Une victoire de tous ceux qui se préoccupent du logement des ménages français: ce thème, après des années de mépris, est désormais parmi les plus traités dans le discours public, notamment lors de la récente campagne des municipales, mais aussi dans l’action publique. Le plan de relance annoncé par le Premier ministre en témoigne. Qu’e, sera-t-il pour les présidentielles? La filière n’entend pas en rester là: elle veut désormais qu’une authentique politique du logement, non seulement un programme de soins intensifs et urgents, soit pensée par les candidats. Le travail de conviction a commencé.
La barre est placée plus haut que lors des autres échéances électorales. Encore lors des récentes élections municipales, la filière du logement, les organisations professionnelles bien sûr, mais aussi le monde associatif, s’est mobilisée pour que le logement compte parmi les sujets lourds des programmes des candidats. Au demeurant, ces efforts ont porté leurs fruits et la plupart des maires élus ont pris des engagements pour faciliter le logement de leurs administrés. Pour l’élection à venir, qui portera un candidat ou une candidate à la magistrature suprême, les exigences des acteurs sont supérieures: non pas seulement que le logement soit évoqué, mais qu’il le soit avec une authentique vision du redressement du secteur. C’est une autre paire de manches.
Objectivement, l’actuel gouvernement semble avoir entendu cette exigence. D’évidence, le plan de redressement que le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté à Marseille le 23 avril dernier, avec à son côté le ministre de la ville et du logement Vincent Jeanbrun, anticipé sur les présidentielle. On en a deux indices. Le premier, au fond le moins important, est relatif à l’inspiration de quelques mesures prises dans le paradigme du parti outsider, le Rassemblement national: l’assouplissement des exigences en matière de performance énergétique des logements locatifs, qui coupe un peu l’herbe sous les pieds de ceux, à l’extrême droite, qui promettaient un retour en arrière sur la loi Climat résilience en cas d’accès au pouvoir, mais aussi la préoccupation de rétablir l’ordre, avec un programme de rénovation urbaine comprenant des mesures de lutte contre le narco-trafic dans les quartiers sensibles… On sent bien que la bataille a commencé.
Le second indice démontre que le bloc central -comme on le désigne désormais-, aujourd’hui aux affaires, a voulu passer de l’impressionnisme à la vision d’ensemble. Le plan de relance emprunte à tous les compartiments du jeu, la fiscalité, la transition écologique, l’urbanisme, l’aménagement du territoire, la simplification, la décentralisation et les prérogatives des maires, le logement privé et les HLM. En outre, il s’inscrit dans l’urgence et dans le temps long, autre vertu. De mémoire d’acteur du logement, il y avait longtemps que l’exécutif n’avait pris cette peine. Pour le dire autrement, ce plan est animé d’une logique interne et il témoigne d’une pensée. Pas question ici d’absolution, mais d’honnêteté intellectuelle: le gouvernement fournit une structure au débat parlementaire et il pourra sortir de l’examen par les Chambres et du vote un authentique texte programmatique.
Cette initiative inattendue montre la voie aux candidats et aux partis politiques qui entreront en lice. Les parties prenantes du logement vont de toute façon les y incliner et le mouvement a déjà commencé. Dans la discrétion, souvent gage d’efficacité, des rencontres ont lieu entre les professionnels et les pouvoirs publics, en vue de demain. Les formules sont diverses. Ainsi, des candidats potentiels, à la faveur d’apéritifs chez l’habitant, vont au contact avec des personnalités de l’immobilier, pour échanger librement, les yeux dans les yeux. Ailleurs, les grandes organisations professionnelles, de concert, invitent les parlementaires locaux, des maires, mais aussi les services déconcentrés de l’État, la préfecture en tête, ou encore les directions et les agences territoriales. C’est ce qu’a fait lundi dernier l’Alliance des professions de la construction et de l’immobilier du Centre Val-de-Loire, réunissant l’UNICEM, la FFB, la FTP, la FPI et la FNAIM, c’est-à-dire toute la filière des matériaux de construction aux services immobiliers, transaction et gestion, en passant par les travaux publics, le bâtiment et la promotion. Une réunion didactique, où les grands enjeux ont été identifiés et chiffrés par la filière, pour dessiner une coopération avec les acteurs publics. Cette Alliance régionale a d’ailleurs préfiguré l’Alliance pour le logement, créée en 2023, et rassemblant une dizaine d’organisations professionnelles à l’échelon national.
Ces initiatives vont se multiplier. Aucune autre élection nationale ne les avait provoquées de la sorte. Pourquoi ce changement? Parce que logement n’est pas en crise, mais qu’il dysfonctionne structurellement et appelle non plus un traitement mais une analyse de fond et le déploiement d’une politique à part entière. Une mesure phare, dans l’ordre du marketing électoral, ne suffira pas. Lors des autres scrutins présidentiels, une annonce forte avait tenu lieu de marqueur logement, l’encadrement des loyers pour François Hollande, la France de propriétaires pour Nicolas Sarkozy ou la suppression de la taxe d’habitation pour Emmanuel Macron. Un authentique besoin d’intelligence politique pour le logement.
Henry Buzy-Cazaux,
président fondateur de l’Institut du Management des Services Immobiliers



















