Le contrôle des migrations en France et en Europe

L’Académie des Sciences de Russie a organisé le 2 décembre, à l’Université de l’amitié des peuples à Moscou, une conférence franco-germano-russe sur le contrôle des migrations en France et en Europe. Nous proposons au lecteur un article issu d’une communication orale prononcée lors de cette conférence par Henri Paris, président de Démocraties.

De toujours, traditionnellement, la France a été une terre d’asile. Elle fut d’ailleurs la première à l’inscrire dans sa Constitution de 1793, celle de l’an II, spécifiant que la France donnait asile à tous ceux qui étaient poursuivis pour des faits relevant de la défense de la Liberté. Le même droit d’asile fait l’objet de l’article 53-1 de la Constitution de 1958.

Le problème se complique avec l’accroissement de flux migratoires qui cherchent en masse à fuir leur pays ruiné par la guerre. Ces flux n’ont rien de commun avec la défense de la Liberté et des libertés. Leur motivation repose sur des raisons économiques et, pour une part, ils viennent grossir la multitude des chômeurs en Europe occidentale. Ne cherchent-ils pas à profiter des droits sociaux qu’offre la République française à ses résidents, qu’ils soient nationaux ou non ?

L’état permanent de guerre qui sévit au Moyen-Orient vient plus encore compliquer le problème s’il le fallait. En effet, à la guerre au sol viennent se surajouter les bombardements appliqués par les Occidentaux et les Russes, bombardements qui, inévitablement, entraînent des dommages collatéraux frappant les populations civiles ainsi que le tissu économique du pays. Sans risque d’exagération, il est possible d’avancer que chaque vague d’attaque aérienne au sol provoque de nouveaux flux migratoires. Leur ampleur dépasse les possibilités d’accueil des pays européens.

Seule exception, l’Allemagne ! En effet, sa balance démographique est nettement déficitaire. En 2015, on compte 81 millions d’Allemands ; la prospective indique qu’en 2050, on en comptera 75 millions, avec une population vieillissante. Son taux de fécondité est de 1,36 en 2015 et risque de faiblir encore. L’Allemagne a tout intérêt à accueillir des émigrés jeunes. La France, à titre d’exemple, a un taux de 2,1 et la prospective indique une population passant de 67 millions en 2015 à 77 millions en 2050. En 2010, le taux de fécondité français était de 2,3.

Par ailleurs, parmi les migrants, se glissent d’authentiques terroristes, ce qui a été amplement prouvé lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Il est clair qu’entrent ainsi en France des éléments visant l’organisation de véritables cellules dormantes, susceptibles d’entrer en action à la demande.

Ces flux migratoires font la fortune de passeurs sans scrupules, comme de faussaires, établissant des faux documents à la demande.

Ces différents facteurs ont donc conduit la République française à établir un contrôle à ses frontières. En effet, ce contrôle qui devait normalement être opéré aux frontières externes de l’espace Schengen se révèle inopérant. Bien plus même, certains pays, tels la Grèce, se déclarent inaptes à contrôler le flot des migrants. L’Italie se trouve dans la même situation.

La France a donc un double problème à résoudre avec les migrants : la défense contre le terrorisme afin d’assurer la sécurité du peuple français, tout en sauvegardant ses libertés d’une part, d’autre part, le contrôle du flux migratoire afin de maîtriser la démographie nationale pour des raisons économiques. C’est dans ce but qu’il s’agit d’établir un contrôle des migrations en France et en Europe, puisque rien de ce qui se passe en Europe ne peut laisser les Français dans l’indifférence.

Le premier élément de l’examen consiste à évaluer l’inventaire des ressources existantes en matière de défense du territoire, aussi bien à l’encontre des flux migratoires incontrôlés que pour lutter activement contre le terrorisme. Ensuite, l’examen portera sur les mesures qu’il convient de mettre sur pied.

L’espace Schengen

L’Europe occidentale s’est dotée d’un espace délimité à l’intérieur duquel les personnes et les biens avaient la libre possibilité de circuler.

L’espace Schengen est né d’un traité, conclu à Schengen, petite ville du Luxembourg, en 1985, par cinq États fondateurs de l’Europe : l’Allemagne, la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas. Par la suite, le traité comptera en 2015, vingt-six États. Le traité connaîtra une mise en place graduelle à partir de 1995. Il vise à supprimer les frontières internes à l’espace délimité par les États adhérents. Une étroite coopération doit permettre la libre circulation des personnes et des biens. Les États qui ont des frontières externes à l’espace Schengen sont chargés de sa protection et du contrôle des entrées et des sorties. Les accords sont, depuis 1997, intégrés aux traités formant l’Union européenne (UE).

Les accords de Schengen seront affinés par les protocoles de Dublin II et III. Le but essentiel de ces protocoles est de raffermir la coopération en augmentant l’étanchéité des frontières externes. Un organisme spécial a été créé à cet effet, Frontex. Il a à sa charge, outre le contrôle des frontières, la tenue d’un fichier empêchant les fraudeurs de demander des autorisations multiples d’entrer dans l’Espace de Schengen en s’adressant successivement à plusieurs États.

Un vice originel prévaut avec la Grèce qui est membre de l’Espace Schengen puisqu’elle a adhéré aux traités de l’UE. Or, la Grèce est séparée par toute une série d’États de la Pologne, de l’Allemagne et de l’Autriche, dont les frontières sont externes à l’Espace. En effet, entre autres, la Bulgarie, Chypre au milieu de la mer, la Roumanie, la Croatie ne remplissent pas encore les clauses de Schengen et ne sont pas à la veille de les remplir.

Mais, ce n’est pas le seul vice de forme. Les flux migratoires se sont accentués au point d’atteindre 800 000 personnes au 1er novembre 2015. La frontière grecque est une véritable passoire et le couloir balkanique, un véritable corridor. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, a fait accepter l’entrée de 160 000 personnes demandant  l’asile et organisé une politique de quotas pour la répartition des migrants.

Le territoire grec comporte une série d’îles au voisinage des côtes turques. La plus connue est l’île de Leros à quelques encablures des côtes turques, où pénètrent de 5 à 6 000 migrants par jour, à l’aide d’embarcations légères. Le contrôle est des plus théoriques. De là, les migrants gagnent le Pirée par des ferries et abordent sans contrôle, puisque Athènes et l’île de Leros sont dans l’espace Schengen.

La Grèce ajoute ce vice à celui de la me­nace d’une faillite financière permanente que l’UE doit combler par des subventions massives. On ne voit décidément pas pourquoi la Commission et le Conseil de l’Europe s’opposent sans cesse au Grexit, le départ de la Grèce de l’UE.

La France ne présente pas un cas parti­culier, mais il mérite qu’on s’y penche, ne serait-ce que parce qu’elle est la première victime européenne des attentats islamistes de grande ampleur, en 2015. En outre, deux terroristes au moins sont passés par le corridor balkanique déjouant le contrôle grec sans grande difficulté, pour se faire exploser, au Stade de France, à quelques centaines de mètres de Paris.

Au lendemain immédiat des attentats de Paris, l’état d’urgence est proclamé en France et prorogé sur trois mois par le Parlement. Au terme de cette loi, les frontières sont fermées.

Il y a lieu d’élaborer de nouvelles mesures européennes de contrôle aux frontières de Schengen. Il est proposé de renforcer Frontex par des contingents fournis par les différents États européens et ainsi, de faire stationner ces éléments de Frontex renforcé aux frontières des États bordant l’Espace de Schengen. Certains États, dont la Grèce justement, la Pologne et l’Espagne hurlent au scandale de l’instauration d’une force internationale de contrôle au prétexte de violation de leur indépendance. Il faut savoir si ces États sont en Europe et en acceptent les règles, pour le bien commun de tous, ou hors d’Europe.

Une demande d’asile est instruite par l’Office français pour les réfugiés et apa­trides, l’OFPRA. Le demandeur reçoit un dossier à remplir dans les vingt-et-un jours. S’il y a rejet de ce dossier, dont l’instruction demande à être accélérée, ce demandeur peut s’adresser en recours auprès de la Cour nationale du droit d’asile, la CNDA. Et il lui reste encore un dernier recours devant le Conseil d’État, avant de s’adresser à la Cour européenne des droits de l’homme, la CEDH.

À l’entrée du territoire, le demandeur est dirigé vers une zone d’attente. Chaque fois, il a droit à un entretien individuel dans sa langue maternelle.

En 2011, il y a eu 76 765 demandes et 10 740 décisions positives. En 2015, il a été décidé de refouler tous les demandeurs d’asile à l’exception des Syriens, Irakiens et Afghans, tous ressortissants de pays en guerre.

Une délégation de l’OFPRA est allée à Munich pour instruire le cas de demandeurs ayant accepté l’asile en France. L’État subventionne à raison de 1 000 €, les municipalités acceptant des réfugiés.

Le demandeur n’a pas le droit de travailler en attendant l’aboutissement de cette mesure. Cette restriction a pour but d’empêcher le demandeur de s’intégrer trop aisément, afin de pouvoir facilement le renvoyer s’il est débouté de sa demande.

Le coût de l’asile est de 2 millions d’€ par an, dont la moitié concerne les déboutés.

L’état d’urgence, instauré par l’Assemblée nationale, au lendemain du 13 novembre, déroge du droit commun, en autorisant les perquisitions à n’importe quelle heure du jour et de la nuit par n’importe quelle décision préfectorale, donc sans intervention d’une procédure juridictionnelle.

Citoyenneté française

La citoyenneté française peut s’obtenir par la naturalisation.

Est français de droit tout citoyen né sur le sol français de parents français. Au cas où il serait né de parents étran­gers, il a le droit d’opter à sa majorité. Par ailleurs, il peut aussi régulariser sa situa­tion par simple demande devant une instance juridictionnelle.

Il n’y a pas d’automaticité dans l’obtention de la naturalisation. Cet accès à la citoyen­neté requiert cinq ans de séjour consécutif sur le territoire national, à condition de ne pas avoir encouru de condamnation.

Le temps de résidence peut être réduit à deux ans, si le demandeur peut justifier de deux années d’études en vue de l’obtention d’un diplôme d’études supérieures, délivré par le ministère de l’Éducation nationale. S’il peut justifier d’une contribution au rayonnement de la France, le résultat est le même.

Il n’y a pas de durée minimum en cas de service militaire dans les rangs d’une armée française ou alliée, quelle qu’en soit la voie, engagement ou service militaire obligatoire.

Le statut de réfugié est pris en considération.

La déchéance de la nationalité française peut être prononcée en cas d’indignité et si cette nationalité a été acquise. Autrement, à l’égard d’un citoyen ayant acquis sa nationalité par droit du sol, la déchéance est inopérante1.

C’est à la troisième génération que l’assimilation par intégration des ascendants est habituellement réalisée. Le cas type est celui de l’émigration russe blanche intervenue à partir de 1922. À l’heure actuelle, il n’y en a plus trace. C’est aussi à la troisième génération qu’intervient généralement la francisation du nom pa­tronymique par demande auprès du Conseil d’État, demande toujours acceptée.

Il y a néanmoins un seuil à observer, afin que l’intégration des immigrés se déroule de façon heureuse. La proportion d’étrangers ne doit pas dépasser 10 % de la population résidente française. C’est ainsi que sur les 67 millions de résidents français, on compte de l’ordre de 5 à 6 millions de Maghrébins ou de Moyen-orientaux naturalisés à la première génération et autant de réfugiés. La cote d’alerte est atteinte.

Nous voyons actuellement le niveau d’intégration réussie pour la population maghrébine commencer à être atteint : il y a des descendants de Maghrébins, préfets ou élèves à l’École nationale d’administration, totalement fondus dans la population.

L’armée, ascenseur social traditionnel, a eu un problème d’intégration. Il a fallu y remédier. Ce ne fut pas sans mal dans les années 1970. La leçon a porté. Le pro­blème a disparu.

La répression du djihadisme

Le contrôle des flux migratoires en quantité comme en qualité, va de pair avec la répression du mal. En effet, les flux migratoires n’ont pas uniquement comme méfaits un frein à l’intégration des migrants puis à leur assimilation. Cette assimilation est le but premier des Français depuis toujours, tout au moins depuis Philippe le Bel, au XIIIe siècle. Ce but est poursuivi par l’État, donc par l’autorité royale à l’origine, mais tout autant par les milieux dirigeants de l’État. Il y a une remarquable constance dans ce registre.

La répression du djihadisme, tout en portant au pinacle le contrôle et donc la maîtrise des flux migratoires, n’est pas le seul moyen d’arriver à la finalité qui reste la paix publique.

La lutte contre le djihadisme s’adresse aussi bien à l’amont qu’à l’aval de l’acte terroriste proprement dit. Autant l’amont est clair comme démarche, car il commande directement la finalité qu’est l’acte terroriste en soi, autant l’aval peut paraître un cheminement obscur, en ce sens que la finalité est vague. Or, de fait, il n’en est rien. L’organisme qui a réussi à perpétrer un acte terroriste réussi, n’aura de cesse que de réitérer sa démarche, puisqu’elle a bénéficié de la sanction de la réussite. Il importe aussi bien de frapper en amont qu’en aval de la démarche qui a conduit à l’attentat.

La démarche en amont

En tout premier lieu, il s’agit de prendre en compte un fait indiscutable qui apparaît comme une évidence mais n’ en est pas moins peu suivi. Le terrorisme islamiste ne connaît pas de frontière. Il utilise les frontières pour échapper à la répression et ses tenants passent allègrement les frontières pour installer leur base dans un pays pour agir dans un autre. Il en a été ainsi pour les attentats du 13 novembre perpétrés en France et plus précisément à Paris, mais préparés en Belgique avec une base à Moolenbeeque, dans la banlieue de Bruxelles.

Il s’agit alors d’une coopération policière entre les États impliqués. Cette coopération pourrait être améliorée.

Le renseignement

Il en découle que l’élément premier de la lutte contre le terrorisme étant le renseignement, la riposte se doit d’être dans une étroite coopération des organismes de renseignement, y compris transfrontaliers. Il s’agit de mettre en commun, toutes les données, analyses et synthèses, au profit d’une cause commune.

La guerre des polices doit être bannie. Le principe est simple, tant il est évident. En revanche, son application est malaisée car elle se heurte aux égoïsmes nationaux et à la protection des sources. En effet, un renseignement a besoin d’être justifié pour être très sérieusement pris en compte.

À l’extrême, une mise en commun efficace des synthèses de renseignement, pour peu qu’elle soit réalisée, mettrait hors d’état de nuire tous les systèmes de terrorisme sans défaut.

L’enseignement et la propagation du terrorisme djihadiste

Le terrorisme comme arme de combat est aussi vieux que l’histoire écrite, quelles que soient les formes qu’il prend. Il est l’arme du pauvre lorsque le pauvre n’a aucun autre moyen de combat. Il est donc étroitement tributaire de sa finalité du but recherché. S’agissant du djihadisme islamiste, il tombe dans le domaine commun, dès qu’il est question d’idéologie. C’est une idéologie qui meut le terroriste, une idéologie qui se heurte à une autre idéologie, celle des valeurs de la République. Il y a du côté terroriste, radicalisation de la pensée opposée à un système de tolérance et de laïcité qui, lui aussi, vire à la radicalisation. En effet, la tolérance sait aussi s’imprégner de radicalisation. Il suffit de se rappeler à quels excès la guerre d’Algérie de 1954 à 1962 était arrivée des deux bords.

On en arrive à la lutte contre le terrorisme en amont à engager un duel avec des modes et des dévoiements auxquels est parvenu l’islam.

La lutte contre la propagation de la foi

Cette lutte vise à éradiquer les prêches enflammés qui ont cours dans certaines mosquées. Il est bien certain que dans les années 1990-2010, le Conseil du culte musulman s’est lancé dans une campagne que les autorités de la République ont eu le tort de laisser faire. Des propagandistes comme Tarik Ramadan ont propagé l’incendie. Le pouvoir politique exécutif, dans le désir effréné d’avoir un conseil représentatif du culte musulman, à l’image de ce qu’il avait avec les cultes catholique, protestant et juif, s’est laissé abuser. Il a ainsi laissé s’étendre les ferments de la révolte, dont on peut se demander comment elle n’a pas atteint des sommets plus élevés.

L’exemple choisi était le Concordat. Mais le Concordat a derrière lui un siècle d’existence et a dérivé sur la loi de 1905 qui a aussi un siècle d’existence. Il faut en tenir compte. Par ailleurs, tout dirigeant politique n’a pas la valeur de Napoléon Bonaparte, auteur du Concordat, quoique ce dirigeant politique puisse penser de sa personne.

Il est donc nécessaire de revenir sur de tels abus et de mettre en œuvre les moyens pour créer un islam tolérant et républicain. L’œuvre, certes, est ardue. Elle est cependant à la portée d’un pays qui a su dépasser les guerres de religion au XVIe siècle et conclure un Concordat en 1801 mettant fin à une atroce guerre civile.

Il est aussi nécessaire d’avoir une vigilance accrue sur les subventions étrangères, notamment en provenance de l’Arabie saoudite et du Qatar, à destination d’associations cultuelles qui ont pour but de soutenir les imams prêchant la guerre sainte et trop souvent incapables de s’exprimer en français.

Cette situation paraît paradoxale dans un pays qui durant plus d’un siècle a eu une prégnance très forte du Maghreb et une longue tradition musulmane.

L’ exemple de la Russie, qui a décidé d’obliger les organisations non gouvernementales (ONG) à déclarer la provenance et la destination de leurs fonds, lorsqu’ils provenaient de l’étranger, demande à être soigneusement médité.

La propagation islamiste dans les prisons

Les prisons sont un réceptacle de propagation de l’extrémisme islamiste. Les délinquants musulmans, emprisonnés à la suite de condamnations de droit commun, sont en position de faiblesse. Là, ils se laissent circonvenir et abuser.

À la sortie – et généralement ils sont condamnés à des peines légères de privation de liberté – ils sont endoctrinés et rejoignent les groupements terroristes avec d’autant plus de facilité que la délinquance leur a déjà appris des modalités de vie en dehors de la société et dans le secret.

L’Internet

Les réseaux Internet présentent un choix à tous les débordements. Il est difficile de surveiller ces réseaux et encore plus de les contrecarrer. Il y en a tellement ! Même les réseaux de pédophilie, bien moins importants, ne sont que mal surveillés, d’autant plus que la plupart ont leur source quelque part dans le monde, on ne sait où. Il faut le faire, c’est compliqué que de remonter à leur source pour les contrecarrer.

D’une part, il serait possible de les interdire au nom de la loi de 1901 proscrivant l’incitation à la haine religieuse. D’autre part, il serait tout aussi possible de leur opposer une contre-argumentation. Cela demanderait la mise sur pied d’une organisation que l’État ne peut prendre en tutelle. En effet, une telle organisation échappe à l’État, dont ce n’est pas le rôle.

L’éducation et l’inclusion sociale

Il serait loisible, et même nécessaire de promouvoir une éducation et une inclusion sociale par le canal de l’école publique. Il y a lieu, à cet effet, d’une part  d’inclure dans les programmes scolaires des chapitres prônant la tolérance, d’autre part, de prononcer des condamnations sans ambages de l’islamisme extrémiste. À force de vouloir être tolérante et de ne pas se mêler de questions religieuses, l’Éducation nationale finit par être intolérante en prêchant la tolérance comme nouvelle religion prônant l’extrémisme islamiste. La tolérance devient un masque.

L’histoire des religions pourrait être une matière en tant que telle, voire plusieurs, en tant qu’élément d’enseignement. Sous cet angle, l’aspect de l’intolérance auxquels sont arrivées certaines doctrines religieuses contemporaines mérite d’être souligné.

Départ et retour de citoyens européens recrutés par des organisations terroristes

Il importe de soigneusement interroger les citoyens de retour des pays en proie à des luttes religieuses. Ces personnes devraient être mises en garde sur leurs agissements et placées sous surveillance policière, largement au-delà de la “fiche  S” dont on parle tant et qui est manifestement insuffisante. En effet, il leur arrive de se trouver embrigadés dans des cellules terroristes dormantes, réveillées à l’heure dite pour les besoins de la cause.

André Malraux avait écrit que le XXIe siècle serait spirituel ou ne serait pas. Visait-il l’islam ? Peut-être pas ! Néanmoins, il avait nettement conscience d’une béance à venir.

La situation actuelle, morale s’entend, rappelle celle que dénonçait Alfred de Musset dans sa Confession d’un enfant du siècle. À chaque interrogation de l’enfant sur son avenir, la vos populi, vox Dei répondait “Faites-vous prêtre !” Très justement, l’enfant du siècle n’en voulait pas, de la prêtrise ! Il la jugeait dénuée d’idéal et rappelait la gloire de l’Empire et l’élan qui avait transformé des centaines de milliers de jeunes gens en guerriers, vainqueurs de l’Europe des rois !

Cette jeunesse impatiente, plutôt que de la laisser endoctrinée par des imams chenus et barbus, devrait être nourrie d’autres substances au moins aussi enthousiasmantes. Il faut faire attention à ce que le siècle ne soit pas un XXIe siècle de croisades guerrières. L’une des interrogations de l’enfant du siècle d’Alfred de Musset découlait d’un constat : on s’ennuie ! Et cet enfant du siècle, modèle “Musset” n’a rien d’un islamiste, mais vraiment, il s’ennuie et on lui dit “enrichissez-vous !” On a déjà vu où cette maxime de Casimir Perrier avait mené.

La démarche en aval

C’est avec la démarche en aval, après l’attentat, que la répression prend toute sa signification. Le renseignement est omniprésent, il ne va changer que de stature en fonction de la cible.

La base – Le territoire du Califat

Le tout premier résultat à obtenir est la destruction de la base et l’occupation du territoire du Califat. Le renseignement procure la détermination de la cible dans son ensemble comme dans ses détails. Il y a lieu de rappeler qu’Al-Qaïda se traduit en français par le terme de base. Les Français sont oublieux !

Il n’y a aucune illusion à se faire : l’attaque aérienne est insuffisante pour obtenir le résultat escompté qui est de priver l’ennemi terroriste de sa base. En son temps, Emile Douhet, un stratège italien, estimait qu’avec la supériorité aérienne, il était possible d’anéantir l’adversaire et ainsi d’aboutir à la fin d’un conflit par destruction complète du potentiel adverse. La réalité a démontré que la théorie de Douhet était erronée. L’aviation anglo-saxonne avait une supériorité indiscutable et la maîtrise absolue sur l’Allemagne national-socialiste durant la dernière guerre mondiale. Cela fut insuffisant à mettre bas le régime national-socialiste : il a fallu la conquête terrestre de Berlin par l’armée soviétique pour atteindre le but recherché. Au cours de la première phase de la guerre d’Indochine, les Français avaient la maîtrise absolue du ciel, ce qui n’empêcha pas leur défaite à Dien-Bien-Phu.

La destruction de Daech, la base des terroristes islamiste ne peut être obtenue que par l’occupation du territoire, à la suite d’une attaque au sol. La condition est nécessaire, incontournable, mais pas suffisante.

La coalition ou les troupes combinées de l’OTAN et des Russes peuvent opérer toutes les destructions au sol à partir de la dimension aérienne, ce n’est pas suffisant pour amener la disparition de Daech. Manque l’attaque au sol et l’occupation du territoire.

La coalition échaudée par des expériences passées en Irak et en Afghanistan ne souhaite pas engager des troupes au sol. Il leur faut alors trouver des substituts, ce qui se retrouve inévitablement au niveau des négociations, conduisant à la paix ou plus exactement à un état de non-guerre.

La destruction des réseaux

L’anéantissement de la base territoriale du Califat étant obtenue, la lutte n’en est pas terminée pour autant.

Le terrorisme se réfugie dans une organisation par réseaux avec des petites bases éparpillées. Le combat à leur encontre est surtout une affaire de renseignement. C’est avec un système de renseignement en toile d’araignée qu’il est possible de détruire l’adversaire. Le schéma-type est celui de la bataille d’Alger en 1957, sans verser dans ses travers, c’est-à-dire l’utilisation de la torture. En effet, à la longue, outre la condamnation morale évidente, le système de la torture est contre-productif : l’expérience l’a démontré. Mener une lutte au nom du Droit implique que le droit soit rigoureusement observé, quelles qu’en soient la tentation et les justifications. En effet, l’erreur inévitable se retrouve contre l’utilisation de la torture.

En effet, celui qui est torturé, pour se libérer, raconte n’importe quoi. Il invente pour que cesse l’interrogatoire. Le temps de vérifier ses dires et de les exploiter, le renseignement s’avère faux ou inventé totalement. Il vaut mieux procéder à un interrogatoire avec un personnel psychologue. Il y a lieu de se rappeler que les résistants pris durant la Seconde Guerre mondiale avaient pour consigne de taire la vérité durant 48 heures, laps de temps pour que le réseau se mette à l’abri. Après 48 heures, le prisonnier pouvait parler : ce n’était plus que du passé historique. La solution d’un interrogatoire est dans la rapidité et dans la mise en contradiction du prisonnier.

La traque des réseaux doit être incessante et va de pair avec les autres moyens de lutte.

La destruction des infrastructures et des approvisionnements

La lutte du “loup solitaire”, telle qu’elle est a été pratiquée par Merah en 2013 ne menait à aucun résultat tangible. Tôt ou tard, Merah se faisait prendre et pour subsister, il lui fallait une base où se reposer et faire le plein de munitions. En somme, le “loup solitaire” était obligé de chasser en meute.

Les complicités

La principale complicité est celle qui subvient par des fonds à l’action. Qu’il s’agisse d’imams, prêchant dans des mosquées acquises au djihadisme ou de l’obtention de matériel, tel que l’armement et des explosifs, cela passe par des subventions.

La surveillance, à cet effet, est à conduire par des organismes du type de Tracfin agissant en étroite coopération avec les alliés de la coalition.

 

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Le terrorisme a acquis une dimension mondiale en accord avec la mondialisation.

Tous les moyens doivent être mis en œuvre simultanément. La maîtrise des flux migratoires dans cette lutte n’est jamais qu’un aspect. C’est en la maîtrisant que l’on coupe l’un des principaux arguments dont il se nourrit : le racisme. En effet, on ne le répétera jamais assez, le taux de migration ne peut excéder un certain seuil, quelque 10 % de la population, sans faire naître des actes de rejet et sans nuire à l’intégration.

La coalition doit élaborer une stratégie commune, à défaut combinée, mais en aucun cas, antagoniste. Cela tombe sous le sens, mais l’examen même partiel et superficiel de la réalité démontre la difficulté de l’entreprise interétatique.

Une action diplomatique sérieuse doit être conduite à l’encontre des États pourvoyeurs de Daech, directement ou indirectement. Il est de notoriété publique que l’Arabie saoudite et le Qatar subventionnent des organismes islamistes. Il y a lieu d’obtenir la fin de telles pratiques, en utilisant, s’il le faut, des  moyens de rétorsion et ne pas se leurrer sur une prétendue coalition dont on ne sait pas ce qu’elle fera.

La confiance, dont découle une coopération efficace, ne peut être obtenue que par des États ayant strictement le même objectif.

Henri Paris, président de Démocraties

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(1) Sauf s’il a une double nationalité et s’il a participé à une action terroriste (projet du gouvernement en date du 23 décembre 2015).

  1. Sauf s’il a une double nationalité et s’il a participé à une action terroriste (projet du gouvernement en date du 23 décembre 2015).