Gérald Darmanin s’en est pris frontalement à l’Italie après que la première ministre italienne, nouvellement nommée, se soit opposée à l’accueil de l’Ocean Viking dans l’un des ports de la péninsule transalpine.
Passons sur le contenu du dossier : la polarisation sur le sujet dans le moment est tellement qu’elle interdit tout regard clinique et apaisé entre ceux qui font valoir l’exigence du devoir d’humanité à tout prix et les autres qui rappellent que tout État souverain est libre de réguler comme il se doit sa politique migratoire. Gageons que les premiers seront sans aucun doute minoritaires au sein d’une opinion publique qui en France paraît explicitement favorable désormais à une plus grande restriction des conditions d’entrée sur son territoire.
Entre l’humanité et l’appel d’air possible que constituerait cet accueil, le gouvernement de Madame Borne a opté pour la première hypothèse. C’est son choix qui politique va compliquer considérablement la recherche d’un consensus dans la perspective du prochain projet de loi relatif à l’immigration.
Ce dernier, parce qu’il incarne l’enjeu majeur qui a littéralement fracturé non sans violence la société et la vie politique française depuis près de quatre décennies, pourrait de facto se retourner contre une majorité dont l’arithmétique parlementaire est pour le moins fortement fragile. Ce serait là une sorte de logique quasi scientifique de l’histoire tant le sujet est abrasif.
Mais la question s’est aussi déplacée du côté européen et de notre relation avec nos voisins italiens que le locataire de la Place Beauvau n’a pour le moins pas ménagé dans des déclarations publiques qui diplomatiquement posent un double problème , à la fois externe et interne : externe parce que les italiens qui viennent de voter auront beau jeu de rappeler qu’ils sont souverains, qu’ils ont par le passé amplement pris leur lot dans l’accueil des migrants et que ce n’est pas ainsi que l’on traite un partenaire historique dont le gouvernement vient d’être tout juste sanctifié électoralement; interne enfin car le ministre est allé au-delà de ce qu’on attend d’un ministre de l’intérieur, s’arrogeant de fait une liberté qui relève du domaine réservé du Président, lequel a jusqu’à présent manifesté la volonté de travailler avec Madame Meloni, dont il faut par ailleurs rappeler que sur le dossier ukrainien elle demeure sur une ligne qui rejoint les positions françaises.
En conséquence l’éclat communicant de Gérald Darmanin, dont le mobile est indissociable d’ambitions plus personnelles, constitue à ce stade une faute non seulement vis-à-vis de Rome mais également à l’encontre d’un chef de l’Etat dont les prérogatives sont ainsi malmenées par l’un de ses ministres …
Arnaud Benedetti Rédacteur en chef de la Revue Politique et Parlementaire Professeur associé à l’Université Paris Sorbonne