La dégradation de la situation budgétaire

Comme la plupart des pays européens, la France a choisi une arme anti-crise de type keynésien. Autrement dit, nous sommes dans une phase de stimulus budgétaire à vocation contra-cyclique analyse Jean-Yves Archer, économiste.

La récession étant vive, le Gouvernement est contraint d’élaborer un PLFR4 : un quatrième projet de Loi de finances rectificative ce qui est totalement inédit en temps de paix.

Ceci découle des prévisions – désormais à peu près fixées – pour 2020 où Bercy table sur -11 % (après s’être longtemps agrippé à -10 % via différentes prises de parole de Bruno Le Maire) tandis que l’OCDE retient le chiffre de -14 % incluant l’impact du difficile T4 de 2020. (le dernier trimestre).

J’accorde davantage de crédit à la prévision de l’OCDE qu’à l’apathie des calculs domestiques.

Le Haut-Conseil des Finances Publiques (HCFP) est, pour sa part, parfaitement explicite :  « Néanmoins, la dégradation de la situation sanitaire depuis la publication du PLF pour 2021 et le net durcissement des restrictions sanitaires à partir du 30 Octobre laissent désormais attendre un recul de l’activité au quatrième trimestre plus important que celui retenu par le Gouvernement dans le scénario du PLF pour 2021« .

Pour 2021, tant la Banque de France que l’Insee avaient retenu le scénario d’un rebond à +8 % de croissance. Il est manifeste que notre pays n’atteindra pas un si beau score. Hélas pour la crise sociale et l’essor du chômage que la fin 2020 contient déjà tel un feu qui couve inexorablement.

Moins de croissance, c’est évidemment moins de recettes fiscales. Ainsi, alors que l’année 2019 avait vu un total de 306 milliards d’euros de recettes fiscales nettes pour l’État, l’année 2020 se singularise avec une attrition d’un peu plus de 50 Mds de recettes.

Si l’on rapporte ce chiffre au déficit budgétaire initialement prévu dans le PLF pour 2020, soit 93 Mds, on constate que le tassement des recettes (-50) va contribuer à augmenter de 50 % le déficit budgétaire théorique avant imputation des dépenses supplémentaires, donc des mesures de soutien à l’activité.

La crise, c’est du chômage et de l’attrition fiscale comme jamais vus auparavant.

Ce qui marque l’analyste, c’est la violence de l’apparition de plus de 600 000 demandeurs d’emploi.

C’est la brutalité du ressac fiscal directement corrélé aux confinements dont certains aspects récents – à savoir le déraisonnable « lock-down » des commerçants dits non-essentiels (quel mépris sous-entendu dans cette appellation à valeur de sabir technocratique) – portent atteinte à l’économie et au moral de la Nation.

Par ricochet, le deuxième confinement va attenter à l’équilibre psychique de milliers de Français, donc à leur santé mentale. Et, à grand regret, à d’autres pathologies qui ne seront pas traitées « à temps ».

L’ampleur de la crise de la Covid-19 se traduit par une exacerbation des autres risques sanitaires faute de détection ou de traitements appropriés.

Le HCFP – dans son Avis du 2 novembre relatif au PLFR4 – ajoute : « La survenance de la deuxième vague épidémique de Covid-19 conduit en revanche à réviser les dépenses publiques à la hausse du fait de l’accroissement important du soutien apporté aux différents acteurs économiques« .  En mars, si nous avions eu des masques en nombre, le premier confinement aurait été moins rugueux pour notre économie. Idem, si nous avions eu un dispositif de test et d’isolement approprié, l’actuel confinement, saison 2, aurait eu un moindre impact sur notre appareil productif.

L’imprévoyance étatique avérée est liée, en prise directe, aux souffrances présentes du corps social.

Nous assistons à une forme d’euthanasie économique sans précédent qui n’est nullement réclamée par les mandarins de notre médecine moderne qui ont su identifier, depuis de longues semaines (voir les déclarations des Professeurs Éric Caumes et Gilbert Deray entre autres), la hiérarchie d’apparition des « clusters« .

L’estimation par le Gouvernement des mesures de soutien affectant le déficit public passe de 64,5 Mds (2,9 % du PIB) à 85,4 Mds (3,9 % du PIB) tandis que les recettes sont en retrait de 50 Mds.

Moins de recettes, plus de dépenses : l’étau pour 2021 est ici constitué.

En synthèse, on se doit de relever les chiffres-clefs :

Déficit public de -2,2 % du PIB pour le PLF 2020, de -3,9% pour le PLFR1, de -9,0 % pour le PLFR2, de -11,4 % pour le PLFR3, de – 10,2 % pour le PLF 2021, et enfin de -11,3% pour le PLFR4 qui demeure, selon nous, une quantification optimiste.

Corrélativement, la dette publique passe de 98,7 % en PLF 2020 à 119,8 % en PLFR4. Là encore, une sous-estimation est envisageable du fait des mesures additionnelles de soutien à l’économie.

La conclusion du HCFP n’incite pas à rejoindre l’optimisme de certains cercles du Pouvoir exécutif :  « Ainsi qu’il l’a déjà relevé dans son Avis sur le PLF 2021, le Haut Conseil considère que, dans un contexte où un affaiblissement vraisemblable de la croissance potentielle à la suite de la crise sanitaire risque de rendre plus difficile la réduction du déficit, la soutenabilité à moyen terme des Finances publiques constitue un enjeu central de la stratégie financière de la France et appelle la plus grande vigilance« .

L’ancien Premier ministre, Édouard Philippe, avait dit qu’il fallait tout faire pour contrecarrer l’hypothèse d’un « effondrement » de notre économie.

Dans certains secteurs – l’aéronautique, le tourisme, la culture – l’effondrement menace et Matignon poursuit sa route avec des convictions sous-jacentes qui laissent trop souvent incrédule l’analyste.

Jean-Yves Archer
Economiste
Membre de la Société d’Economie Politique