Les auditions de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public ont tourné à l’affrontement. Pour finir, une seule question s’est imposée : faut-il être pour ou contre le service public tel qu’il existe aujourd’hui ? C’est dommage. Les transformations de la production et de la diffusion de l’information (qui se multiplie selon les supports) méritaient un débat plus posé. À l’heure où l’IA peut fabriquer des contenus faux, parfois très convaincants, il aurait été utile de discuter du rôle d’une information exigeante et moins dépendante des logiques commerciales.
Or, le rapporteur, Charles Alloncle — comme d’autres députés avant lui — a surtout utilisé ces auditions pour mettre en scène un affrontement politique très polarisé. Le député UDR y a gagné en visibilité. Et il s’est inscrit dans le clivage qu’il a réussi à installer : d’un côté, les défenseurs du service public, souvent en opposition à CNews et, plus largement, aux médias du groupe Bolloré ; de l’autre, ses détracteurs, adeptes de ces médias privés et volontairement politisés.
Qu’on l’approuve ou non, la progression de CNews et des médias du groupe Bolloré a bousculé le paysage. Jusqu’ici, les différences de lignes éditoriales se cantonnaient à la presse écrite. Personne n’attendait le même traitement de l’actualité dans Le Figaro et Libération : chacun choisissait le journal qui correspondait le mieux à ses sensibilités.
Dans l’audiovisuel, la logique est différente. Les chaînes généralistes, et leurs déclinaisons en chaînes d’information en continu, s’invitent dans tous les foyers. Longtemps, aucune n’a revendiqué un positionnement politique explicite, même si certaines ont pu être accusées de pencher d’un côté ou de l’autre. Avec CNews, la donne a changé : la chaîne revendique et progresse grâce à un ancrage très à droite. Et, comme en télévision rien n’est plus efficace qu’une controverse organisée comme un duel « pour/contre », CNews s’est choisi un adversaire : le service public. Le reste du paysage médiatique s’est en grande partie aligné sur cette opposition.
La liberté d’expression permet à CNews de défendre cette ligne. Mais beaucoup de journalistes et de responsables de médias ont surtout concentré leurs critiques sur la « dérive » de la chaîne, sans toujours poser la question centrale : quel doit être le rôle du service public dans les décennies à venir ? Comment organiser un média commun qui résiste à cette évolution ? En réaction, ces dénonciations ont parfois renforcé la notoriété de CNews et donné plus de poids à ce clivage. De la même manière que la vie politique oppose la droite à la gauche, le paysage médiatique tend désormais à se focaliser sur le choix d’un camp : pour ou contre les médias du groupe Bolloré — et, inversement, pour ou contre le service public.
C’est dans ce contexte que Charles Alloncle a mené ses auditions. En pratique, elles ont souvent renforcé un clivage réducteur, qui laisse peu de place à une réflexion sur l’avenir d’une information indépendante, fiable et équilibrée. Or, dans un paysage où les fausses informations circulent vite, il est difficile d’agir sans risquer d’empiéter sur la liberté de la presse.
Cette question mériterait un débat de fond. Visiblement, ce n’était pas l’objectif du rapporteur.
Marie-Eve Malouines,
Éditorialiste politique













