La présidentielle sature l’espace politique ; elle obsède les candidats qui n’agissent plus qu’en fonction de cette échéance. Pourtant, la campagne électorale ne peut pas démarrer tant que l’examen du Budget n’a pas eu lieu au Parlement. Avant la déclinaison des programmes et leurs éventuelles convergences, ce vote marquera le positionnement des prétendants à l’Élysée.
Qu’ils siègent à l’Assemblée nationale ou non, qu’ils mettent en avant leur détermination sans faille ou qu’ils bataillent entre eux dans le cadre d’une primaire, les candidats devront se soumettre à une question simple : sont-ils pour ou contre le Budget proposé par le gouvernement, plus ou moins amendé par le Parlement ?
Depuis la dissolution de 2024, la discussion budgétaire a changé de nature. Avant cette élection, le vote du Budget déterminait le clivage entre majorité et opposition. Ceux qui approuvaient le Budget faisaient cause commune avec le gouvernement. Le clivage a désormais évolué. Le PS a pu voter le projet de loi de financement de la sécurité sociale l’an dernier car il voulait porter à son crédit la suspension de la réforme des retraites. Il n’en fait pas, pour autant, partie de la majorité. La position de LR est elle aussi très nuancée. Bruno Retailleau, président du mouvement, candidat à la présidentielle, se positionne dans l’opposition au bloc central, mais il a pourtant appartenu au gouvernement jusqu’en octobre 2025.
L’approche de la présidentielle devrait conduire les candidats à effacer les subtilités de l’an dernier. Comment se distinguer des oppositions frontales du RN et de LFI, sans basculer dans l’extrémisme ? Comment assumer un profil de parti de gouvernement sans verser dans une conciliation proche de l’adhésion ?
Sébastien Lecornu, dont l’avenir dépend de sa capacité à surmonter cette épreuve budgétaire, a délimité le terrain de jeu : des mesures difficiles maintenant ou brutales plus tard, assumées par le prochain président. Autrement dit, les candidats qui se projettent réellement à l’Élysée n’auront pas trop le choix, s’ils s’opposent à son Budget, c’est qu’ils sont prêts à promettre le meilleur aujourd’hui en sachant qu’ils feront le pire demain.
Certes, une partie de la gauche peut refuser ce Budget en assurant que la dette n’est pas un sujet et qu’une bonne partie peut en être annulée, comme l’assure Jean-Luc Mélenchon. D’autres présenteront des contre-propositions à l’appui de leur position. Tous devront s’en expliquer devant les Français.
Car la dette et les déficits publics font désormais partie des préoccupations des électeurs. Coïncidence ou pas, c’est au cours de l’année 2024/2025, quand le feuilleton du débat budgétaire a rythmé l’actualité politique – du fait de l’absence de majorité gouvernementale au Parlement – que ces thèmes sont devenus prépondérants. 81 % des personnes interrogées par Odoxa se disaient préoccupées par la dette et les déficits en février 2025. Le sondage Elabe publié par Les Échos récemment recense 85 % des Français qui jugent urgent d’agir sur l’endettement de l’État. Aucun candidat ne pourra l’ignorer dans les prochaines semaines.
Marie-Eve Malouines
Editorialiste politique













