La science à l’épreuve de la défiance

En juillet-septembre 2019, notre revue avait consacré un numéro au thème de la science. Cette parution s’effectuait à l’occasion du 80e anniversaire du CNRS. Daniel Boy y analysait le surgissement de la défiance envers l’autorité de la science et Thierry Libaert les mécanismes d’instrumentalisation de l’argument scientifique. Pour les 20 ans du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot, nos deux auteurs ont collaboré avec l’Institut Ipsos pour réaliser une nouvelle étude relative aux attitudes des Français à l’égard de la science. Ce sondage a été effectué du 16 au 21 octobre 2020 sur un échantillon de 2 000 personnes. Cela nous offre l’occasion de remettre en perspective les résultats que nous avions présentés lors de ce précédent numéro.

Parmi les résultats particulièrement significatifs, nous pouvons retenir que la science est un sujet d’intérêt pour les 2/3 des Français, mais celui-ci n’atteint pas la même intensité selon le sexe (78 % pour les hommes et 61 % pour les femmes) et selon l’âge. Ainsi les plus de 60 ans déclarent un intérêt pour 73 % d’entre eux (et 75 % pour les plus de 70 ans), mais ils ne sont que 64 % chez les 18-24 ans. Une sensibilisation aux enjeux scientifiques apparaît ainsi opportune pour notre jeunesse.

En comparant les degrés de confiance dans la science et dans d’autres institutions (associations, administrations, etc.) il apparait que « la science » génère le capital de confiance le plus élevé : 90 % (contre 87 % en 2011). L’évolution de ce degré de confiance  dans le contexte de la pandémie est relativement faible puisque 69 % des répondants déclarent avoir « Ni plus ni moins confiance dans la science », (13 % « Plus confiance » « 18 % « Moins confiance »)

La communication de l’état des connaissances sur la pandémie pose clairement problème puisque 61 % des répondants estiment qu’il est difficile de savoir si les experts qui interviennent à la télévision « Sont réellement compétents pour dire le vrai ».

L’habitude prise par de nombreux plateaux télévisés de vouloir crédibiliser des débats en recourant à des personnalités se drapant dans un vernis d’expertise sans aucune légitimité scientifique concourt vraisemblablement à ce brouillage de l’image scientifique. Ce chiffre est particulièrement inquiétant d’autant que les personnes sondées renâclent toujours à reconnaître leur manque de compétence.

Si la confiance dans la science semble toujours assurée il n’en est pas de même pour la confiance dans les scientifiques.

En effet quand il apparaît que les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux, 51 % des personnes interrogées estiment que ce désaccord est dû au fait que certains scientifiques « Défendent des intérêts financiers privés »  Cette opinion est plus fréquente parmi les sympathisants du RN, de LFI et d’EELV.

Dernier enseignement, en dehors de certains sujets comme la qualité de l’air ou la biodiversité, les Français ont le sentiment que la science influe peu sur le politique. Sur des questions comme la 5 G, l’énergie nucléaire, les pesticides, les OGM, nos concitoyens estiment pour plus de 70 % d’entre eux, que nos gouvernants prennent essentiellement leurs décisions pour des motifs politiques avant de considérer les raisons scientifiques.

 

Daniel Boy est Directeur de recherche émérite, Sciences Po Cevipof

Thierry Libaert est Professeur des Universités, collaborateur scientifique à l’Université catholique de Louvain