Élections législatives au Belize : une classe politique en voie de renouvellement

Petit État continental de la mer des Caraïbes, avec ses 23 000 km² nichés entre le sud de la province mexicaine du Yucatan et le nord-est du Guatemala, le Belize organise ses élections générales le 11 novembre prochain. Il connaît une vie politique plutôt stable depuis quatre décennies, avec une alternance au pouvoir assez régulière entre les deux principaux partis politiques. Mais, pour diverses raisons, et quels que soient leurs résultats, ces élections législatives vont être l’occasion d’un renouvellement assez important du personnel politique bélizien.

Contexte constitutionnel et électoral

L’ancien Honduras britannique est devenu une monarchie parlementaire, indépendante seulement depuis le 21 septembre 1981. Son organisation politique est directement inspirée du modèle du Royaume Uni. Ce pays de 400 000 âmes est membre du Commonwealth et de la Communauté caribéenne (Caricom).

Dénommé Assemblée nationale (Constitution, art. 55), le Parlement bicaméral est composé :

– d’une chambre basse de 31 membres, la Chambre des représentants (Constitution, art. 56), élus au suffrage universel direct pour 5 ans selon un mode de scrutin uninominal à un tour 1 ;

– d’une chambre haute de 12 membres, le Sénat (Constitution, art. 61), nommés par le Gouverneur général pour 5 ans : six sur avis du Premier ministre, trois sur avis du chef de l’opposition, un sur avis du du Conseil des Églises du Belize, un sur avis de la chambre de commerce, un sur avis du Congrès national des syndicats.

L’exécutif bicéphale se répartit entre, d’une part, la chef de l’État, la Reine Elisabeth II, représentée sur place par un Gouverneur général et, d’autre part, le Premier ministre et son cabinet. Le Gouverneur général est nommé à la discrétion du monarque britannique, mais il doit être citoyen bélizien (Constitution, art. 30) : depuis son indépendance, le Belize n’a connu que deux Gouverneurs généraux, Elmira Minita Gordon de 1981 à 1993 et Sir Colville Norbert Young depuis 1993. Le Premier ministre est nommé par le Gouverneur général (Constitution, art. 37 § 1) : il s’agit du chef du parti qui remporte les élections générales à la Chambre des représentants et il ne peut pas exercer plus de trois mandats (Constitution, art. 37 § 2) ; à tout moment, le Premier ministre peut demander au Gouverneur général de dissoudre la Chambre des représentants (Constitution, art. 84) ; dans ce cas, les nouvelles élections doivent se tenir sous trois mois (Constitution, art. 85).

Contexte politique

Ces neuvièmes élections générales béliziennes depuis 1981 présentent un triple enjeu de pouvoir.

Premièrement, pour le Parti démocrate uni (United Democratic Party-UDP) de centre droit, le défi est de conserver la majorité au Parlement (actuellement 19 sièges sur 31) et donc le poste de Premier ministre détenu depuis 2008. Après trois mandats successifs, le Premier ministre sortant Dean Barrow prend sa retraite politique. L’UDP s’est choisie en février dernier John Saldizar pour lui succéder, le ministre de la Sécurité nationale. Mais, ce dernier a dû démissionner quelques jours après de la direction du parti et du gouvernement, à la suite d’accusations de corruption2.]. C’est donc finalement le vice-premier ministre Patrick Faber, en charge de l’Éducation au sein du gouvernement, qui a repris les commandes de l’UDP après une élection interne en juillet3.]. Le ministre des Affaires étrangères, Wilfred Elrington, a également annoncé son retrait de la vie politique tandis que le député Gaspar Vega a démissionné en juillet de son poste de représentant régional de l’UDP dans la circonscription d’Orange Walk North et ne se représente pas à la Chambre en novembre : ses relations difficiles avec Patrick Faber sont notoires depuis l’implication du fils du premier dans un scandale foncier en 2016 et les critiques du second à cette occasion4.].

Deuxièmement, pour le Parti uni du Peuple (People’s United Party-PUP) de centre gauche, le plus ancien parti politique du pays présidé par le député Johnny Briceño, l’objectif affiché est de reprendre le pouvoir après trois législatures passées dans l’opposition. Même phénomène que dans les rangs de l’UDP, quelques figures connues du PUP ont décidé d’arrêter la politique après une longue carrière, à l’instar de l’ancien Premier ministre Said Musa.

Troisièmement, le défi pour le Front populaire de Belize (Belize People’s Front-BPF), mouvement de centre-gauche dirigé Nancy Marin, est d’arriver à réellement émerger et de devenir une force politique nationale incontournable5.]. Fondé en 2013, le BPF a déposé 13 candidatures sur les 31 circonscriptions législatives : s’il pouvait obtenir 4 ou 5 députés et qu’aucun des deux partis principaux n’atteignaient la majorité absolu, il se retrouverait en position centrale pour décider du nom du nouveau Premier ministre. Le Parti progressiste du Belize (Belize Progressive Party-BPP), classé à gauche, poursuit le même objectif que le BPF avec ses 8 candidatures6.].

Dans le contexte de la pandémie mondiale avec 4076 cas et 61 décès de Covid-197, et malgré l’ouragan ETA qui a frappé durement le sud et le centre du pays le 6 novembre, les élections générales du 11 novembre sont maintenues pour les 170 000 électeurs bélizie;Election Day Protocols for Polling Stations (Belize Elections and Boundaries Department) [consulté le 8 novembre 2020].]ns8.], dans le respect d’un protocole sanitaire très strict9.]. La Communauté des Caraïbes a envoyé au Belize une mission d’observation des élections entre les 7 et 13 novembre10.

Si en janvier dernier l’UDP pouvait aborder la nouvelle année avec confiance grâce à une économie qui se portait bien, une inflation stable et une dette sous contrôle, le scrutin de mercredi 11 novembre sera finalement plus difficile à négocier. Plusieurs sujets pourraient conduire les Béliziens à vouloir changer de majorité au Parlement : la gestion de la pandémie, ses conséquences économiques et sociales (40 % des emplois sont liés au secteur du tourisme qui est complètement à l’arrêt depuis plusieurs mois), les scandales de corruption qui touchent régulièrement des membres influents du parti, l’usure du pouvoir11.]…

Les résultats des élections législatives du 11 novembre seront donc intéressants à analyser pour connaître l’état actuel de l’opinion. Mais, quels qu’ils soient, la classe politique bélizienne se trouvera en partie mécaniquement renouvelée.

 

David BIROSTE
Docteur en droit, Vice-président de l’association France-Amérique latine, LATFRAN (www.latfran.fr)

 

 

Crédit photo : The belizian flag on the island half moon caye (© dronepicr, CC BY 2.0)

  1. Article 33 de la loi sur la représentation du peuple du 1er avril 1978 (consolidée au 31 décembre 2000).
  2. I. Cayetano, « PM Barrow Benches Teflon John from Cabinet », Channel 5, 12 février 2020 [consulté le 8 novembre 2020
  3. I. Cayetano, « PM Barrow Passes the Baton to Patrick Faber in U.D.P. Leadership Succession », Channel 5, 9 octobre 2020 [consulté le 8 novembre 2020
  4. « Gaspar Vega resigns from Cabinet following land scandal », The San Pedro Sun, 19 octobre 2016 [consulté le 8 novembre 2020
  5. W. C. Ramos, « The future of Belize at risk in the upcoming general election », 27 août 2020, Caribbean News Global [consulté le 8 novembre 2020
  6. Liste officielles des candidatures déposées (Belize Elections and Boundaries Department) [consulté le 8 novembre 2020
  7. Chiffres au 8 novembre 2020 fournis par la Johns Hopkins University of Medecine.
  8. « General Elections are still scheduled for November 11 », The San Pedro Sun,  7 novembre 2020 [consulté le 8 novembre 2020
  9. Par une décision surprenante vue de France, le Premier ministre a décidé d’interdire la possibilité de voter aux personnes  infectées par la Covid-19 car elles doivent rester en quarantaine, excluant même le recours au vote par procuration jugé trop compliqué à mettre en œuvre[10.« COVID-positive electors banned from voting in Belize’s Nov 11 election », Jamaica Observer, 19 octobre 2020 [consulté le 8 novembre 2020
  10. http://www.caribbeanelections.com/knowledge/legislation/bz_legislation.asp
  11. R. Looney, « In Belize, Corruption and COVID-19 Imperil the Ruling Party’s Reelection Hopes », World Politics Review, 16 octobre 2020 [consulté le 8 novembre 2020