Et si la Grande Mosquée de Paris s’appelait demain « Mosquée Marie mère de Jésus » ?

La Grande Mosquée de Paris pourrait-elle s’appeler, demain, « Mosquée Marie mère de Jésus »? Est-ce un pari impossible, un vœu utopique ? C’est, incontestablement, une gageure, mais une éventualité, néanmoins, plausible, et donc une  proposition à soumettre au nouveau recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems Eddine Hafiz, un talentueux avocat qui vient de succéder au docteur Dalil  Boubakeur.

En  quoi le projet de baptiser la Grande Mosquée de Paris « Mosquée Marie mère de Jésus » est-il souhaitable ? Cette initiative irait dans le sens d’un rapprochement des communautés dans notre pays : elle attesterait de la volonté des musulmans français d’établir un pont, au plan culturel, entre leurs communautés et la communauté des Français dits « d’origine » qui ont un fonds culturel constitué par les valeurs du christianisme. Elle n’a rien d’utopique puisqu’il s’agirait, tout bonnement, de faire chez nous ce qui a été fait récemment aux  Emirats Arabes Unis où le nom de « Mosquée Marie mère de Jésus », a été donné, à Abu Dhabi, la capitale, à une grande mosquée par  le prince héritier, le cheikh Mohammed Ben Zayed (MBZ) qui est l’homme fort du régime. Il a  fait ce geste, a-t-il expliqué à la presse, pour « renforcer les liens d’humanité entre les fideles de plusieurs religions », un geste on ne peut plus symbolique.

Si ce projet pouvait aboutir, cela répondrait au vœu exprimé par les pouvoirs publics de voir enfin éclore un « islam de France ».

Des négociations sont en cours au ministère de l’Intérieur pour mettre sur pieds avec le Conseil français du culte musulman (CFCM) un dispositif qui permettrait de s’assurer que les imams de France prêchent, dorénavant, un islam compatible avec nos valeurs républicaines. Le nouveau recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui est vice-président du CFCM, est parvenu à obtenir de ses collègues qui représentent les deux  grands courants islamistes  au sein du CFCM leur accord sur le texte qui serait demain celui de « La charte des principes pour un islam de France », charte réclamée à grands cris par Emmanuel Macron. Mais les représentants des trois courants les plus radicaux qui  composent le CFCM, le CCCMPF et le CIMG, d’obédience turque, ainsi que l’association « Foi et Pratique », restent encore à convaincre. Déjà des concessions ont été faites par Gérald Darmanin : la charte s’appellera non pas « charte des valeurs républicaines » comme le souhaitait Emmanuel Macron, mais « charte des principes pour un islam de France ». Il a fallu céder sur le terme « valeur » qui a été remplacé par « principe » :  les imams s’en réfèreront donc à des « principes », sans devoir nécessairement s’engager à  épouser nos valeurs : une concession majeure, faite au  CFCM.

Emmanuel Macron, depuis son discours du 2 octobre sur le séparatisme islamique, met la pression sur les instances dirigeantes de l’islam en France. Il a reçu le 18 novembre dernier, à l’Elysée, Mohammed Moussaoui, l’actuel  président  du CFCM, et les représentants des diverses fédérations qui composent cet organisme, accompagnés par  le recteur de la  Grande Mosquée de Paris. Il a demandé au CFCM  de créer un « Conseil national des imams » qui serait chargé de labéliser les imams qui officient en France : et tous ces imams auraient à ratifier une charte par laquelle ils s’engageraient à respecter dans leurs prêches les valeurs de la République française. Il a donné au CFCM un délai très bref pour qu’il lui présente cette charte, qu’il a appelée : « La charte des valeurs républicaines ».Et il a, par ailleurs, donné au président du CFCM  six mois pour élaborer un « référentiel de formation des imams ». Il a conclu cette réunion en leur disant « ma confiance vous oblige ». Les représentants de l’islam, en France, se trouvent ainsi mis au pied du mur. Notre gouvernement reste respectueux de la loi de 1905 : il ne s’immisce pas dans les problèmes théologiques de l’islam, mais il exige, comme c’est son droit, que les prêches des imams respectent les valeurs de notre République.

Il va donc falloir que les imams cessent  de procéder à une lecture littérale du Coran, et prêchent, dorénavant, un islam réformé, que les réformateurs nomment un « islam contextualisé », c’est à dire dégagé du contexte particulier dans lequel  se trouvait en son temps le prophète Mahomet, celui de l’Arabie au septième siècle de notre ère.

C’est bien le vœu de tous les réformateurs modernes de l’islam qui militent pour que l’on fasse abstraction du contexte dans lequel l’islam a été révélé pour ne retenir du prêche de Mahomet que ce qui est intemporel.

Et c’était aussi, le combat que menait le grand islamologue Malek Chebel, aujourd’hui décédé, qui voulait promouvoir « un islam des Lumières».

Procéder dans notre pays de la même manière que l’a fait le cheikh  Mohammed ben  Zayed à  Abu Dhabi ne pourrait pas manquer de marquer de la part des musulmans français  leur « désir de  vivre ensemble » avec leurs compatriotes. Ce serait, aussi, un signe fort adressé  par le recteur de la Grande Mosquée de Paris aux musulmans  de France pour leur rappeler, ce que beaucoup d’entre eux paraissent ignorer, que le saint livre de l’islam honore et révère la mère de Jésus. Le Coran consacre, en effet, une sourate entière, la sourate 19, à la vierge Marie, et Jésus est pour les musulmans le plus éminent des prophètes islamiques qui ont précédé Mahomet. Marie a conçu son fils, nous dit le Coran, par la simple volonté divine : c’est la même croyance donc que chez  les chrétiens. Dans le verset 19-19, l’ange annonce à Marie : « Je suis l’envoyé de ton Seigneur, chargé de te donner un fils pur » ; et dans le verset 3-42,43 les anges disent : « Ô Marie, Dieu t’a choisie : il t’a rendue exempte de toute souillure. Il t’a choisie parmi toutes les femmes de l’univers ». Selon le Coran, Jésus  a bien été un prophète, un homme « inspiré par Dieu » qui a diffusé à l’humanité le message divin : mais son message est imparfait. Ce sera, plus tard,  Mahomet qui aura le privilège d’avoir directement la parole divine, en sorte que c’est son message qui, selon les musulmans, doit être considéré comme parfait.

Débaptiser la Grande Mosquée de Paris pour l’appeler dorénavant « Mosquée Marie mère de Jésus » marquerait les esprits, de part et d’autre. Retenons le sens profond qu’aurait une telle initiative : « Renforcer les liens d’humanité entre les fidèles de plusieurs religions », selon l’excellente formule employée par le prince Mohammed Ben Zayed, un homme réputé habile et particulièrement intelligent qui entreprend de faire de son pays, avec la collaboration d’Israël, ce qui n’est pas banal pour un pays arabe, une « start-up nation ». Pourquoi donc ce qui a été possible aux Emirats Arabes Unis qui sont un pays musulman où l’article 7 de la Constitution stipule que l’islam est la religion officielle de la Fédération, et proclame que la  charia islamique y constitue une source majeure de législation, ne serait-il pas possible dans notre pays ? 

Il  est  grand temps d’agir, pour en arriver le plus rapidement possible à une société apaisée. Il faut avoir en mémoire ce sondage récent qui ne peut manquer d’inquiéter : 74 % des  Français musulmans de moins de 25 ans considèrent que les lois de l’islam sont supérieures à celles de notre République, et 45 % d’entre eux  estiment que l’islam est totalement incompatible avec nos valeurs.

Claude Sicard
Auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? »  et « L’islam au risque de la démocratie », préface de Malek Chebel  (Ed François Xavier de Guibert).