Accord LR-LREM en PACA pour les régionales : une alliance naturelle ?

Le retrait de la liste LREM de Sophie Cluzel au profit d’une liste LR de « grand rassemblement » conduite par Renaud Muselier en PACA a fait trembler la droite, au point de pousser Christian Jacob à retirer son investiture à Muselier, et à condamner « la peur de perdre des uns » et le « cynisme des autres ». Mais, au-delà de l’opportunisme électoral évident d’une telle manœuvre – qui pourrait s’avérer perdante et donc désastreuse à la fois pour LR et LREM – cet accord ne révèle-t-il pas le caractère somme toute assez naturel d’une telle alliance ?

Nombreux sont ceux qui pensent que non. Parmi plus de 50 000 lecteurs du Figaro.fr, près de 65% estiment que LR devrait présenter une liste propre en PACA. Indépendamment du fait qu’une telle liste signerait définitivement la victoire de Thierry Mariani (RN), cette réponse est symptomatique d’une droite (responsables politiques, électeurs, sympathisants et éditorialistes confondus) qui continue de voir en Marine Le Pen l’ennemi politique par excellence, et qui ne peut se résoudre à l’assimilation à Emmanuel Macron. Un phénomène assez surprenant quand on voit le temps médiatique que leur héro d’hier, Nicolas Sarkozy, a consacré à flatter l’actuel Chef de l’Etat : « Emmanuel Macron, c’est moi en mieux », « Ce type est incroyable ! », etc. Plus surprenant encore quand on voit le nombre de cadres de cette droite LR-canal historique qui ont rejoint la macronie : Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Edouard Philippe, Jean Castex, Franck Riester, Fabienne Keller, Thierry Solère… auxquels il faut ajouter les « Macron compatibles » façon Agir ou Modem, qui sont pléthoriques.

Pourquoi la droite façon LR, dans sa version politique comme intellectuelle, résiste-t-elle à ce que Stéphane Séjourné a considéré comme le « début d’une grande clarification » ? Pourquoi s’entête-t-elle, à l’instar de Vincent Tremolet de Villers dans son éditorial, à considérer que : « La responsabilité de la droite est immense : retrouver souffle, convictions, énergie, vision, courage, pour nous libérer de cette élection négative » ? Pourquoi refuse-t-elle de reconnaître que Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Edouard Balladur, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy sont tous les parrains naturels d’Emmanuel Macron, et que les ralliements des cadres LR au lendemain de la victoire du 7 mai 2017 ne sont pas le fruit d’une trahison, mais celle de la reconnaissance du ventre ? Si Emmanuel Macron a effectivement eu besoin de fracturer cette union bâtarde du RPR et de l’UDF qu’était l’ex-UMP en 2017, pour recruter les cadres de sensibilité libérale-modérée (donc plutôt UDF) il n’aura pas besoin de le faire à nouveau. Car la fracture est béante. La droite est éventrée et les allées et venues sont régulières. Pour le dire autrement, et d’une façon qui ne plaira pas aux nostalgiques de la droite à papa : Emmanuel Macron est l’avenir de la droite (à la fois de la droite libérale et de la droite qui se définit comme gaulliste-sociale).

Cela ne signifie pas qu’Emmanuel Macron est l’incarnation de cette droite sociale-libérale, car il est indéniablement la magnifique incarnation de la gauche libérale et bourgeoise, cosmopolite, multiculturaliste et post-nationale.

Mais il se trouve que c’est cette gauche-là, qui est l’horizon de la droite façon LR. Le libéralisme est un idéal de gauche qui est né avec la Modernité sous sa version politique. S’il a un temps été accaparé par les penseurs de la droite capitaliste, la gauche n’a pas tardé à combler son retard, à insuffler à ce libéralisme économique la dose régulation, de redistribution, de morale, etc., nécessaires pour fonder cet objet conceptuel omniprésent désormais : le néolibéralisme. Toute la période qui va du XVIIIe au XXe siècle prouve que l’histoire du libéralisme est celle d’une boucle politico-économique qui part de la gauche, qui passe par la droite, et qui revient à gauche. Les crises sociétales et les formes actuelles du capitalisme mondialisé (notamment dans ses organes de régulation supra-étatiques) témoignent de ce basculement à gauche du libéralisme contemporain. La droite à papa s’y accroche et revendique le concept de liberté comme s’il lui appartenait en propre, car elle n’a pas compris que cet objet lui avait échappé des mains depuis deux décennies au moins ; qu’il ne lui reviendra pas ; et qu’il ne revêtira plus la forme qu’il avait à l’époque de la société du Mont Pèlerin, ou, plus proche de nous, à l’époque du duo infernal Reagan/Thatcher. Cette époque est révolue.

La question politique que pose le XXIe siècle – et principalement parce qu’il est le siècle du paradigme civilisationnel – est : Que doit-on faire du libéralisme ? Certains disent : Poursuivre l’aventure. D’autres disent : En sortir. Les deux courants majeurs qui divisent et rassemblent à la fois une large part de l’opinion française : Macron/Le Pen, incarnent ces deux types de réponse. Soyons clair : Il n’y en a pas d’autre. Les réponses apportées par LREM et RN sont bien entendues partielles, provisoires, lacunaires, etc. ; elles sont bien évidemment amenées à muter considérablement. Mais elles s’inscriront, quoi qu’il advienne, dans la droite ligne de l’axiome du choix défini ci-dessus : Pour ou contre le libéralisme ? Il faut choisir un camp. La droite LR, en refusant de choisir, se condamne à regarder passer le train de l’Histoire.

Frédéric Saint Clair, écrivain, politologue