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Discours de Charles de Gaulle suite au drame de Mers el Kébir

RedactionParRedaction
3 juillet 2026
Discours de Charles de Gaulle suite au drame de Mers el Kébir

Suite à l‘armistice franco-allemand du 22 juin 1940, les Anglais, se retrouvant seuls contre la puissance nazie, tremblent que la flotte française, puissante et opérationnelle, ne tombe entre les mains des Allemands. Churchill décide alors, dans le cadre de l’opération Catapult, de s’emparer de navires de guerre français, et demande de mettre hors de portée de l’ennemi l’ensemble de la flotte alors commandée par Darlan. Derrière cette opération, il y a bien sûr la volonté de Churchill d’ôter aux Allemands toute possibilité de retourner contre les intérêts anglais une partie de la force maritime française. Une telle prise de la rade par les Allemands aurait des implications majeures sur l’équilibre naval en Méditerranée, qu’il fallait à tout prix éviter. Mais cette décision est également poussée par des considérations politiques internes aux alliés. En rompant définitivement avec le gouvernement de Vichy, le premier ministre britannique montre qu’il est déterminé à poursuivre la guerre, alors que certains membres de son cabinet comme Lord Halifax appellent à composer avec Vichy. Churchill garantit à Roosevelt que le Royaume-Uni se battra jusqu’au bout et sera prêt en toutes circonstances à privilégier l’Alliance. 

Le 3 juillet, peu avant 18 heures, tirant les conséquences de l’échec des négociations tendues avec l’amiral français Marcel Gensoul, les Anglais ouvrent le feu sur l’escadre, composée de célèbres croiseurs ou cuirassés : Dunkerque, Strasbourg, Provence, Bretagne, ainsi que de 15 torpilleurs et 6 sous-marins. Au total, le bombardement fait près de 1 300 morts chez les marins français. L’attaque de Mers el-Kébir a des répercussions considérables sur le cours de la guerre. Le président Roosevelt tout comme Hitler savent désormais que les Anglais ne renonceront pas à la lutte. Les députés anglais se voient également assurés des résolutions de Churchill, gratifié d’une ovation dans les Communes. 

En France, les réactions sont immédiates, violentes et amères. La brutalité et l’ampleur de l’attaque réveillent une anglophobie en sommeil, dont les partisans de la collaboration vont tirer le meilleur parti. Une semaine plus tard, le 10 juillet, l’Assemblée nationale – Chambre des députés et Sénat réunis – vote à une écrasante majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Pour de Gaulle, qui peine encore à rassembler autour de lui les premières forces de la Résistance, deux semaines après son discours du 18 juin, l’événement est une déchirure : témoignant sa solidarité profonde avec le sort des Français et de la marine nationale, il décide toutefois de défendre l’opportunité de cette décision, au prix de défections nombreuses qu’il pressent dans ses rangs. 

La Revue politique et parlementaire publie ce discours, prononcé le 8 juillet sur les ondes de la BBC.

—–

Dans la liquidation momentanée de la force française, qui fait suite à la capitulation, un épisode particulièrement cruel a eu lieu le 3 juillet. Je veux parler, on le comprend, de l’affreuse canonnade d’Oran. J’en parlerai nettement, sans détour, car, dans un drame où chaque peuple joue sa vie, il faut que les hommes de cœur aient le courage de voir les choses en face et de les dire avec franchise. Je dirai d’abord ceci : il n’est pas un Français qui n’ait appris avec douleur et avec colère que des navires de la flotte française avaient été coulés par nos Alliés. Cette douleur, cette colère, viennent du plus profond de nous mêmes. Il n’y a aucune raison de composer avec elles ; quant à moi, je les exprime ouvertement. Aussi, m’adressant aux Anglais, je les invite à nous épargner et à s’épargner à eux-mêmes toute représentation de cette odieuse tragédie comme un succès naval direct. Ce serait injuste et déplacé. Les navires d’Oran étaient, en réalité, hors d’état de se battre. Ils se trouvaient au mouillage, sans aucune possibilité de manœuvre ou de dispersion, avec des chefs et des équipages rongés depuis quinze jours par les pires épreuves morales. Ils ont laissé aux navires anglais les premières salves qui, chacun le sait, sont décisives sur mer à de telles distances. Leur destruction n’est pas le résultat d’un combat glorieux. Voilà ce qu’un soldat français déclare aux alliés anglais, avec d’autant plus de netteté qu’il éprouve à leur égard plus d’estime en matière navale. Ensuite, m’adressant aux Français, je leur demande de considérer le fond des choses du seul point de vue qui doive finalement compter, c’est-à-dire du point de vue de la victoire et de la délivrance. En vertu d’un engagement déshonorant, le Gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l’ennemi. Il n’y a pas le moindre doute que, par principe et par nécessité, l’ennemi les aurait un jour employés, soit contre l’Angleterre, soit contre notre propre Empire. Eh bien ! je dis sans ambages qu’il vaut mieux qu’ils aient été détruits. J’aime mieux savoir, même le Dunkerque, notre beau, notre cher, notre puissant Dunkerque, échoué devant Mers-el-Kébir, que de le voir un jour, monté par des Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar. En amenant cette canonnade fratricide, puis en cherchant à détourner sur des Alliés trahis l’irritation des Français, le Gouvernement qui fut à Bordeaux est dans son rôle, dans son rôle de servitude. En exploitant l’événement pour exciter l’un contre l’autre le peuple anglais et le peuple français, l’ennemi est dans son rôle, dans son rôle de conquérant. En tenant le drame pour ce qu’il est, je veux dire pour déplorable et détestable, mais en empêchant qu’il ait pour conséquence l’opposition morale des Anglais et des Français, tous les hommes clairvoyants des deux peuples sont dans leur rôle, dans leur rôle de patriotes. Les Anglais qui réfléchissent ne peuvent ignorer qu’il n’y aurait pour eux aucune victoire possible si jamais l’âme de la France passait à l’ennemi. Les Français dignes de ce nom ne peuvent méconnaître que la défaite anglaise scellerait pour toujours leur asservissement. Quoi qu’il arrive, même si l’un des deux est, pour un temps, tombé sous le joug de l’ennemi commun, nos deux vieux peuples, nos deux grands peuples, demeurent liés l’un à l’autre. Ils succomberont tous les deux ou bien ils gagneront ensemble. Quant à ceux des Français qui demeurent encore libres d’agir suivant l’honneur et l’intérêt de la France, je déclare en leur nom qu’ils ont, une fois pour toutes, pris leur dure résolution. Ils ont pris, une fois pour toutes, la résolution de combattre.

Charles de Gaulle, sur la BBC le 8 juillet 1940.  

 

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