Et le déclic fut

Surplomber le mont Titano depuis Saint-Marin, s’émerveiller dans le quartier de Trastevere, reprendre un billet d’avion pour un nouveau déplacement sans attendre et sans contraintes… Un horizon qui s’éclaircira avec la saveur d’une liberté retrouvée. Redécouvrir cette liberté, que l’on trouvait, voici un temps, banale et normale. L’adresse du chef de l’Etat le 12 juillet, a été une manière ferme et sans détour d’inciter les Français à être parties prenantes de leur liberté. Un levier : le vaccin. 

Une parole qui devient performative

792 339 injections ont eu lieu dans la journée de mardi, a annoncé le Premier ministre. Un record. Sans détour, sans attendre, voici les téléspectateurs assidus qui se sont rendus sur les plateformes puis dans les centres de vaccination. Lors de son allocution, le président de la République a énuméré les mesures prises comme le pass sanitaire dans de très nombreux lieux de sociabilité et la vaccination obligatoire pour le personnel soignant et non soignant dans les hôpitaux, les cliniques et les maisons de retraite ainsi que les établissements pour les personnes en situation de handicap et ceux travaillant auprès des personnes âgées et fragiles.

La prise de parole d’Emmanuel Macron était particulièrement attendue au regard, notamment, de l’évolution de la crise sanitaire dans les pays voisins et la reprise de l’épidémie. A sa manière, il a convoqué Austin et a eu un impact considérable. Son incitation ferme à se faire vacciner a été traduite immédiatement par des faits, en témoignent les prises de rendez-vous extrêmement nombreuses sur les plateformes. Le « second écran », dans la consommation médiatique, est bien installé non seulement pour réagir et commenter mais aussi pour poser un acte citoyen.

Bousculer

« Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur ». Les mots de Stefan Zweig dans la biographie qu’il consacre à Fouché mettent en exergue la manière dont l’individu entend prendre place. Il s’agit, avec le vaccin, d’un devoir pour soi et aussi pour son entourage, face aux réticences des antivax. Emmanuel Macron évoque, ainsi, l’objectif fixé : « partout, nous aurons la même démarche : reconnaitre le civisme ».

C’est décider de s’inscrire dans la société. Le chef de l’Etat l’a rappelé.

D’ailleurs, il marque un écart entre ceux effectuant la démarche du vaccin et les autres, voulant, explique-t-il dans son adresse aux Français, « faire porter les restrictions sur les non vaccinés et non sur tous ». Le sujet du vaccin cristallise l’attention. Nombre de Français, dans l’attente, ont, avec cette intervention passé le cap, comme bousculés et pressés par le Chef de l’Etat. Aussi, il affirme dans son adresse aux Français : « il nous faut aller vers la vaccination de tous les Français car c’est le seul chemin vers le retour à la vie normale. » 

De la hauteur

A quelques mois de la présidentielle, l’agenda comme les grilles de lecture des uns et des autres ont une dimension politique. Après les élections régionales, une nouvelle séquence politique aurait été la bienvenue. Occasion de poursuivre les réformes. Et pourtant, cette fois encore, la crise sanitaire rattrape le politique et impose la donne. Fixant le cadre et le cap, Emmanuel Macron a imposé lundi ses mesures. La répartition des rôles se fait. Le gouvernement précise par la suite. Ce dernier est ainsi intervenu pour clarifier, justifier et donner des clés de compréhension. Une manière de retrouver de la substance politique pour le chef de l’Etat. Face à la lassitude installée depuis des semaines, aux prises de parole répétée avec des mots clés dilués à force d’être entendus, cette prise de parole détonne. Un appel à agir « dès maintenant », sans attendre.

Mathilde Aubinaud est communicante. Diplômée d’Assas et du Celsa, elle enseigne la communication. La Saga des Audacieux (VA Editions) est son 6ème livre.