L’écologie face au défi de la gestion municipale et métropolitaine

Si le taux d’abstention du second tour des élections municipales du 28 juin 2020 atteint un score historique et inédit sous la Ve République de pratiquement 60 %, il n’en demeure pas moins que l’impact politique des résultats est considérable analyse Patrick Martin-Genier.

Ce qu’il convient d’appeler la « la vague verte » a ainsi submergé surtout les grandes villes. (Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy, Besançon, Tours). Mais partout ailleurs, le vote vert caractérise également ce second tour des municipales comme à Lille où les écologistes n’ont pas été loin de battre Martine Aubry.

Une prise de conscience quant à la survie de la planète

Bien sûr, la pandémie de Covid-19 a joué un rôle important. On peut dire que celle-ci a amplifié le phénomène. Mais la signification de ce vote est multiple. La préoccupation environnementale est devenue évidemment primordiale et incontournable. Les évènements de ces dernières liés au dérèglement climatique, la pollution par les plastiques dans les océans, la pollution par les gaz d’échappement, la déforestation, ont joué un rôle primordial.

Il s’agit d’une prise de conscience que la survie de la planète est en jeu pour de nombreux électeurs et citoyens. Toutefois, cette vague verte doit être nuancée par plusieurs autres facteurs. Les électeurs, dans beaucoup de communes, ont voulu mettre un terme à la carrière de « barons » locaux qui étaient au pouvoir depuis de nombreuses années, voire des décennies.

Il s’agit d’une nouvelle conception de la politique avec le rejet d’un système dans lequel les générations politiques se succédaient sans se remettre en cause.

Les électeurs ont ainsi clairement rejeté la notion de « dauphin » ou « dauphine » comme si un maire pouvait transmettre son pouvoir à des héritiers comme dans les temps immémoriaux où des seigneurs locaux assuraient leur descendance politique.

Des victoires acquises par de larges alliances à gauche

Il importe toutefois de souligner que si les Verts vont exercer des responsabilités importantes, ils le doivent aussi à une union largement réalisée à gauche. EELV n’aurait pas pu accéder au pouvoir sans un large accord avec les forces de gauche, notamment le Parti socialiste, le Parti communiste et la France insoumise. Cette alliance rappelle d’une certaine façon le programme commun de la gauche qui avait permis à François Mitterrand d’être élu président de la République en 1981.

En ce sens, cette « vague verte » consacre aussi la renaissance de la gauche plurielle, mais sans doute de façon plus radicale qu’avec Lionel Jospin Premier ministre de 1997 à 2002.

Les Verts vont, dans les six années qui viennent, illustrer « l’écologie municipale », à l’instar de ce que fut le « socialisme municipal » de la gauche il y a quarante ans qui avait permis au Parti socialiste de démontrer ses qualités de gestionnaire et sa capacité à gouverner.

Enfin l’accession des Verts aux commandes municipales pourrait aussi signifier la fin de ce quel l’on a appelé les « maires bâtisseurs » dont beaucoup se sont en réalité illustré dans l’image de « maires bétonneurs ».

La fin des maires « bétonneurs »

Les citoyens ne veulent plus de villes où le béton règne en maître de façon outrancière. Ils réclament une meilleure prise en compte de l’environnement dans les logements, les transports et autres services publics industriels et commerciaux. Ils veulent aussi l’arrêt des constructions sans limite. Beaucoup de grandes villes manquent de parcs et jardins. Le moindre espace est préempté pour y réaliser d’immenses programmes de logements et de bureaux au détriment des espaces verts. Que ce soit à Lyon ou Paris par exemple, les espaces verts ont été sacrifiés pendant des années sur l’autel du « tout béton ». Aujourd’hui, cette période est révolue. A Paris, aucun grand parc ou forêt urbaine comme le bois de Boulogne ou le parc des Buttes-Chaumont n’a été réalisé depuis le second Empire et la capitale a vécu sur ses acquis. A Lyon, la ville est minérale et les jardins n’existent pratiquement pas : seuls le parc de la Tête d’or et de Parilly offrent un lieu de respiration aux Lyonnais asphyxiés par l’autoroute A7 qui débouche dans le centre-ville. Le quartier de la Part-Dieu n’est qu’un lieu de bétonisation depuis sa création en 1975. A Marseille, la problématique est la même pour les espaces verts avec de profondes inégalités selon les secteurs, outre les graves problèmes de logements insalubres. Bref, il est urgent de repenser complètement la ville.

Gérer avec modération et en concertation

Toutefois, l’écologie municipale devra faire épreuve de prudence et de modération. Il sera nécessaire d’éviter toute forme de sectarisme qui pourrait résulter d’un sentiment de domination sans partage.

Elle devra prendre en compte les autres acteurs de la ville, l’environnement socio-économique.

Si l’on veut éviter la paupérisation des centres-villes, il ne sera pas possible d’emblée d’y décréter l’interdiction de toutes les voitures par exemple qui pourrait obliger de nombreuses familles à quitter la ville. Les commerçants et les restaurateurs, qui contribuent largement à animer et à structurer la ville, ne devront pas être sacrifiés sur l’autel d’une stratégie de diabolisation des centres-villes. L’accent devra être mis sur des solutions intelligentes alliant les modes doux de déplacement, les véhicules moins polluants, mais aussi la mise en place de parkings relais à proximité des villes.

La concertation avec les associations de citoyens et la société civile devra être permanente et réelle. Les enjeux sont importants à la fois pour les habitants des villes, mais aussi pour les écologistes qui devront démontrer leur capacité à rendre compatibles leur idéologie et leur aptitude à gérer correctement et sainement les villes et métropoles.

Patrick Martin-Genier
Essayiste, spécialiste des questions européennes et internationales