Le Premier ministre est décidé à montrer aux Français qu’il continue de travailler, malgré la campagne présidentielle qui s’ouvrira après les élections municipales de mars. Mais, face à un calendrier parlementaire surchargé, il va devoir effectuer des choix.
Lorsque Edouard Philippe avait prédit, peu après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, qu’il ne se passerait « plus rien » pendant deux ans, on avait eu tendance à le croire. Sans majorité, quel projet d’envergure Emmanuel Macron et son gouvernement pouvaient-ils faire adopter ? La suite a prouvé que le maire du Havre n’avait pas tort, si l’on s’en tient à la seule séquence du budget, laborieuse et interminable.
Et pourtant… On frôle l’embouteillage au Parlement. Au point que les conférences des présidents, celle de l’Assemblée mardi matin, puis celle du Sénat le lendemain, était très attendue par les différents groupes politique pour connaître le programme législatif envisagé par Sébastien Lecornu jusqu’au 14 juillet. Auparavant, le Premier ministre avait reçu à Matignon Gérard Larcher et les pontes du Sénat afin de lever quelques malentendus. Le président du Sénat, exaspéré par le flou parlementaire avait en effet annulé la conférence des présidents la semaine dernière. Une première. Le lien étant désormais rétabli avec la Chambre haute, les choses s’éclaircissent. Une chose est sûre : Larcher ne veut pas entendre parler de session extraordinaire après le 14 juillet en raison des élections sénatoriales en septembre.
Du coup, il va falloir caser pas moins d’une dizaine de textes entre le 22 mars et le 14 juillet, soit en trois mois et demi ! Au programme, entre autres, la loi sur la fin de vie, le projet de loi constitutionnelle réformant le corps électoral en Nouvelle-Calédonie suivi d’un Congrès des deux chambres à Versailles, les projets de loi sur la Justice, celui sur l’urgence agricole, l’actualisation de la loi de programmation miliaire en avril, pour être adoptée avant le discours aux Armées du président de la République le 13 juillet, le projet de loi sur l’aide sociale unique, et on en passe…
Pari impossible ? Qu’importe ! L’essentiel pour le Premier ministre est de montrer qu’il est plus que jamais à la tâche, et que le printemps 2026 sera utile, en dépit de la campagne présidentielle qui s’ouvrira très vite après les élections municipales. Mais compte tenu de ce calendrier hyper chargé, il lui faudra opérer des choix. La grande loi de décentralisation, promise aux élus locaux, pourrait ainsi passer à la trappe, de même que celle sur la fin de vie, du moins le volet sur « l’aide à mourir » dont Lecornu n’est pas un farouche partisan. A en croire des sources sénatoriales, le deuxième volet sur les soins palliatifs -voulu par François Bayrou qui avait décidé de scinder le texte en deux- pourrait, lui, être adopté. Dans cette hypothèse, ce serait une victoire à retardement, et inattendue, pour le maire de Pau.
Carole Barjon
Editorialiste politique











