Délires et fantasmes anti-macroniens

N’étant pas suspect de complaisance pour le président Macron mais n’étant pas non plus dans la détestation à son égard, je crois pouvoir écrire ce que j’écris en toute indépendance d’esprit.

Le discours anti-Macron prend des formes de plus en plus délirantes et suscite d’incroyables fantasmes. Actons un fait : il y a eu des mensonges dans la communication sur le coronavirus, notamment sur la pénurie de masques toujours niée à ce jour, le président ici se défendant (mal) en arguant d’une stratégie qui consistait, au départ, à privilégier le personnel soignant et pas l’ensemble des Français – je ne vois pas bien le rapport avec la pénurie matérielle ! Bon, les hommes politiques mentent, on ne découvre rien de nouveau avec cette histoire. Ethique et politique n’ont jamais fait bon ménage.

Venons-en aux accusations de « dictature », de « stratégie de la peur », de délivrance volontaire d’informations contradictoires pour tromper les Français et attenter à leurs libertés. C’est grotesque ! Il n’y a aucune volonté d’assujettissement du peuple par la présentation constante – tant d’ailleurs par les scientifiques que par les politiques – de données contradictoires, incohérentes, mal élaborées. Experts et dirigeants pataugent tout simplement, d’où les hésitations et les contradictions (au sein de l’Exécutif) dans la prise de décision. Dans cette affaire de Covid-19, tout ce qu’on sait, c’est que l’on ne sait pas grand-chose sur le virus.

Nous sommes ici face à un problème de carence politique, en aucun cas de stratégie délibérée pour mettre la confusion dans les esprits.

On prête à M. Macron un talent et une intelligence politique qu’il n’a pas. Il ne suffit donc pas d’invoquer Hannah Arendt disant, faisant référence aux régimes totalitaires, que, derrière les messages contradictoires, il y a la volonté de cacher la vérité, une entreprise de manipulation, pour que le schéma s’applique en l’espèce.

M. Macron n’est pas un idéologue, juste un pragmatique libéral (a-t-il seulement lu Arendt ?). C’est un homme de communication, souvent de mauvaise communication au demeurant, pas un stratège. N’est pas de Gaulle, Staline ou Fidel Castro qui veut ! Et puis, au contraire des « masses laborieuses », peu instruites encore au milieu des années 1950, avec peu de médias d’information, qui pouvaient tomber dans des pièges grossiers de manipulation, les citoyens d’aujourd’hui sont instruits, abondamment informés (et sans filtres), notamment par les réseaux sociaux. Ils se font donc leur propre opinion, ne perdent pas leur capacité de juger, comme le soutenait Hannah Arendt. Ils savent maintenant, sans avoir besoin de prétendues élites – nouveaux philosophes ou nouveaux sociologues, qu’un gouvernement, ça ment, c’est incompétent, inefficace.

Soyons sérieux un instant. L’Exécutif actuel n’introduit pas sciemment la confusion, il est confus, il ne joue pas le registre de la peur pour faire peur, il a peur lui-même. Il ne sait plus où il en est.

Abreuvé d’expertises scientifiques contradictoires, il ressemble à un bateau sans gouvernail. Il tâtonne.

Quant à l’accusation de « dictature » formulée à l’encontre du président Macron, elle est sans réel fondement. La « toute-puissance » octroyée au président de la Vème République, qui s’apparente, comme j’ai dit ailleurs à une « dictature constitutionnelle », permet au Chef de l’Etat d’agir à sa guise sans beaucoup de contre-pouvoirs – si ce n’est celui, modeste, du Conseil constitutionnel et du Conseil d’Etat. Ce qui autorise à rappeler que, d’un strict point de vue juridique, le président français est plus puissant que le président américain qui doit composer en permanence avec le Congrès et ses pouvoirs législatifs et de contrôle.

Mais, il est vrai que le risque de « dictature » existe en France, qu’il est contenu dans l’article 16 de la Constitution qui donne pleins pouvoirs au Président au cas notamment d’interruption du fonctionnement régulier des pouvoirs publics et d’atteinte à l’intégrité du territoire. Pour le reste, respectons le sens des mots, le dictateur est celui qu’on ne peut renverser légalement, faute de tenues d’élections. Donc, s’agissant du président Macron, qu’ils tiennent pour un dictateur, les opposants auront absolument le libre choix, en 2022, de ne pas lui renouveler leur confiance. Mais déjà j’entends les voix de ces gens-là prêts à redire : « Plutôt Macron que Le Pen ».

Messieurs, les délirants anti-macroniens, il faudra alors savoir ce que vous voulez, ne pas être vous-même dans la contradiction.

Michel Fize
Sociologue, auteur d’« Une insurrection populaire au destin encore incertain » (Ed. Amazon, 2019)