Que ferait un président des États-Unis désireux de renforcer encore la présence des hommes blancs aux postes de pouvoir, d’influence et de richesse ? La réponse peut être présentée sous la forme de huit orientations politiques structurantes, dont la cohérence apparaît à mesure qu’on en observe la mise en œuvre.
UNE REMISE EN CAUSE DES UNIVERSITÉS D’ÉLITE
Depuis plus d’un siècle, les grandes universités américaines constituent un puissant vecteur d’ascension sociale et un vivier privilégié des élites politiques, économiques et académiques. Leur influence dépasse largement leur taille. Or, jusqu’à une période récente, ces institutions affichaient un engagement explicite en faveur de la diversité, qu’elle soit raciale, ethnique ou de genre.
L’administration Trump a profondément remis en cause cet équilibre. Elle a exigé la suppression des politiques de promotion de la diversité, la fin des programmes de soutien aux minorités et un recul significatif des recherches portant sur ces questions. Dans le cas de Harvard, les menaces ont été d’une ampleur exceptionnelle : suppression de financements, retrait d’accréditation, remise en cause des visas des étudiants étrangers, voire taxation spécifique de son fonds de dotation.
Dans le prolongement de l’arrêt de la Cour suprême de 2023 mettant fin à la discrimination positive fondée sur la race, ces mesures ont contribué à une diminution notable de la présence des étudiants issus des minorités dans les établissements les plus sélectifs. La pression exercée sur les décisions d’admission et de recrutement incite désormais à la prudence, voire à l’autocensure.
UN AFFAIBLISSEMENT DE LA RECHERCHE SUR LA DIVERSITÉ
Alors même qu’un corpus scientifique considérable a établi les effets positifs de la diversité – amélioration des apprentissages, enrichissement des travaux de recherche, qualité accrue de la prise de décision –, les financements dédiés à ces études ont été supprimés.
Plus encore, certaines recherches médicales ciblant les spécificités des femmes ou des populations non blanches ont également été affectées. Ce recul constitue un frein évident à la production de connaissances, mais il s’inscrit dans une logique politique cohérente.
LE RECUL DES POLITIQUES DE DIVERSITÉ DANS LES ENTREPRISES
Au cours des dernières années, nombre de grandes entreprises américaines avaient adopté – avec des degrés d’engagement variables – des politiques visant à favoriser la diversité de leurs effectifs et de leurs instances dirigeantes. Ces initiatives reposaient notamment sur des données empiriques établissant un lien entre diversité et performance économique.
L’administration Trump a remis en cause cette approche en assimilant ces politiques à des formes de discrimination à l’égard des hommes blancs. Sous la menace de sanctions, de nombreuses entreprises ont renoncé à leurs programmes de diversité, malgré les effets potentiellement négatifs sur leur compétitivité.
LA PRESSION EXERCÉE SUR LES GRANDS CABINETS D’AVOCATS
Le secteur juridique n’a pas échappé à cette dynamique. Les grands cabinets d’avocats américains avaient progressivement intégré des dispositifs visant à diversifier leurs recrutements, notamment à travers la « Mansfield Rule », qui encourageait la présence de candidats issus de la diversité dans les processus de sélection.
Sous l’effet de pressions réglementaires et politiques, ces dispositifs ont été suspendus ou abandonnés. Cette évolution intervient dans un contexte où les viviers de recrutement eux-mêmes tendent à se réduire, du fait des transformations affectant les universités.
UNE POLITIQUE DE NOMINATIONS FÉDÉRALES PEU DIVERSIFIÉE
Les premières données disponibles sur les nominations fédérales de la nouvelle administration font apparaître une sous-représentation marquée des minorités et des femmes. Parallèlement, plusieurs responsables de haut niveau, en particulier des femmes noires, ont été écartés de leurs fonctions.
Ces évolutions interrogent, au regard des travaux soulignant l’impact positif de la diversité sur la qualité des décisions publiques.
UNE REDÉFINITION DU DROIT DES DISCRIMINATIONS
Deux décisions majeures illustrent cette orientation.
D’une part, l’abrogation d’un décret présidentiel de 1965 interdisant les discriminations chez les contractants publics.
D’autre part, la remise en cause du concept d’« impact discriminatoire », pourtant central dans la jurisprudence américaine depuis les années 1970.
Ces mesures réduisent sensiblement la capacité des individus à contester des pratiques discriminatoires.
LA PROMOTION D’UN RÉCIT DE VICTIMISATION
Le discours politique accompagne ces transformations. Le président Trump et certains responsables administratifs soutiennent que les hommes blancs seraient désormais désavantagés par les politiques de diversité et les lois relatives aux droits civiques.
Cette thèse apparaît pourtant en contradiction avec les données disponibles, qui montrent que, à niveau d’éducation comparable, les hommes blancs bénéficient toujours d’un avantage significatif en matière d’emploi, de revenus et de patrimoine.
LA CONTESTATION DU PRINCIPE DE DIVERSITÉ
Au-delà des mesures concrètes, c’est le principe même de la diversité comme bien social qui est remis en cause. Celui-ci repose sur l’idée que la confrontation de points de vue différents favorise l’innovation, améliore les décisions collectives et renforce le débat démocratique.
Ce principe s’inscrit dans une tradition intellectuelle ancienne, allant de John Stuart Mill à la jurisprudence américaine contemporaine. Il a également fait l’objet de nombreuses validations empiriques.
L’ensemble de ces orientations dessine une ligne politique cohérente. Elles peuvent être interprétées comme autant de leviers visant à renforcer la position relative des hommes blancs dans les structures de pouvoir. Reste à savoir si ces choix, au-delà de leurs effets immédiats, ne risquent pas d’affaiblir durablement les institutions qu’ils prétendent réformer.
David B. OPPENHEIMER
Professeur de droit (clinique), Université de Californie, Berkeley

















