L’intuition clinique qui m’a poussée à créer la première consultation « souffrance et travail », en 1995 à la Maison de Nanterre, s’appuyait sur la perception chez mes patients de tableaux cliniques inhabituels, d’une intensité féroce. Ils présentaient tous de spectaculaires tableaux de temps de guerre, les yeux hagards, en apnée, la peur au ventre. Ils faisaient des cauchemars sur leur travail, revivaient constamment les critiques virulentes à leur égard, évitaient à tout prix le quartier de leur entreprise. Car pour eux, dehors, tout faisait sens : un parfum, une voiture croisée dans la rue, le panneau avec le sigle de l’entreprise, la ligne du métro...