Le réveil de l’hydre…

Les attentats perpétrés par Daech à Kaboul en ces derniers jours du mois d’août 2021 sonnent le glas des dernières illusions que le monde occidental aurait pu encore nourrir, quelques jours après la chute de la capitale afghane dans les griffes des Talibans, sur une quelconque évolution de la situation dans un sens moins dramatique que celui qui se dessine aux abords de l’aéroport, ultime sas pour des milliers de désespérés cherchant à fuir l’enfer et le piège mortel de la fin d’un conflit perdu par une coalition de facto en déroute totale et en pleine confusion.

Le nombre considérable de victimes civiles, additionné aux dépouilles des 13 militaires américains qui ont perdu la vie dans leur mission de sauvegarde pour les Afghanes et Afghans qui avaient cru et adhéré à d’autres valeurs que celles prônées par ceux qui ont pris les commandes à Kaboul- si on peut qualifier ainsi les motivations et desseins des vainqueurs de l’heure- nous renvoie aux heures les plus sombres de la montée en puissance de l’hydre terroriste qui, depuis le 11 septembre 2001, empoisonne l’environnement international et dame le pion aux États-Unis et à leurs alliés dans un combat implacable et à l’issue qui semble improbable aujourd’hui…
 
En cette fin d’été mitigé et ponctué de drames, sur fond de variant Delta et de clivages grandissants et menaçants un peu partout, faute d’une maîtrise dès le début de la pandémie, de la communication et de la pédagogie appropriées sur les enjeux de la vaccination, les évènements tragiques d’Afghanistan soulignent de manière cruelle notre désarroi collectif et notre aveuglement face à la montée des périls, qui ne sont pas sans rappeler des précédents historiques, notamment la naïveté des démocraties devant la violence et l’agressivité à peine déguisées des nazis à la veille de la Seconde Guerre Mondiale…
 
Il est des images que l’on voudrait oublier, comme celle du Président des États-Unis quittant la conférence de presse en tournant le dos à la salle tout en répétant que son grand pays mettrait fin à un conflit de 20 longues années, suite aux attentats meurtriers du 26 août 2021, à la date arrêtée de la fin du mois, image d’accablement et d’impuissance insignes, en dépit des menaces de représailles et de châtiment pour les auteurs de ces crimes et leurs complices tacites, avec qui va se jouer la comédie atroce d’une coopération factice pour masquer toute l’horreur de la situation et l’ampleur de la défaite… Le dirigeant d’une des plus grandes puissances de notre monde, entravé dans l’effondrement de nos illusions perdues à Kaboul, confronté au réveil de l’hydre…
 
Que va-t-il désormais advenir en Afghanistan pour l’immense majorité de populations abandonnées à un sort funeste, obscur et incertain,  comment nos démocraties vont-elles se relever de ce naufrage militaire, politique, moral, et humanitaire, dont on ne mesure pas encore l’amplitude et les répercussions en cette fin d’été 2021, nul ne saurait le dire tant le choc est retentissant ! Oui, c’est bien au réveil de l’hydre que notre monde éprouvé et épuisé par la pandémie assiste, sans trop savoir aujourd’hui s’il sera en mesure de la terrasser….
 
Eric Cerf-Mayer