« Pass sanitaire » des 12-18 ans : une rentrée des classes houleuse à l’horizon ?

Frédéric Saint Clair questionne la capacité des jeunes, et notamment des syndicats lycéens et étudiants, à tolérer le « pass sanitaire » qui sera effectif à la rentrée – une rentrée des classes qui pourrait s’annoncer plus houleuse que prévue.

A peine le Président de la République avait-il clos son discours sur l’extension du « pass sanitaire » conditionnant l’accès aux lieux de culture et de loisir, ainsi qu’aux transports et aux centres commerciaux, que cette catégorie inflammable qu’est la catégorie des 12-18 ans en a été écartée, la date butoir ayant été, sans délai, décalée au 30 août. L’exécutif semble croire qu’un été sans contrainte sera suffisant pour éviter que la jeunesse ne s’enflamme. Il se pourrait qu’il pèche par excès d’optimisme, et que la rentrée scolaire ne s’annonce en réalité plus agitée que ce qu’ils anticipent.

La sanction dans les sondages ne s’est pas fait attendre, comme un premier coup de semonce. Le JDD annonçait ainsi ce dimanche qu’Emmanuel Macron s’était effondré brutalement dans la catégorie des 18-24 ans, ayant perdu 13 points en un discours, et par là-même tout le bénéfice acquis au prix de ses guignolades aux côtés des youtubeurs McFly et Carlito. Emmanuel Macron fait ainsi, en toute fin de mandat – mais est-il jamais trop tard ?, – l’expérience du tempérament très inflammable de la jeunesse. Il aurait cependant tort de croire que cette chute de popularité est l’unique menace que les jeunes pourraient faire peser sur le gouvernement… Car si, à l’issue d’un été qui s’annonce frustrant et contestataire, les syndicats lycéens et étudiants venaient à prendre pleinement conscience de la contrainte sanitaire inédite, aussi inégalitaire qu’injuste, que le Président de la République entend faire peser sur une génération qu’il a déjà largement sacrifiée au profit de son électorat – les retraités et les cadres –, il se pourrait que la rentrée des classes se fasse en ordre dispersé.

Car l’injustice sanitaire, vaccinale, est bel et bien réelle. Les 12-18 ans (et on pourrait même dire les 12-25 ans), est l’unique catégorie de Français qui n’a pratiquement rien à craindre de ce virus (sauf cas tout à fait anecdotiques). Il est d’ailleurs particulièrement difficile de trouver des données sur les cas graves dans cette catégorie, tant ils sont peu nombreux en comparaison du nombre de jeunes contaminés, lesquels sont, en revanche, largement supérieurs à la moyenne, ce qui rend le ratio « cas graves »/« nombre total de cas » extrêmement faible. Le coût bénéfice/risque d’un vaccin – vu les types de vaccins actuellement disponibles – est réduit au seul risque puisque la vaccination ne présente pour les jeunes aucun bénéfice.

Quant à l’obligation vaccinale déguisée que constitue le « pass sanitaire » élargi à la quasi-totalité des activités sociales et culturelles, elle est une véritable supercherie ; une autre façon de voler à la jeunesse française sa soif de liberté, de découverte, de culture, de loisir, de rencontre.

Les syndicats lycéens et étudiants accepteront-ils qu’une ségrégation sociale au goût amer d’obligation vaccinale, au seul bénéfice des + 65 ans, vienne une fois de plus assombrir le quotidien de près de 6 millions de collégiens et de lycéens et de près de 3 millions d’étudiants ? Accepteront-ils l’indignité de ce calcul médiatique du ratio bénéfice/risque : le risque vaccinal pour les jeunes ; le bénéfice pour les vieux ? Accepteront-ils que leur ministre continue de vanter à tour de bras le nombre de semaines de fermeture des écoles relativement faible en France, alors que tout le monde sait très bien que ce nombre ne concerne que les tout-petits (maternelle et primaire) et que les lycéens et les étudiants ont été contraints de travailler depuis chez eux dans des conditions ubuesques ? Accepteront-ils que cette génération sacrifiée par des politiques publiques sanitaires en retard sur tous les fronts : masques, gel hydroalcoolique, blouses, tests, vaccins, etc., soit de nouveau instrumentalisée, afin que soit préservée la croissance économique et le nombre extrêmement faible de lits de réanimation : 10 000 seulement pour une population à risque de plusieurs millions d’individus : + 65 ans (13 millions), obèses (8 millions d’adultes), asthmatiques (4 millions), hypertendus (10 à 15 millions), etc., dont une part notable refuse de se faire vacciner malgré les risques de forme grave qu’elle encourt en cas de contamination ? Accepteront-ils la pression culpabilisatrice que les bien-pensants sanitaires du pouvoir médiatique, venus en soutien des bien-pensants sanitaires du pouvoir politique, tous particulièrement soucieux de la préservation de leurs privilèges économiques et sociaux (qu’ils nomment « le retour à la vie normale »), font peser sur les épaules d’une jeunesse pourtant innocente de tout ce qui lui arrive ? Peut-être pas…

Frédéric Saint Clair
Ecrivain, politologue