Coupures d’électricité en Iran, une indignation publique

Le soir du 4 juillet, et en raison des fréquentes coupures de courant, les habitants de plusieurs quartiers à Téhéran et dans de nombreuses autres villes sont descendus dans les rues se manifester en prononçant « mort à Khamenei » et « mort au dictateur ». Les extraits de ces manifestations sont abondamment partagés sur les réseaux sociaux. Un média pro-régime affirme que « les iraniens sont indignés, et le cumul des mauvaises nouvelles qui se sont succédé restreignent le seuil de leur tolérance vis-à-vis de chacune ».

Il paraît que la persistance de ces coupures électriques accentuera l’indignation et le mécontentement des iraniens, et conduira à une extension des manifestations à d’autres problèmes sociaux et économiques. Les tensions en Irak et au Liban sont des exemples de troubles sociaux dont l’étincelle était des coupures électriques. Et sur le territoire iranien, on cite les soulèvements généralisés de 2017 et de novembre 2019 comme cas qui ont été initiés par des problèmes économiques, tels que la corruption colossale, la mauvaise gouvernance et la hausse du prix d’essence en 2019. En effet, le régime n’avait pas prévu des réactions populaires fortes et généralisées pour de telles causes. Et son indifférence vis-à-vis des revendications des iraniens ainsi que sa sous-estimation de la voie du peuple ont été heurtées à des protestations qui ont mis en cause sa légitimité.

La mauvaise gestion de la pandémie qui a entraîné la mort de centaines de milliers d’iraniens, le haut taux d’inflation qui a appauvri plus de 80% de la population iranienne, l’aiguë sécheresse qui a rattrapé de nombreuses régions du pays et les récurrentes coupures électriques, sont autant de facteurs qui accentuent le mécontentement populaire et qui mènent la société vers une explosion inévitable. Les grèves, les protestations, les rassemblements et les manifestations sont l’expression de cette colère incommensurable et de l’intolérance du peuple iranien. Le mécontentement et la méfiance des iraniens envers le gouvernement sont plus importants que jamais.

Les enseignants, les retraités et les investisseurs en bourse qui avaient suivi les dires de Khamenei et Rouhani, et ont par conséquent perdu leur gagne-pain sur le marché boursier iranien suite à leur investissement, organisent depuis longtemps des rassemblements et des  protestations. Et récemment, les travailleurs des raffineries et des industries pétrochimiques du sud et de quelques autres villes ont organisé des grèves. Les agriculteurs ont également commencé à protester contre le manque d’eau pour les cultures et le bétail. Et aujourd’hui, les protestations contre ces coupures de courant se multiplient dans différentes villes iraniennes.

La pandémie de Covid-19 a temporairement mis la société iranienne à l’arrêt. Et grâce à elle, Khamenei a pu reporter l’inévitable ascension du peuple.

C’est pourquoi il a interdit l’importation de vaccins Covid-19 en provenance des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, et a ainsi causé une propagation rapide du virus qui a tué un grand nombre de personnes. Aujourd’hui, on se demande si cette faible performance de l’Iran dans l’acquisition de vaccins contre le Covid-19 va continuer, et si Khamenei a réussi à reporter temporairement tout soulèvement qui peut changer la donne.

Les responsables du régime affirment qu’ils ont besoin d’énormes investissements pour résoudre les problèmes d’infrastructure de l’Iran, et qui ne sont pas disponibles actuellement. Les partisans de cette excuse ne parlent jamais de mauvaise gestion et de gaspillage des ressources naturelles substantielles de l’Iran comme coulisses de ce déficit budgétaire et causes derrière la crise sociale iranienne. En effet, près de 1 000 milliards de dollars ont été dépensés dans les années 1990. La dernière décennie a connu une stagnation économique en Iran qui a vécu des vagues d’inflation et d’instabilité économique sans précédent à cause de la dévaluation inégalée de la monnaie nationale.

Un économiste proche du régime iranien affirme avoir travaillé dur pour faire élire Rohani, et introduit un nouvel indicateur de corruption en Iran. Il déclare : « Imaginez avoir une bande de billets de banque de 40 000 kilomètres (la longueur de la circonférence de la Terre) qui peut être attachée autour de la terre comme une ceinture. On abrège « Ceinture de billets autour de la Terre » en « CAD ». Le montant total de la corruption dans les privatisations des 30 dernières années, après la guerre Iran-Irak, est d’environ 1440 CAD, qui égalent à la ceinture de billets de banque bouclée 1440 fois autour de la terre. Considérons maintenant l’actuel niveau de corruption administrative en Iran, et prenons-le égal à la corruption passée et pas plus. On peut dire que le projet de loi « Partenariat public-privé », qui est maintenant discrètement approuvé par le parlement, crée une « capacité de corruption » équivalente à 1560 mille milliards de tomans (la monnaie iranienne). Ce chiffre est équivalent à 6 000 CAD, C’est plus de quatre fois la corruption totale de la privatisation de 30 ans après la guerre Iran-Irak. »

Les unités de résistance

Le climat général qui règne sur la société iranienne, saturé de mécontentement et sur le bord de l’explosion,  stimule la crainte de Khamenei, et lui inspire l’interdiction de l’importation de vaccins Covid-19 afin de détourner l’opinion publique des crises sociales et économiques internes. Mais, cette manœuvre n’a fait qu’aggraver la situation.

Le soulèvement de 2019 a été suivi d’une propagation des unités de résistance dans tout l’Iran. Telle la résistance française qui a suivi l’occupation du pays par le fascisme d’Hitler, les unités de résistance iraniennes se sont efficacement déployées pour contrer le fascisme religieux. En raison de leurs activités, les unités de résistance sont devenues la force motrice des récentes manifestations et de leurs objectifs et revendications. Les unités de résistance sont capables de cadrer et de guider la société explosive iranienne. Elles ont créé une crise sociale inimaginable pour Khamenei, le poussant à adopter une politique de contraction.

Les unités de résistance ont mobilisé les jeunes insurgés à la recherche d’un avenir meilleur pour leur génération et qui plaident pour un gouvernement laïc. D’un côté, ces unités ont répondu positivement à l’appel de la cheffe de l’opposition iranienne, Maryam Radjavi, à boycotter la récente élection présidentielle en Iran et ont déchiré et brûlé les photos d’Ibrahim Raisi dans de nombreux lieux publics lors de sa campagne électorale. Et le peuple, de son côté, a accueilli avec enthousiasme cette campagne anti-électorale. Le témoin en est les 4 millions des votes blancs lors des élections présidentielles. Une source fiable indique que  seulement 10% des électeurs éligibles ont participé à l’élection.

Dès que Raisi, l’acteur principal du massacre des prisonniers politiques de 1998, a été nommé ; l’opposition iranienne du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) présidée par Maryam Radjavi s’est mobilisée pour montrer qu’une alternative crédible au régime actuel se présente et qu’elle bénéficie du soutien populaire. Le groupe d’opposition iranien MEK planifie une conférence en ligne, à laquelle participent les unités de résistance iraniennes et plus de 1 000 personnalités politiques du monde entier. Le message de la conférence est la rupture sur le plan commercial et tout autre plan avec le numéro un des violations des droits de l’Homme au monde.

Hamid Enayat
Ecrivain et expert de l’Iran