Dans un système international toujours globalisé mais de plus en plus fragmenté, la capacité de la France à peser dans le monde dépendra de sa faculté à produire, innover, investir et renforcer sa compétitivité. Elle reposera aussi sur son capital humain : des décideurs publics, dirigeants et entrepreneurs capables de comprendre les enjeux géopolitiques, économiques et des affaires internationales.
La France aborde l’élection présidentielle de 2027 dans un climat politique de plus en plus polarisé. Immigration, sécurité, identité nationale, pouvoir d’achat et autorité des institutions devraient occuper une place importante dans la campagne.
Le paysage médiatique lui-même est devenu une composante de cette confrontation. Une récente enquête de Reuters souligne l’influence croissante de CNews qui dépasse les seuls chiffres d’audience et contribue à structurer certains sujets du débat public.
Mais derrière ces fractures se pose une question plus structurelle : comment préserver la capacité de la France à créer de la richesse, à continuer de peser et à défendre ses intérêts dans un système international toujours globalisé, mais de plus en plus fragmenté ?
Pouvoir d’achat, sécurité et priorités de 2027
À l’approche de 2027, les préoccupations des Français combinent étroitement économie et sécurité. Selon Ipsos, en août 2026, 36 % citaient la criminalité et la violence parmi leurs principales inquiétudes, devant l’inflation à 34 %, tandis que 91 % jugeaient mauvaise la situation économique du pays. Le Baromètre de la République 2026 montre parallèlement que le pouvoir d’achat et le niveau de vie constituent le premier sujet que les Français souhaitent voir au cœur de la campagne présidentielle, à 34 %.
Tableau 1 — Principales préoccupations des Français en août 2026
Répondre aux inquiétudes immédiates sur le niveau de vie et la sécurité ne peut être dissocié d’un enjeu plus structurel : la capacité de la France à créer de la richesse, investir, innover et renforcer sa compétitivité.
Une base économique encore solide
La France ne part pas d’une position de marginalité économique. Selon les données du FMI, son PIB nominal devrait atteindre environ 3 560 milliards de dollars en 2026. Parmi les principales économies de l’Union européenne, elle se situe derrière l’Allemagne, mais devant l’Italie et l’Espagne.
Tableau 2 — La France parmi les principales économies de l’Union européenne en 2026
Les projections du FMI indiquent aussi un PIB nominal français supérieur à 4 000 milliards de dollars autour de 2030-2031. Mais la taille ne suffit pas. Exprimé en dollars courants, le PIB mesure d’abord la taille nominale de l’économie ; il ne garantit pas une amélioration de la productivité, de la compétitivité ou du niveau de vie.
Transformer les atouts en puissance économique
La France dispose pourtant de leviers importants. Business France la présente comme la première destination européenne pour les projets d’investissements étrangers depuis 2019 et pour les investissements industriels depuis 2017. En 2025, elle occupait également la première place européenne pour les investissements étrangers dans l’intelligence artificielle.
Business France estime aussi la productivité horaire française à 82 dollars, soit 21 % au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, tandis que le coût unitaire du travail est inférieur de 7,4 % à cette moyenne. Dans le même temps, la France se classe au deuxième rang de l’Union européenne pour les dépenses de recherche et développement et au deuxième rang européen pour le nombre de brevets déposés.
Le défi est désormais de convertir ces atouts en création de richesse, compétitivité, innovation et capacités industrielles et technologiques durables. Cela suppose de mieux transformer l’attractivité du territoire en capacités productives, de soutenir l’investissement dans les technologies d’avenir, de préserver les avantages liés aux compétences, aux infrastructures et à une électricité largement bas carbone, et de renforcer l’internationalisation des entreprises françaises.
Cette transformation repose aussi sur le capital humain : une population bien formée, mais également des décideurs publics, dirigeants et entrepreneurs capables de comprendre les mutations du système international, les rapports de force géopolitiques et leurs conséquences sur le commerce, l’investissement et les stratégies d’entreprise.
Quand l’économie devient un instrument de puissance
La France demeure une puissance internationale importante par son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, sa dissuasion nucléaire, ses forces armées, son réseau diplomatique et son rayonnement culturel. Mais les instruments de puissance ont évolué. Commerce, sanctions, énergie, technologies, investissements, monnaies, matières premières et chaînes d’approvisionnement servent désormais aussi des objectifs géopolitiques.
La puissance économique n’est donc plus seulement nécessaire à la prospérité intérieure, elle devient elle-même un instrument de politique étrangère.
La guerre en Ukraine et les conflits au Moyen-Orient montrent pourquoi. Énergie, approvisionnements et grandes routes commerciales peuvent affecter directement la France. Les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb rappellent qu’un choc lointain peut avoir des effets concrets sur l’activité française.
La France continuera d’agir avec ses partenaires. L’OTAN demeure un cadre fondamental de sa sécurité, les États-Unis restent un allié majeur et la coopération européenne peut amplifier son influence. Mais les alliances amplifient les capacités nationales ; elles ne les remplacent pas.
L’un des enjeux de 2027 sera donc de répondre aux préoccupations immédiates des Français — pouvoir d’achat, niveau de vie et sécurité — tout en renforçant les conditions permettant au pays de créer durablement de la richesse et de préserver sa capacité d’action.
Kambiz Zare
Professeur à KEDGE business school



















