Malaise dans la police ! Le mouvement de protestation qui s’étend depuis quelques jours parmi les policiers est symptomatique des maux de la société française.
Il témoigne non seulement des difficultés récurrentes du couple Justice/Police mais au-delà il signifie une perte de repères à tous les niveaux : celle d’individus et de groupes d’individus en rupture avec l’ordre public comme l’ont illustré les émeutes du début juillet ; celle aussi d’une police qui, forte du soutien de l’opinion publique, ne craint pas d’imposer un rapport de forces au pouvoir politique ; celle encore d’un pouvoir politique qui, tributaire de sa police dans un contexte social éruptif, ne parvient pas à dissimuler cette inquiétante dépendance ; celle également d’oppositions qui, sur la frange la plus radicalisée de la gauche, procède à un amalgame dangereux et douteux dans leurs dénonciations d’un corps qui souffre de conditions de plus en plus difficiles dans l’exercice de ses missions ; celle d’un appareil judiciaire qui parfois n’apparaît pas en mesure de garantir la protection générale de la société.
Le tableau en soi caractérise en conséquence un dysfonctionnement global.
On peut évidemment s’étonner de la prise de paroles du DGPN qui, voulant soutenir ses subordonnés, parait prendre quelques libertés quant à son devoir de réserve d’une part, mais aussi, d’autre part, quant au cours régulier d’une procédure judiciaire. Le problème est que cette position publique est vraisemblablement le fruit de l’aval ministériel qui, dans une conjoncture gouvernementale de remaniement, ne peut exclure quelques arrières pensées politiciennes. Si tel était le cas, ce ne serait là qu’un très mauvais service rendu aux institutions républicaines.
Le besoin d’autorité exprimé par une majorité de nos concitoyens est légitime, voire même salutaire dans un pays où les séparatismes multiples ne cessent de défier l’Etat et la démocratie.
Il ne peut justifier néanmoins tout écart avec l’Etat de droit, comme il ne saurait se laisser aller à une communication qui suscite immanquablement une prise de distance avec le « minimum minimorum » républicain. Ce qui vaut pour le pouvoir vaut autant pour ceux qui soufflent sur les braises d’une hostilité « anti-flics » fermentant dans certains territoires qui entendent s’affranchir des règles les plus élémentaires de la cité.
Cette instrumentalisation de la police de part et d’autres est dommageable non seulement et de toute évidence pour l’hygiène démocratique, mais aussi pour des fonctionnaires qui se retrouvent ainsi confrontés en première ligne à des situations dont ils ne sont pas les responsables mais qu’on leur demande de gérer afin de préserver la paix civile.
L’institution policière est un sismographe ; elle dit la température d’une collectivité.
La police ne peut en aucun cas être un objet de controverses à des fins partisanes, encore moins une variable d’ajustement de plusieurs décennies de manquements gouvernementaux. La confiance indéniable que lui accorde la société n’en fait pas pour autant une zone franche dérégulée. La police sera d’autant plus républicaine que chacun sur l’échiquier politique adoptera un comportement républicain. A observer les polémiques incertaines du moment, on peut douter que tous les paramètres soient alignés pour en revenir à un peu plus de sérénité…
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef de la Revue Politique et Parlementaire Professeur associé à l’Université Paris Sorbonne