Vel d’Hiv l’avait été « par la France ». Il sut prendre parfois les postures inhérentes à la fonction et dont on ne le pensait pas capable. Ainsi lors des attentats de 2015 il prononça un discours remarqué devant le Congrès du Parlement. Très ferme il conclut : « Le terrorisme ne détruira pas la République car c’est la République qui le détruira ».

Visiblement il sut prendre les bonnes décisions pour « neutraliser » les terroristes (Hyper Casher et frères Kouachi). Ainsi à la suite desdits attentats qui ont frappé Paris et la Seine-Saint-Denis, le Président de la République a décrété, dès le 14 novembre, l’état d’urgence qui fut prolongé à plusieurs reprises. D’ailleurs lors de son discours devant le Congrès, F.Hollande annonça sa volonté de constitutionnaliser ledit état d’urgence. Parmi les autres mesures, il propose surtout la déchéance de la nationalité d’un « individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né Français ». Cette proposition, portée par la droite depuis longue date, marque un salutaire revirement sécuritaire chez l’ancien maire de Tulle. Evidemment elle provoque des déchirements au sein de la gauche. La garde des Sceaux Christiane Taubira, toujours prompte à soutenir les causes anti-françaises (dans les années 80 elle fut une figure indépendantiste guyanaise et créa avec son époux, R. Delannon, le parti socialiste indépendantiste Walwari) démissionne même du gouvernement de Manuel Valls en janvier 2016 en raison de son opposition à cette mesure qu’elle juge « indigne de la République ». Finalement, au terme de plusieurs mois de discussions houleuses, la déchéance de nationalité sera abandonnée en mars 2016.

En effet, si l’Assemblée nationale l’avait votée pour tous les Français, en cas de crimes mais aussi de délits, le Sénat adopte un texte qui la réserve aux seuls binationaux en cas de crimes terroristes. Faute d’accord entre les deux Chambres du Parlement, François Hollande redevient F .Hollande et renonce le 30 mars 2016 à une révision constitutionnelle qui aurait inscrit la déchéance de nationalité dans la Constitution. On ne peut que le regretter…

Le sommet de la complexité hollandaise est atteint le jeudi 1er décembre 2016, qui va faire date dans l’histoire présidentielle.

« Ça a été une journée incroyablement longue », confie aujourd’hui Gaspard Gantzer, l’ancien Monsieur Com de F. Hollande. Comme lui, les plus proches conseillers n’ont été prévenus qu’au dernier moment, ce jeudi-là, dans la matinée. Le chef de l’Etat, ombrageux (fait rare dit-on) leur annonce qu’il compte faire une déclaration depuis le Château. « On a tout de suite compris », raconte l’un d’eux.

« J’ai été jusqu’au bout », dit le président à un autre. « Il n’était pas bien. Il y avait quelque chose de cassé en lui. Il avait perdu la flamme », raconte l’un de ses proches qui aura essayé de le convaincre de se représenter jusqu’à la dernière minute. En vain. « Le mois de novembre a été un long chemin de croix », confesse aujourd’hui l’un des amis de François Hollande. « Il était complètement tiraillé. On sentait le vide autour de lui. C’était terrible. » Les confidences qu’il a livrées à deux journalistes dans l’ouvrage « Un président ne devrait pas dire ça… » ( Gérard Davet, Fabrice Lhomme, Stock, 2016) sont totalement inouïes et insensées à ce niveau de pouvoir. Jamais on n’avait vu cela. Personne ne s’attendait à cela. Ces confidences, frisant parfois la trahison de secret (notamment en matière nucléaire…), ont entamé le moral des troupes socialistes mais aussi fortement dégradé la fonction. Oui M. Hollande, vous président n’auriez jamais dû dire cela… Il est certain que votre électorat vous en a tenu rigueur. Un dirigeant socialiste opine avec une lucidité à nulle autre pareille : « Hollande, c’est l’échec d’une histoire, d’une stratégie. Son bilan sera sans doute réhabilité, mais sa présidence ne le sera jamais ».  

Ce 1er décembre 2016 donc, F. Hollande prononce un très rapide discours, teinté d’une certaine émotion mais sans grand relief. Sauf cette phrase : « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement de mon mandat… ». Il se dit « lucide » et « conscient des risques qu’une démarche (de candidature ndlr) ne rassemblerait pas ». Et pour cause, François Hollande était, cette semaine encore, crédité d’intentions de vote basses dans la perspective d’une candidature à la présidentielle de 2017. En effet il est à peine à 25% d’intentions de vote… Chirac avait connu pire en décembre 1994 avec à peine 20%…

C’est une première sous la Ve République. Si l’on osait, on dirait que quelque part, tout Hollande est là… L’histoire retiendra cela et certainement rien que cela. Son (maigre) bilan sera aussi entaché par ce renoncement. « Il n’existe pas de forteresse imprenable. Il n’y a que des attaques mal menées », nous dit Vauban… Ou des personnes sans réelles ambitions.

Suite et fin parue le 21/07.

Raphaël PIASTRA, Maître de Conférences en droit public des Universités ; consultant Institutions publiques et collectivités territoriales