À propos de la pandémie de Covid-19

Au moment où j’écris ces lignes, le 1er avril 2020, nous sommes confinés, en pleine épidémie de Covid-19 (pour Coronavirus disease 2019), avec son cortège de mauvaises nouvelles. Certes il ne faut pas céder à la peur, mais il est indispensable de respecter scrupuleusement les « mesures barrières » qui nous sont rappelées par les médias à longueur de journée. Par Pierre Saliou, professeur agrégé du Val de Grâce, membre de l’Académie des sciences d’outre-mer.

Tous les chiffres dont nous sommes abreuvés quotidiennement concernant la progression de la pandémie s’avèrent évidemment inexacts le lendemain. Je n’en citerai donc aucun. Obligatoirement et heureusement, cette pandémie va décroître puis disparaître, mais l’évolution exacte de l’épidémie est impossible à prévoir. L’heure du bilan viendra ultérieurement.

Je voudrais simplement rappeler ici quelques notions qui permettront peut-être aux lecteurs non familiers avec l’épidémiologie descriptive des maladies transmissibles de mieux comprendre comment et pourquoi ce virus appelé Sars-Cov-2 (Sars pour Severe Acute Respiratory Syndrom) agent du Covid-19, est devenu pandémique.

Il convient préalablement de rappeler brièvement la chaîne épidémiologique des maladies transmissibles : l’agent pathogène (bactérie, virus ou parasite) se conserve dans un réservoir (animal, tellurique ou humain) à partir duquel la transmission à l’homme se fait soit directement, essentiellement par voie respiratoire, soit indirectement, par voie digestive ou par l’intermédiaire d’un vecteur (moustique,tique, puce…). Pour diffuser une épidémie à travers le monde, Il est évident que la transmission aérienne directe inter-humaine est la plus efficace. C’est le cas pour le virus Sars-Cov-2.

Une épidémie qui prend naissance dans une région du monde puis qui se répand sur toute la surface de la terre répond à la définition de pandémie comme celle que nous subissons actuellement

Ce n’est pas la première fois que l’humanité est confrontée à une telle crise sanitaire. Depuis la fin du 19e siècle qui marque le début de l’ère pastorienne, quatre pandémies grippales ont déferlé à travers le monde : la terrible grippe dite espagnole de 1918, en fait originaire très vraisemblablement de Chine, qui, en quelques mois, fit une vingtaine de millions de morts (plus que la Grande Guerre !) ; la grippe asiatique de 1958 à laquelle deux à trois millions de décès sont imputés ; la grippe de Hong Kong de 1968, globalement moins meurtrière (environ un million de morts).

Chaque fois, le virus grippal responsable était totalement nouveau pour l’homme, provenant de recombinaisons génétiques avec des virus aviaires.

Ces nouveaux virus, virulents, ont trouvé des récepteurs chez l’homme qui n’avait aucune protection immunologique. Ils ont pu facilement se transmettre par voie respiratoire et diffuser rapidement.

La quatrième pandémie est celle de 2009. Elle est due à un virus apparu au Mexique, résultant d’une recombinaison génétique complexe chez le porc et transmissible à l’homme. Sa diffusion fut incontestablement pandémique. Mais heureusement, au final, il s’est avéré peu virulent. Cependant, les mesures prises à l’époque, en particulier en France, étaient justifiées, l’évolution de ces épidémies étant toujours imprévisibles.

À quand la cinquième pandémie grippale ? Personne ne peut le prévoir…

En fait, au cours de ces dix dernières années les coronavirus ont plus inquiété les bio-épidémiologistes que les virus grippaux. Jusqu’en 2002, cette famille de virus ne donnait lieu chez l’homme qu’à des affections respiratoires bénignes. Ont alors émergé deux coronavirus à l’origine de pneumopathies graves grevées d’une forte létalité, les virus Sars-Cov et Mers-Cov apparus respectivement en Chine et en Arabie Saoudite. Heureusement leur diffusion fut peu importante, surtout pour le Mers resté cantonné au Moyen Orient. En Chine, des recherches ont alors montré que ce premier virus Sars-Cov provenait de chauves-souris vivant dans des grottes reculées. Et il a été démontré que ces mammifères volants hébergeaient d’ailleurs bien d’autres coronavirus en les supportant parfaitement ! Le danger planait donc…

Effectivement, une pneumonie d’origine inconnue apparut dans la ville chinoise de Wuhan en décembre 2019.

Les premières personnes atteintes avaient fréquenté un marché de fruits de mer de la ville sur lequel étaient également vendus des animaux vivants domestiques et sauvages.Rapidement, le virus responsable a été isolé et son génome séquencé. Il a été démontré qu’il était très proche de celui d’un virus isolé chez des chauves-souris, le pangolin ayant été suspecté d’être l’hôte intermédiaire entre les chauves-souris et l’homme, ce qui serait à vérifier.

Franchissant la barrière d’espèce, ce virus s’est tout de suite parfaitement adapté à l’homme en trouvant un bon récepteur sur les cellules du tractus respiratoire humain.

La suite est connue…

Maladie à transmission respiratoire essentiellement directe due à un virus très contagieux, totalement nouveau pour l’homme qui ne possède donc aucune défense immunitaire spécifique, le Covid-19 n’a demandé qu’à se propager de manière pandémique, propagation favorisée bien sûr par les échanges internationaux intervenus avant le confinement quasi généralisé que nous subissons actuellement.

Le drame actuel est constitué par les formes graves qui font trop de victimes, surtout chez les personnes âgées ayant une pathologie sous-jacente qui ne peuvent surmonter le phénomène inflammatoire exacerbé créé par l’atteinte pulmonaire.

Point positif, les formes totalement inapparentes ou pauci-symptomatiques semblent être quand même l’immense majorité des cas, contribuant ainsi à induire une immunité collective qui devrait ralentir puis arrêter la circulation du virus.

En attendant, confinons-nous bien, seule manière actuellement pour canaliser la pandémie et remercions toutes les personnes qui partout à travers le monde se dévouent en prenant des risques pour soigner et faire fonctionner les services indispensables à notre survie !

Pierre Saliou
Professeur agrégé du Val de Grâce
Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer