1 image, 1 jour

 

Les professionnels de santé sont en première ligne, ils prennent la parole. De façon diverse, certains quotidiennement sur les chaînes d’info, ils viennent dire la gravité de la situation… D’autres annoncent des recherches stupéfiantes et visiblement efficaces et sont pourtant mis immédiatement en doute ; c’est le fameux Pr Raoult et son traitement, la Chloroquine. Paris ne veut pas l’entendre… Pourquoi ? Raison ? Déraison ? On ne sait plus trop en fait…  

La santé, ce parent devenu pauvre dans un pays qui tirait pourtant sa fierté de sa légendaire Sécurité sociale, la santé délaissée est devenue le « la » de notre quotidien.

Et puis, dans cette lugubre ambiance, certains crient leur colère.

Des soignants ont déposé plainte contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn, et d’autres, de façon moins officielle, font irruption dans le paysage, via cette photo qui nous interpelle, qui débarque tout en couleurs et en gestes. Avec cette légende, engagée, qui pointe l’incohérence.  

La photo aurait pu être en noir et blanc, comme une intemporalité, une posture figée ; mais, subitement c’est ce lilas flashy qui saute aux yeux.

Lilas, en langue des oiseaux, ou par jeu Lacanien, « lis-là », lui donne une dimension injonctive, impérative. Tu vas lire oui ? Et en effet, elles interpellent et comment ! Le geste majeur est là, définitivement là et bien visible. Le girl power s’exprime et le rose cliché est devenu violet de colère…  Sont-elles infirmières ? Aides-soignantes ? Leurs blouses semblent l’indiquer. Ce sont elles qui font les fondations de l’hôpital, elles que le néo libéralisme pour les nuls, ce New Public management vide de sens, met en péril tant financier que sanitaire…

Alors oui, la question est posée : peut-on en même temps voter pour la destruction des services publics et applaudir un service public agonisant qui n’a pas d’autre choix que de sauver la population ? 

Image en violet. Violent ? Viole-les ? Tu nous as violées ? L’hôpital violé ? La santé aussi ? Heureusement, elles se protègent, elles sont guerrières face au virus de l’austérité : filtre UV coloré, masques, et gestes barrières comme on dit…  Des masques, pas des voilettes violettes, non des masques. Des masques qui laissent apparaître la rage mais aussi un bout de visages de ces femmes. Elles ne sont pas que blouses et gants, elles sont des vies, elles sont des humaines reliées à leur famille/ami.e.s par cet iphone posé sur la table. 

Le violet, parlons en ; en symbolique, cette couleur est un mélange de rouge et de bleu, autrement dit, il conduit le corps vers l’esprit, il désincarne, spiritualise… L’âme quittant le corps…

On pourrait presque entendre : « Virus et vous qui votez Macron et qui nous applaudissez à 20h, quittez ces corps et suivez ces doigts qui montrent le ciel ! »

Le « en même temps » est décapité.

Virginie Martin, politiste, professeure-chercheure à Kedge Business School, co-presidente du Conseil scientifique de la Revue Politique et Parlementaire

Eric Van de Valle, sémiologue