La Coupe du monde de football et les célébrations des 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis contraignent Donald Trump à poursuivre une négociation avec Téhéran. Malgré les violations du cessez-le-feu, le président américain ne peut se permettre dans l’immédiat une reprise de la guerre qui acterait l’échec de sa politique face aux Gardiens de la révolution et ferait remonter le cours du pétrole. Un naufrage diplomatique inscrit sur cinq décennies -après le lâchage du Shah d’Iran par l’occident en 1979- et dont Trump n’est pas le principal responsable.
Sur les hauteurs de Saint-Moritz dans le quartier de Suvretta – le plus prisé de la station huppée des Grisons – l’ancien manoir acheté par le Shah d’Iran à Audrey Hepburn en 1966 semble figé dans le temps. La villa construite dans un style néo-gothique au début du XXème siècle domine la vallée et surplombe de quelques centaines de mètres l’imposant palace Suvretta House. Ce décor féérique et très exclusif où la famille impériale passait des vacances – surtout l’hiver – a aussi été utilisé par le Shah pour ses activités diplomatiques et politiques pendant une quinzaine d’années. La distance entre Téhéran et Saint-Moritz ne permet pas de dire que la Suvretta Villa était à Mohammad Reza Pahlavi ce que Mar-a-Lago est à Donald Trump. Mais la station chic d’Engadine devenait régulièrement un lieu de pouvoir où le Monarque iranien recevait des visiteurs de haut rang qui pouvaient croiser dans les rues de Saint-Moritz Brigitte Bardot ou Gunther Sachs. Ces impressions d’un autre temps n’ont rien d’anecdotique. Elles illustrent le tropisme occidental du Shah d’Iran. Une opportunité que ses partenaires -frileux à l’idée de soutenir un régime considéré comme tyrannique- n’ont pas voulu saisir. Ce frein moral a pourtant ouvert la voie à de pires compromissions.
Le Shah, un autocrate abandonné par ses alliés
A la lumière des décennies d’horreur qui ont suivi la chute du régime impérial en 1979 jusqu’au renforcement spectaculaire de la République islamique – dont le système répressif et la capacité de nuisance se sont considérablement accentués en 2026 – comment ne pas s’interroger sur l’attitude des puissances occidentales qui ont laissé s’installer cette théocratie totalitaire et corrompue ? Sans doute est-il vain d’imaginer un autre cours de l’histoire qui aurait vu le Shah d’Iran rester en place. Avec l’appui des Etats-Unis et de l’Europe, Mohammad Reza Pahlavi aurait pu terrasser l’alliance des Mollahs, du bazar et des communistes (ces derniers terminèrent pendus en public par les tribunaux islamiques). Après avoir longtemps pesé au XXème siècle sur le sort de l’Iran, les occidentaux ont laissé s’installer un régime mortifère pour l’ensemble de la région au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. On pourrait objecter qu’aucune puissance étrangère n’avait à se mêler de l’instauration d’un régime islamique exigé alors par une majorité d’Iraniens. Un argument à courte vue qui oublie les conséquences du coup d’Etat de 1979 pour l’ensemble de la région et pour le monde libre. L’occident -déjà terrorisé par l’avènement de cette théocratie effroyable- n’était pas non plus obligé de traiter les Mollahs avec tant de considération et de déférence.
La tentative avortée de Trump d’en finir avec les compromis
Vilipendé pour avoir déchiré en 2018 le fameux JCPoA (l’accord sur le nucléaire iranien signé trois ans auparavant par Barack Obama) Donald Trump avait-il vraiment tort en considérant qu’il s’agissait d’un marché de dupes ? En dénonçant la naïveté des négociateurs de 2015 – bureaucrates, experts et diplomates chevronnés qui s’étaient interdits toute vision holistique de la menace iranienne pour s’en tenir à la seule question de l’enrichissement de l’uranium – Trump avait désigné l’éléphant dans la pièce. A savoir la dangerosité persistante de Téhéran, sa capacité de produire en masse des missiles et des drones et de menacer le Moyen-Orient grâce aux milices pro-iraniennes et aux réseaux terroristes. Sauf que l’actuel président américain – déterminé à en finir avec les manœuvres dilatoires des Iraniens – a fait preuve d’une autre forme d’inconséquence en espérant la chute du régime iranien par de simples campagnes de bombardement dénoncées par la majeure partie de la communauté internationale.
Des atermoiements dangereux pour l’avenir
Ulcéré par les tergiversations diplomatiques à l’égard de l’Iran depuis la chute du Shah, Donald Trump a prétendu en finir avec la République islamique. Son échec le contraint à négocier en position de faiblesse avec ceux qu’il voulait éliminer. Pour échapper à cette réalité oppressante le président des Etats-Unis rêve-t-il quelquefois à un autre cours de l’histoire ? Trump -qui n’a jamais montré la moindre considération pour l’héritier du trône Reza Pahlavi – se souvient-il de l’époque où l’Iran était l’un des meilleurs appuis de Washington dans le Golfe et entretenait avec Israël un solide partenariat stratégique, militaire, sécuritaire et énergétique ? Au début des années 1980 la République islamique a entamé en Suisse une longue et infructueuse procédure pour tenter de s’attribuer la maison de la famille impériale à Saint-Moritz, qui depuis a été revendue. Sur les hauteurs de Suvretta le manoir – imperturbable – regarde passer l’histoire.
Bertrand Gallicher
Editorialiste










