L’édito d’Arnaud Benedetti avec notre partenaire Radio Orient

Emmanuel Macron a parlé. Tout au long de cette intervention, le Président a oscillé entre ce qu’il voulait dire et ce qu’il ne voulait pas dire. L’enjeu était de convaincre de l’existence d’une stratégie, d’une maîtrise de la situation, du bien-fondé des choix retenus jusque-là alors que monte la marée des critiques.

Le résultat pour autant fut de certifier un infléchissement dans la gestion de la crise. Les mesures annoncées infirmaient mécaniquement le « pari » du mois de janvier.
 
Le parti sanitaire a repris du terrain sur le parti de l’économie. C’est un fait, mais il convient de ne pas trop le montrer, tant le Président sait qu’il s’est sur-exposé par l’option qui a été la sienne de ne pas reconfiner. À découvert, cette fois-ci, plus qu’à aucun autre moment de cette pandémie, tel apparaît le chef de l’Etat.
 
Jusqu’à présent, y compris dans ses épisodes les plus contestés, la conduite des opérations pouvait être relativisée par nombre d’éléments exogènes dont l’exécutif ne manquait pas de rappeler qu’il n’en portait pas seul le fardeau de la responsabilité exclusive : le caractère inattendu du virus tout d’abord, le manque de moyens hérité de décennies de désarmement opéré sous d’autres majorités, la pénurie vaccinale dont la Commission européenne est comptable. Selon les paramètres, en tirant parfois les cheveux de l’excuse à l’extrême, l’effet d’atténuation pouvait potentiellement jouer.
 
Depuis le 29 janvier, et la scénarisation sur-jouée d’un Président rétablissant la primauté du politique sur le scientifico-sanitaire, Emmanuel Macron est confronté aux conséquences de sa décision personnelle, celle du Prince qui a pris son risque et l’a fait savoir, sans la moindre précaution communicante. C’est à ce mur qu’est confronté désormais le Président, d’autant plus qu’il a bousculé le lien organique qui l’avait noué avec les communautés médicales et scientifiques qui semblent moins disposées que par un passé récent à s’ériger en interface entre la puissance publique et l’opinion, comme l’atteste l’avis du Conseil scientifique renvoyant à ses responsabilités le politique sur le sort des futures élections régionales et départementales.
 
On ne le mesure peut-être qu’insuffisamment à ce stade, mais nous sommes bien à un tournant politique, et pas seulement sanitaire, de cette crise, l’avenir du premier conditionnant inévitablement le destin du second…
 
Arnaud Benedetti
Rédacteur en chef