L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Retour au Printemps : l’histoire retiendra que la France est le premier grand pays européen à reconfiner totalement. L’avenir proche nous dira si ce reconfinement en annonce d’autres en Europe, ou s’il s’agit d’une exception française. Selon l’une ou l’autre des hypothèses, l’exécutif trouvera ou non matière à justification. Si l’hexagone restait le seul État à procéder à ces mesures totales et nationales, d’évidence se poserait la question de la qualité du retour d’expériences opérée par le gouvernement après la première vague. Il y aurait là certification en quelque sorte de notre échec, de notre imprévoyance, de notre absence de réactivité.

Jusqu’à présent la comparaison européenne et internationale a servi d’amortisseur communicant aux politiques conduites par les pouvoirs publics dans la gestion de la crise. Elle a permis sans doute de contribuer à l’acceptabilité par l’opinion de contraintes dont la proportionnalité au regard de la situation les fait apparaître à ce stade comme inévitables. La France s’efforce depuis le début de l’épidémie de tenir un rang à l’instar d’un élève médian qui ne ferait pas moins bien, et parfois même mieux que d’autres. A voir… D’autant plus à voir que bien des contradictions continuent de nourrir les annonces gouvernementales : ce confinement mi-chèvre mi-chou, sous l’apparence d’une rationalité scientifico-administrative, ne parvient pas à dissimuler une forme d’arbitraire kafkaïen. On ferme certains commerces mais pas tous, on laisse les écoles, collèges et lycées ouverts mais on claquemure des bars et restaurants qui ont parfois fait des efforts considérables en matière d’exigence sanitaire, on limite les déplacements internes au pays mais on fait de la France une terre ouverte avec le maintien de l’ouverture des frontières.
 
Tout se passe comme si on entrait à tâtons dans ce nouveau confinement, hésitant surtout, partout, pour tout, à l’image d’un paquebot étatique dont la trajectoire demeure incertaine, crispée par la peur, compensant cette dernière par un contrôle social et administratif qui ne parvient pas à masquer une forme évidente d’improvisation de tous les instants et un abandon progressif de pans fondamentaux de tout ce qui fait, qu’on le veuille ou non,  une société libre.
 
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef