De la baie des Anges au cimetière de l’Est ?

Sur la carte de notre belle France, qui est passée en l’espace de quelques jours d’un manteau de neige sibérien aux effluves balsamiques d’un printemps précoce aux allures de mirage, des clignotants funestes semblent s’allumer pour renvoyer les politiques et les experts en charge de trouver des parades à la pandémie qui nous paralyse, tel le cobra dansant devant ses proies, à leur implacable responsabilité. Par Eric Cerf-Mayer.

Nice nous renvoie des signaux très préoccupants au vu des chiffres alarmants de la situation épidémique sur place et remet sur le tapis de l’actualité la question du reconfinement et de l’observation de ce qui se passe dans d’autres pays d Europe.
 
Il est plus que probable que l’évolution de la situation dans la cité de la baie des Anges sera un marqueur dans la lutte contre le fléau. Il faut souhaiter que les responsables locaux apportent la bonne réponse et sachent faire prévaloir la primauté de l’expérience sur le terrain face aux choix et paris d’une autorité plus lointaine qui ne peut réagir qu’avec un temps de latence plus long et une prise de risques plus abstraite que celle vécue au quotidien par ceux confrontés au jour le jour à la réalité de la pandémie. 
 
Nice est un lieu particulier à l’extrémité de l’hexagone, cadeau à la France du génie de la diplomatie de Napoléon III, une terre douce aux exilés et aux souffrants depuis tant d’années, et un rivage propice à toutes les convalescence. Les tzars, au sommet de leur puissance,  n’hésitaient pas à y envoyer leurs héritiers pour soigner leur tuberculose quand le climat de la Crimée ne suffisait plus pour les sauver, et tant de têtes couronnées ont cherché le repos sur la colline de Cimiez, à l’instar de la Reine Victoria… Nombre d’âmes en souffrance  et d’artistes ont parcouru la promenade de la baie des Anges, en attendant que le murmure des vagues sur les galets les libère du poids de leurs soucis et de la tristesse de l’exil…
 
Aujourd’hui,  c est un virus qui jette sur cette cité bénie des Dieux une ombre funeste, après la blessure tragique d’une attaque terroriste effroyable encore toute présente dans l’esprit de ses habitants.
 
Il y va d’une impérieuse nécessité de prendre les décisions qui s’imposent pour juguler les assauts du virus et préserver cette cité emblématique de l’horrible échec que constituerait le cortège silencieux de corbillards de la baie des Anges au cimetière de l’Est, sur fond de carnaval confisqué et de batailles de fleurs vestiges oubliés d’une époque révolue.
 
Si le reconfinement doit permettre d’épargner plus de vies, il ne doit pas faire l’objet d’un tabou de communication politique ou d’un caprice sémantique, mais il doit être envisagé avec le plus d’attention possible, en observant la situation et les décisions prises au-delà de nos frontières, pour que Nice ne se transforme pas en exemple tragique d’une erreur de jugement  ou d’atermoiements lourds de conséquences.
 
Eric Cerf Mayer