Israël : le Mossad et le Shin Beth mis à contribution dans la lutte contre le Covid-19

Dans la lutte contre le Covid-19, Israël fait figure de modèle. Une étude du Deep Knowledge Group, a classé Israël comme le pays qui combat le mieux le virus dans le monde. D’excellents résultats confirmés par l’université Johns Hopkins University. Couvre-feu imposé pendant les fêtes religieuses, fermeture des frontières dès le 12 mars, capacité de test massive, traçage numérique. Ce dispositif drastique a permis de contenir l’épidémie. Pour la RPP, Shimon Mercer-Wood, porte-parole de l’Ambassade d’Israël en France, répond aux questions de Cathy Bijou.

Revue Politique et Parlementaire – En même temps que la lutte contre le Covid-19, Israël fait face à une crise politique sans précédent. Benyamin Netanyahou a saisi l’occasion pour demander la formation d’un « gouvernement d’urgence nationale ». Le 20 avril, un accord a finalement été signé, par le chef du Likoud (droite), et Benny Gantz, le dirigeant du parti Bleu-Blanc (centriste). Cet accord était-il nécessaire afin de combattre la crise du coronavirus ?

Shimon Mercer-Wood – Oui, tout à fait. Comme avec tout compromis, personne n’est satisfait à 100 %, mais tout le monde était d’accord que prolonger la crise politique qui hantait le pays pendant 500 jours aurait été inacceptable au moment de l’épidémie.

Fin novembre 2019, Les services secrets américains ont informé les dirigeants israéliens et l’Otan d’une épidémie due au coronavirus à Wuhan, alors que les informations sur le Covid-19, n’ont été divulguées par la Chine qu’en décembre.

RPP – L’État d’Israël avait-il dès lors, mis en place une stratégie ?

Shimon Mercer-Wood – Nous n’avons pas l’habitude de commenter nos relations avec des services de renseignement des pays amis, mais il est vrai qu’Israël a pris connaissance du danger assez tôt.La doctrine sécuritaire d’Israël repose sur le principe d’alerte précoce – de ne jamais être surpris. Il en va de même pour les défis sécuritaires. Comprendre l’ampleur de l’épidémie était impératif pour pouvoir mettre en place les mesures nécessaires.          

RPP – Dès les premiers jours de la crise, Benjamin Netanyahu a tenu un point presse et multiplié les initiatives. Réagir vite et faire face à des situations d’urgence, est-ce l’essence même de l’Etat hébreu ?

Shimon Mercer-Wood – Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est l’essence de l’Etat, mais historiquement, Israël a dû se doter d’une culture de réaction rapide pour compenser l’infériorité de son effectif militaire vis-à-vis de ses ennemis et le manque de profondeur stratégique territoriale.

RPP – L’Etat Hébreu a mis très vite ses services secrets Le Mossad et le Shin Beth, (les services extérieurs et intérieurs) à contribution dans la lutte contre le Covid-19, pourquoi ?

Shimon Mercer-Wood – Pour deux raisons. D’abord compte tenu de la gravité de la crise, il fallait mettre à pied d’œuvre toutes nos capacités et tous nos atouts. Nos services de renseignement comptent dans leurs rangs certains de nos managers et nos stratèges les plus doués, qui ont une riche expérience dans la gestion des situations d’urgence de grande complexité. Nous voulions les mettre à contribution et profiter de leurs talents et leur savoir-faire pour lutter contre le Covid-19.

Deuxièmement, nos services de renseignement possèdent les capacités technologiques les plus avancées du pays.

Ces technologies nous ont offert des solutions, notamment dans le domaine de la télémédecine et du dépistage massif.    

Le Mossad, qui est responsable de la collecte des renseignements, des opérations secrètes et de la lutte contre le terrorisme dans le monde, a prouvé ses capacités uniques ces dernières semaines en sécurisant des équipements médicaux de protection ainsi que des expéditions de ventilateurs et d’équipements supplémentaires pour aider Israël à mieux faire face au coronavirus.

Ils ont grâce à leurs cyberoutils, collecter des informations issues des téléphones portables, des réseaux sociaux, des caméras de vidéosurveillance.

On apprend ainsi par le journaliste Ronen Bergman que le Shin Bet dispose, dans le cadre de la loi antiterroriste du 21 février 2002, d’un programme de surveillance de tous les citoyens israéliens, Le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, a publié un communiqué garantissant l’usage temporaire des données téléphoniques (14 jours), recueillies par seule géolocalisation.

RPP – Est-ce la fin des libertés publiques ? Pour quels résultats ?

Shimon Mercer-Wood – Loin de là. Il faut savoir que le déploiement des applications de traçage s’est fait sous le contrôle rigoureux de la Cour suprême, qui veillait à ce que les libertés civiles et publiques ne soient pas affectées de manière disproportionnée. 

Je pense que si ces outils ont permis à Israël de sauver des vies et de sortir plus vite du confinement, le traçage ponctuel n’est pas abusif.

Fin mars, le Jerusalem Post a révélé que le Sayeret Maskal, une unité d’élite des forces spéciales, a été déployé pour assurer l’approvisionnement des hôpitaux en appareils respiratoires. Une unité d’élite plus habituée à mener des opérations de lutte contre le terrorisme et à secourir des otages.

RPP – Faire appel à ces dernières était-ce le marqueur de la gestion à poigne de Benjamin Netanyahu ?

Shimon Mercer-Wood – Il est évident que le Premier ministre a suivi de très près la gestion de cette crise et qu’il s’y est impliqué minutieusement. Cependant, je pense que le déploiement des unités d’élites correspond plutôt à l’utilisation de leurs compétences. Ils ont joué un rôle déterminant dans la réponse d’Israël à la pandémie mondiale. Ses commandos ont compté le nombre de respirateurs dans les hôpitaux et les établissements de santé à travers Israël.

Il ne fait aucun doute qu’Israël peut compter sur des gens avec un esprit créatif et des capacités incroyables, et tous veulent aider dans la lutte contre le coronavirus.

Les hôpitaux israéliens subissent un manque chronique de lits et de personnels comme en France. En 2016, il n’y avait que trois lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants, contre une moyenne de 4,7 au sein de l’OCDE.  

Les dépenses de santé en Israël sont bien inférieures à celles des autres pays de l’OCDE. La part des dépenses nationales dans le secteur de la santé en pourcentage de PIB s’élevait à environ 7,4 % en 2017 contre une moyenne de presque 9 % selon un rapport du Centre Taub sur les politiques sociales en Israël.

RPP – Israël ne serait pas à l’arrêt si les hôpitaux étaient mieux financés ?

Shimon Mercer-Wood – Cela serait bien si nos hôpitaux étaient mieux financés, mais je laisse ce travail épineux à notre classe politique.       

RPP – Un plan va t-il être lancé pour que cela ne perdure plus ? L’Etat d’Israël doit-il pourtant développer ses capacités indépendantes dans tout ce qui concerne la lutte contre la pandémie du virus Covid-19 et autres maladies ?

Shimon Mercer-Wood – Oui, Avi Ben Zaqen, un grand professionnel de la sante publique, vient d’être nommé au poste de secrétaire général du ministère de la Santé et à la tête de la commission afin de dresser ce plan.  

Néanmoins, Newsweek a classé le centre médical Sheba de Ramat Gan parmi les 10 meilleurs hôpitaux du monde pour ses compétences en science médicale et en innovation biotechnologique.

RPP – Une prouesse en l’état actuel ?

Le secteur de la recherche médicale en Israël est extrêmement dynamique et innovant. Israël est un pionnier dans l’utilisation des données médicales avec l’intelligence artificielle. Il faut savoir qu’Israël profite à cet égard des connaissances d’un grand nombre de scientifiques et médecins émigrés français. Ces derniers nous permettent, par ailleurs, d’avoir une excellente coopération avec les laboratoires en France.       

L’Etat se déconfine avec des règles strictes et pour le moment avec succès. Selon un accord conclu entre les représentants des restaurateurs et le ministère de la Santé, tous les clients seront soumis à une vérification de température et pourront s’installer à des tables en extérieur disposées à un mètre les unes des autres.

RPP – Le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman-Tov a démissionné parce qu’il craint une seconde vague ?

Shimon Mercer-Wood – Je ne peux pas parler en son nom. Mais, j’imagine que si c’était moi, après trois mois de gestion d’une situation de crise de cette ampleur, je serais surtout fatigué… Quoi qu’il en soit, Moshe Bar Siman-Tov peut être très fier de la manière dont il a su réagir face à cette situation.  

RPP – Israël n’a pas d’autre solution que d’accélérer le mouvement pour sauver l’économie ?

Shimon Mercer-Wood – Vous l’avez bien dit. Israël a déjà souffert d’une diminution de 7 % de son PIB, ce qui est énorme. C’est la situation économique la plus grave depuis vingt ans. La priorité maintenant, tout en se protégeant d’une deuxième vague, est de relancer l’économie du pays.

Shimon Mercer-Wood
Porte-parole de l’Ambassade d’Israël en France
Propos recueillis par Cathy Bijou

Photo : S. Edelweiss, Shutterstock