Que révèle la déclaration de la Maison Blanche en date du 18 avril 1988, caractéristique de la présidence Ronald Reagan (1981-1989) et de sa communication en temps de crise, affirmée tout en restant soigneusement formulée sur un double plan juridique et moral ? Que nous dit-elle du rôle endossé par les États-Unis depuis des décennies dans la région du Golfe ?
Dès la décennie 1980, Washington cherche à endiguer l’influence de l’Iran, mais sans vouloir nécessairement renverser la République islamique. La préférence va en effet à la protection des flux pétroliers internationaux pour rassurer les alliés occidentaux et arabes, notamment les pétromonarchies du Golfe. L’administration américaine recourt ainsi à une force limitée dans le contexte d’une diplomatie plus ample visant à mettre fin à la guerre Iran-Irak (1980-1988). Mais cette crise sanctionne une escalade sérieuse, que les États-Unis, encore soucieux de respecter la norme internationale, qualifient d’acte de légitime défense, de riposte mesurée pour dissuader. L’intention est pourtant de contraindre Téhéran à accepter une issue à son conflit avec l’Irak, ce qui culminera dans l’opération « Mante religieuse » (Praying Mantis) du 19 avril, la plus importante bataille navale américaine menée depuis la Seconde Guerre mondiale, qui détruit une partie significative de la marine iranienne. En avril 1988, la guerre Iran-Irak était entrée dans une phase violente, connue sous le nom de « guerre des pétroliers »[i]. L’Iran et l’Irak s’attaquaient réciproquement pour affaiblir leurs économies. L’USS Samuel B. Roberts heurta une mine iranienne le 14 avril, manquant de peu de couler.
Depuis cette époque, la France dispose quant à elle d’une présence renforcée dans la région, aux côtés de plusieurs États hôtes (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar). Le Golfe se trouve au cœur de ses intérêts stratégiques et économiques, avec une politique fondée sur la sécurité régionale pour contrecarrer de plus grandes perturbations. Au printemps 2026, Paris a donc refusé de prendre part à la guerre israélo-américaine visant l’Iran, quoiqu’elle soit prête à codiriger une mission d’escorte multinationale si les conditions le permettent. Au cours des années 1980, elle était un acteur diplomatique de premier ordre, qui rappelait que seule une négociation peut signifier paix et stabilité, et faisant le choix de l’autonomie d’action et d’une liberté de dialogue avec toutes les parties.
Myriam Benraad
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Déclaration de M. Fitzwater[ii], attaché de presse du président, concernant la frappe militaire américaine dans le golfe Persique
18 avril 1988
Agissant en sa qualité de commandant en chef, le président a ordonné aujourd’hui, à 1 heure du matin, heure d’été de la côte Est, aux forces américaines de frapper des cibles militaires iraniennes dans le sud du golfe Persique. Nos forces ont attaqué les plateformes pétrolières de Sirri et de Sassan[iii], dans le sud du golfe. Ces plateformes servent de stations radar de commandement et de contrôle à l’armée iranienne. Les attaques sont en cours à l’heure actuelle. Ces mesures ont été prises en réponse à la reprise récente par l’Iran de ses opérations de pose de mines dans les eaux internationales et à son attaque à la mine contre l’U.S.S. Samuel B. Roberts. Le gouvernement iranien a été averti à plusieurs reprises des conséquences de tels actes hostiles.
Nos mesures ont été prises à l’issue de consultations avec les dirigeants du Congrès et après en avoir informé les gouvernements amis. Elles visent à dissuader l’Iran de poursuivre ses activités de minage. Elles constituent une réponse mesurée à l’usage illégal de la force par l’Iran à l’encontre des États-Unis ainsi qu’aux nombreuses violations par l’Iran des droits d’autres États non belligérants. Elles constituent en outre un exercice légitime du droit inhérent des États-Unis à la légitime défense, en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations unies[iv]. Le président du Conseil de sécurité des Nations unies est dûment informé de ces mesures.
Nous avons répété à maintes reprises à l’Iran que nous ne souhaitons pas de confrontation militaire, mais le gouvernement iranien doit comprendre que nous protégerons nos navires et nos intérêts contre toute attaque non provoquée. Nous appelons de tout cœur à la fin des tensions dans la région et à la fin de la guerre Iran-Irak. Cela profiterait aux populations des deux pays, qui ont tant souffert de ce conflit brutal. Nous exhortons l’Iran à accepter la résolution 598 du Conseil de sécurité[v] et à consentir à sa mise en œuvre rapide et complète. L’Iran n’a rien à gagner à la poursuite de la guerre. Le ministère de la Défense tiendra une conférence de presse dans le courant de la matinée, dès que nous disposerons de plus amples informations. Nous recevons actuellement des informations de manière continue.
Source originale : Statement by Assistant to the President for Press Relations Fitzwater on the United States Military Strike in the Persian Gulf | Ronald Reagan
Illustration : mark Einstein/Shutterstock.com
[i] Succession d’attaques conduites à la fois par l’Iran et l’Irak, et leurs alliés, contre des navires marchands dans le Golfe et le détroit d’Ormuz entre 1981 et 1988.
[ii] Marlin Fitzwater est à l’époque le porte‑parole de la Maison-Blanche, et par conséquent un acteur clé de la communication stratégique américaine.
[iii] Sites centraux de cette bataille navale, connus dès cette époque pour leur histoire pétrolière.
[iv] Qui énonce qu’« aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. »
[v] Cette résolution doit imposer un cessez-le-feu à l’Iran – https://digitallibrary.un.org/record/137345.















