Quand nos lycéennes et nos lycéens se mobilisent pour réclamer des conditions d’études dignes, des équipes éducatives complètes, des établissements correctement équipés et les moyens nécessaires à leur réussite, ils ne demandent aucun privilège. Ils demandent simplement à la République de tenir sa promesse d’égalité.
Car derrière cette mobilisation se trouve une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : notre école ne donne pas partout les mêmes chances. Les inégalités sociales et territoriales pèsent lourdement sur les parcours scolaires. Selon son origine sociale, son quartier, sa commune ou son territoire, un jeune ne dispose pas toujours des mêmes conditions d’apprentissage, des mêmes équipements, du même accompagnement ni des mêmes perspectives.
Le système éducatif français est celui où l’origine sociale et territoriale pèse le plus sur la réussite de nos jeunes.Pour exemple un élève du département de la Seine-Saint-Denis perd l’équivalent d’une année scolaire complète au cous de la scolarité obligatoire !
Ce déterminisme social nourrit une profonde injustice. Elle alimente chez certains jeunes le sentiment d’être relégués, oubliés, voire abandonnés par la République. Lorsque l’égalité des droits semble dépendre du lieu où l’on habite ou de la situation sociale de sa famille, c’est le lien civique lui-même qui se fragilise et se délite.
Le sentiment de séparatisme que nous devons combattre ne peut pas être dissocié de ces fractures sociales et territoriales. Il ne suffit pas de demander aux jeunes de croire en la République : encore faut-il qu’ils puissent constater concrètement qu’elle croit en eux.Car plus la République exclut le ghetto, plus le ghetto exclut la République.
C’est pourquoi les mobilisations doivent être entendues.
La jeunesse a le droit de s’exprimer, de contester, de manifester et de revendiquer. Elle a le droit de demander des comptes à ceux qui prennent les décisions qui engagent son avenir. Cette mobilisation est aussi une forme d’apprentissage de la citoyenneté. Elle ne constitue pas une menace pour la République : elle est une expression saine et porteuse d’espoirs pour notre démocratie républicaine.
Et des réponses doivent être apportées. Non pas des réponses policières indistinctes et inacceptables mais des réponses politiques à la hauteur des enjeux soulevés par une jeunesse angoissée quant à son avenir.
Bien sûr, les violences et les dégradations doivent être condamnées. Leurs auteurs doivent répondre de leurs actes. Mais il faut impérativement distinguer les lycéens mobilisés pacifiquement des casseurs qui peuvent profiter d’un rassemblement pour commettre des actes de violences ou des dégradations qui n’ont rien à voir avec les revendications légitimes exprimées par toute une partie de notre jeunesse.Les casseurs ne sont pas les lycéens.
L’État doit assurer la sécurité de tous, mais il doit aussi protéger la liberté de manifester et garantir une réponse strictement ciblée et proportionnée aux débordements : la République ne peut répondre à une demande de justice par une logique de confrontation.
Car la question posée par ces mobilisations est beaucoup plus profonde : quelle école voulons-nous et quelle place voulons-nous donner à notre jeunesse ?
Une école qui reproduit les inégalités ou une école qui les combat ? Une République qui accepte que les conditions d’études diffèrent selon les territoires ou une République qui garantit réellement l’égalité des chances ? Une jeunesse que l’on soupçonne et que l’on réprime ou une jeunesse que l’on écoute et que l’on respecte ? Une société de la compétition, de l’entre-soi, de l’individualisme ou une société de l’émancipation, de l’altérité et de la fraternité ?
La réponse doit être claire : il faut investir dans l’école, renforcer les équipes éducatives, améliorer les bâtiments et les équipements, lutter contre les inégalités territoriales et sociales, faire de la mixité sociale et scolaire une priorité et donner davantage de moyens aux établissements qui en ont le plus besoin.
L’égalité républicaine ne peut pas être une promesse abstraite. Elle doit devenir réalité dans chaque établissement, dans chaque classe et dans chaque territoire.
Nos lycéens ne sont pas un problème d’ordre public. Ils sont une génération qui demande à la République de tenir parole.
Écoutons-les. Respectons-les. Donnons-leur les moyens de réussir.
Car une République qui abandonne sa jeunesse prépare les fractures de demain quand une République qui investit dans sa jeunesse construit son avenir.
Yannick TRIGANCE
Secrétaire national PS Education
Conseiller régional Ile-de-France
Nos lycéens doivent être écoutés , mais surtout entendus.
Quand nos lycéennes et nos lycéens se mobilisent pour réclamer des conditions d’études dignes,des équipes éducatives complètes, des établissements correctement...
















