Des corps engagés face à une aberration écologique et sociale majeure

Alors que les revendications sociétales en faveur de l’environnement sont fortes, les leviers qui permettraient de financer la transition écologique sont encore fortement bloqués.

La France et l’Allemagne s’opposent aujourd’hui à la création d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen qui permettrait de financer des projets importants pour les générations à venir, en assumant matériellement les conditions d’une authentique éthique du futur. Une telle taxe rapporterait pourtant près de « 50 milliards d’euros, soit plus que les autres taxes réunies », comme l’explique le député européen Pierre Larrouturou1. Tels seraient les apports d’une micro-taxe de 0,1 % sur les transactions financières qui pourrait être un instrument efficace pour rembourser le plan de relance tout en amorçant le financement, non seulement de la transition énergétique, mais également des secteurs de la santé et de l’emploi dans ces temps de crise aggravée.

Un tel refus est donc incompréhensible en termes d’écologie sociale, et constitue un véritable reniement si l’on se souvient des promesses récentes faites en direction du renforcement de l’Etat social.

Lors de son discours de mars 2020, le Président Emmanuel Macron avait, en effet, affirmé son soutien aux personnels de santé et, à travers eux, aux services publics et à la solidarité nationale : « Ce que révèle déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans conditions de revenus, de parcours ou de profession, notre Etat providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché », avait pu notamment déclarer Emmanuel Macron2.

Ce blocage de la taxation des transactions financières est d’autant plus inacceptable que nous savons les dégâts que la dégradation de nos environnements naturels fait subir à la santé et à nos équilibres de vie. L’actuelle pandémie et la propagation du virus sont le signe évident que nos équilibres ont été bafoués depuis fort longtemps et que les maladies chroniques causées par les pollutions aggravent notoirement l’état de santé des populations, qui deviennent de ce fait beaucoup plus vulnérables aux contaminations. Notre lutte contre la Covid 19 devrait donc nous amener à renforcer nos moyens d’agir pour créer des conditions de vie plus respirables et socialement beaucoup plus soutenables. Ce refus est également incohérent au regard de l’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons, et de la chute de la biodiversité que notre système socio-culturel et économique a provoqué. Les rapporteurs du GIEC ne cessent de nous le traduire, chaque année de mobilisation ou de non prise de décision compte pour la survie de l’humanité. Ni plus ni moins.

Au lieu de tenir compte de ces signaux d’alerte, certaines décisions politiques actuelles s’obstinent à ne pas s’attaquer au projet de taxation des transactions financières, en nous envoyant le signal que l’Etat ne veut résolument rien faire pour endiguer un capitalisme actionnarial sans vergogne.

Vis-à-vis d’un tel degré de parjure, et en anticipant sur ses conséquences désastreuses, les mobilisations s’intensifient aujourd’hui, et ce sont des corps qui deviennent les acteurs de ces luttes : ainsi un nombre significatif de personnes, parmi lesquelles Pierre Larrouturou, Eric Lenoir, Inka Maass et Laure Noualhat, ont décidé d’entamer une grève de la faim, en suscitant un soutien massif à travers l’Europe3, pour exprimer leur indignation à l’égard d’un pouvoir qui n’ose pas intervenir auprès des marchés financiers pour créer les conditions matérielles d’un avenir souhaitable pour nos sociétés et l’ensemble du vivant. La virulence de ces contestations en dit long sur l’abîme qui continue de séparer la société civile, les citoyens et l’Etat.

Julie Cabot Nadal, psychologue de formation et conférencière

Pierre-Antoine Chardel, philosophe et sociologue

Olivier Frérot, conférencier et essayiste

Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue

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